‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 164 sur 173 · REVENUS DE LA COURONNE · texte numérisé non relu

REVENUS DE LA COURONNE

d'insister sur les productions utiles que fournirent les possessions d'outre-mer : perles, sucre, bois de teinture, cuirs, cannelle et cochenille (depuis 1573J ; plus tard la soie (1604), le cacao (1640), le tabac (1657). Quant aux statistiques relatives aux importations coloniales dans la métropole, on n'en possède que des fragments très imparfaits et sujets à caution.

La royauté retira de son domaine d'outre-mer des profits incalculables, ^u XVP siècle, les richesses des Indes en métaux précieux étaient considérées comme inépuisables, et on supposait qu'elles auraient aiïlué en un courant constant vers la mère patrie. Les souverains les employèrent surtout à des intérêts dynastiques. La possession du Mexique et du Pérou a contribué dans une grande mesure à assurer pendant longtemps le prestige et l'influence politique à la maison de Habsbourg.

L'or que Charles-Quint a retiré du Nouveau-Monde, lui a non seulement permis de l'emporter sur son puissant rival, le roi de France, et de parvenir à l'Empire, mais de soutenir toutes ses guerres : guerre de France et autres qui valurent à l'Espagne la suprématie en Europe pendant le XVP siècle. Les mines des colonies pa3'èrent aussi, en grande partie, les frais des guerres ultérieures et les intérêts des sommes énormes que les banquiers d'Augsbourg, d'Anvers et de Gênes prêtèrent aux souverains espagnols. Cependant elles n'enrichirent pas la métropole. Charles-Quint et Philippe TI engagèrent d'avance les revenus éventuels du Nouveau-Monde : ils firent des emprunts si nombreux et si considérables qu'ils durent en assigner les intérêts sur les arrivages éventuels d'or et d'argent des Indes. Les trésors déversés par le Nouveau-Monde sur l'Espagne glissèrent sur elle comme l'eau sur un toit (i).

^u XVP siècle, la couronne d'Espagne et les particuliers profilèrent, il est vrai, de l'affluence des métaux précieux, surtout dans la période qui précéda immédiatement celle de la dépréciation de ces métaux. L'Espagne devait alors fatalement avoir l'avantage sur les autres pays de l'Europe, car elle disposait de sources de richesses en face desquelles les forces économiques de l'Angleterre et de la France restèrent un

(1) Ehrenberg, Das Zeitalter der Fiigger.X. II, p. i5o.

moment impuissantes. L'impulsion qui fut donnée à la vie matérielle se répercuta en quelque sorte dans la vie politique et le milieu du XVP siècle constitue évidemment la période la plus brillante de l'histoire de l'Espagne.

Les recettes des Indes constituèrent, dès le premier quart du XVP siècle, la partie la plus importante des revenus royaux. On ne saurait, jusqu'à présent, les évaluer d'une manière précise. Il est donc impossible de comparer le rendement des colonies avec celui des impôts de la métropole, de sorte qu'on ne peut se faire une idée exacte de la valeur des établissements d'oiitre-mer au point de vue fiscal. Cependant on constate que, déjà au milieu du XVP siècle, les recettes des Indes dépassaient le produit des impôts les plus importants de la métropole, tels que les alcabalas et tercias (i). Il faut encore ajouter que les transactions commerciales entre les Indes et l'Espagne, très actives à cette époque, rendirent plus productifs les droits d'entrée et de sortie {almojarifazgos) établis par les souverains (2). Malgré toutes les ressources qu'ils retiraient directement des colonies et du commerce colonial, tous les rois d'Espagne recoururent souvent à des expédients pour couvrir le déficit de leur trésor : ils ne se firent pas scrupule de mettre la main sur l'argent des particuliers et spécialement sur leur part de métaux précieux rapportés d'Amérique par les galions. En échange, ils leur donnèrent cependant des titres de rente. En 1535, le gouvernement confisqua ainsi tous les chargements des flottes afin de pouvoir couvrir les frais de l'expédition contre Tunis ; les parti-

(i) Dans la première moitié du XVI» siècle, l'année où les a/dJ^îa/iis et ^erc/iis rapportèrent le plus fut i552; elles produisirent 333. 602. 827 maravédis, tandis que les receltes des Indes s'élevèrent la même année à 402.487.709 maravédis.

(2) Malgré les profits si abondants provenant du commerce colonial, le gouvernement chercha à en retirer encore plus. Sous la forme de l'emprunt forcé il mit sur lui un véritable impôt supplémentaire : avant de laisser les négociants toucher leurs bénéfices, on préleva sur eux un tant pour cent, sous le nom de don gratuit ajouté à l'induit. Le taux devint parfois si exorbitant que les marchands étrangers introduisirent parfois par l'organe de leurs gouvernements respectifs des réclamations auprès du gouvernement espagnol. (Scelle, La traite négrière, t. I, p. 268.)

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