‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 163 sur 173 · DEVELOPPEMENT DE L ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT DE L ARISTOCRATIE

traitement s'ajoutait un casuel provenant notamment du produit des confiscations de marchandises en contrebande, et des cadeaux de toutes sortes fournis par les administrés. Un certain nombre de hauts fonctionnaires ne se contentèrent pas des sommes qu'ils touchaient en vertu de leurs fonctions ; ils s'enrichirent encore en introduisant, dans les établissements qu'ils étaient chargés d'administrer, la vénalité des offices, les privilèges commerciaux, la concession de titres honorifiques. Le gouvernement de Madrid eut souvent à réprimer les abus de ce genre commis par des personnages peu scrupuleux.

Ce furent uniquement les classes aristocratiques qui s'enrichirent aux dépens des colonies, de sorte que le contraste entre les divers éléments de la population en Espagne ne fit que s'accentuer. Tandis que l'aristocratie trouvait dans les colonies un moyen facile de se procurer des ressources et de payer les dépenses d'un luxe effréné, les classes inférieures étaient placées dans des conditions très défavorables pour participer aux profits de la colonisation. Il se forma, en effet, au-dessus du peuple une catégorie de personnes qui paralysèrent réellement l'expansion coloniale : ce furent les solliciteurs, les quémandeurs de places, désireux d'acquérir une fortune rapide aux colonies. Mais ces conséquences fâcheuses tenaient au régime politique et social de l'Espagne elle-même (i).

débouché pour le clergé de la métropole. Les revenus des prélats dans les colonies, sans être comparables à ceux du haut clergé de la mère patrie, étaient cependant importants. L'archevêque de Lima touchait, au début du XVIi« siècle, environ 160.000 réaux; celui de Mexico, au XVI II« siècle, iSo.ooo piastres. Leurs suffragants avaient parfois des revenus plus considérables, mais en général cependant ceux-ci étaient plus restreints. (Voir un document de i6i5, publié par Rebello da Silva, Historia de Portugal, t. 111, pp. 489 et suiv.) Les revenus de l'archevêque de Tolède s'élevaient, au XVII* siècle, à près de Soo.ooo ducats, ceux de l'archevêque de Séville à environ 80.000 »

Saint-Jacques de

Compostelle

Grenade

Burgos

Saragosse

Valence

Tarragone

(i) Leroy-Beaulieu,

De la colonisation che:^

les pe

uples modernes, 4''

édit.,

pp. 37 et 38.

. D'autre part, la situation économique défavorable de la métropole transforma un des avantages les plus précieux des colonies en un inconvénient des plus graves. L'abondance des métaux précieux qui affluaient en Espagne par toutes sortes de voies, amena une augmentation assez rapide des prix. Mais on doit se garder d'exagérer l'importance de cette cause de dépréciation de l'or et de l'argent. Ce qui compromit surtout les résultats économiques de la colonisation espagnole, ce fut l'impossibilité dans laquelle le pays se trouva, de suffire par lui-même aux besoins de ses possessions d'outre-mer (i). La production industrielle de l'Espagne était trop restreinte par rapport aux besoins de l'expansion coloniale. On vit même les Cortès demander au roi, en 1552, de défendre l'exportation des draps, de la soie et d'autres étoffes, parce que le prix de ces articles était trop élevé dans la mère patrie (2). De plus, elles préconisèrent d'autres mesures qui étaient destinées à combattre la crise économique, mais qui eurent précisément pour effet de la rendre encore plus intense. Elles firent interdire, entre autres, l'exportation des métaux, ce qui eut des conséquences on ne peut plus désastreuses : les prix, s'élevant déplus en plus en Espagne, continuèrent à être beaucoup plus bas dans le reste de l'Europe, ce qui n'aurait pas eu lieu si l'écoulement de l'or et de l'argent dans les autres pays de l'Ancien Monde n'avait pas été entravé. Cette grande accumulation de métaux provoqua une dépréciation rapide de leur valeur en Espagne ; les marchandises espagnoles haussèrent beaucoup plus ^^te que celles des autres pa3"s. L'industrie espagnole en fut fortement atteinte, la main-d'œuvre devenant de plus en plus chère. L'Espagne ne put ainsi lutter contre ses rivales et elle devait fatalement succomber.

Outre les masses énormes de métaux précieux que le Nouveau-Monde procura à l'Espagne, un certain nombre de denrées, dites « coloniales », constituèrent cependant de nouveaux éléments de richesse pour la mère patrie. Il est inutile

(1) M. J. Bonn, Spaniens Niedergang wàhrend der Preisrevolution des 16. Jahrhunderts. Stuttgart, 1896.

(2) Sempere, Historia del htxo,x. II, p. 04.— Roscher, Kolonien..., pp. 172, lyS.

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