POLITIQUE FINANCIERE
culiers frustrés ne reçurent que des titres rapportant un faible intérêt.
L'administration financière de l'Espagne fut toujours des \j plus défectueuses : les fonctionnaires qui en étaient chargés, ^ n'étaient pas responsables de cet état de choses; ils ne pouvaient tenir un compte exact des recettes et des dépenses, car les recettes passaient souvent directement aux créanciers de la couronne ; ils ne connaissaient pas les charges qui pesaient sur les revenus du trésor.
Les rois essayèrent de se procurer de l'argent par tous les moyens et ne songèrent jamais à rembourser les capitaux empruntés. Il en résulta que leur crédit diminua : l'intérêt des nouveaux emprunts qu'ils conclurent augmenta en raison de cette diminution. Ils furent mal servis d'ailleurs par leurs secrétaires des finances espagnols, notamment par Fr. Erasso, homme rusé et peu scrupuleux, usurier et concussionnaire, entré en fonctions vers 1546, qui compromit déplus en plus le crédit de la couronne par ses agissements malhonnêtes et ses manœuvres louches.
Dès 1543, le déficit du trésor était énorme : les dépenses] militaires évaluées pour cette année à un million de ducats ne purent être soldées que jusqu'à concurrence de 300.000 ducats; le reste fut couvert par des emprunts (i).
La situation financière s'aggrava encore dans la suite à cause des multiples guerres dans lesquelles l'Espagne fut engagée au XVP siècle. Malgré les tentatives faites par les agents de Charles-Ouint pour garder en Espagne le numéraire fabriqué au moyen de l'or et de l'argent des Indes, l'empereur se vit obligé de permettre, au moyen de licences, l'exportation de monnaies pour satisfaire aux exigences des banquiers étrangers. D'ailleurs, une partie considérable de numéraire avait déjà disparu de TEspagne par toutes sortes de voies détournées.
Le désarroi des finances fut à son comble au moment de l'abdication de Charles-Quint (1555). Deux ans après, la couronne d'Espagne faisait banqueroute (2). Philippe II suspendit 'j
(1) Ehrenberg, Das Zeitalter der Fugger, t. II, p. 14g.
(2) Ehrenberg a montré que la politique financière de Charles-Quint ne fut pas meilleure que celle de Philippe II. [Das Zeitalter der Fugger, pp. iSoetss.)
les paiements des sommes assignées sur les recettes du trésor ; ces assignations furent remplacées par des rentes d'Etat (juros)k cinq pour cent, qu'il était impossible de réaliser. Peu de temps avant la banqueroute, les Fugger avaient, pour une avance de fonds, reçu une assignation sur les premiers arrivages d'or et d'argent des Indes et avaient été autorisés à les exporter. Ils reçurent, en effet, la partie de ces arrivages revenant à la couronne, c'est-à-dire 570.000 ducats ; ils firent transporter cette somme dans les Pays-Bas, mais là elle fut réquisitionnée par ordre du souverain.
Les longues guerres entreprises par Philippe II furent désastreuses pour le pa3"S : la lutte contre les Pays-Bas révoltés entraîna des frais énormes. De 1571 à 1575, les banquiers génois avancèrent annuellement au roi plus d'un million de ducats assignés sur les revenus des Indes ; en 1573, il vendit des asientos, sortes de bons du Trésor, pour 1.700.000 ducats, dont la majeure partie fut également assignée sur les revenus des Indes. Les dépenses extraordinaires furent si élevées que, malgré les recettes considérables que le roi retira des Indes en 1573 (un demi million de ducats) et en 1574 (six cent mille ducats), la dette de la couronne ne fit que s'accroître et qu'en 1575, un décret suspendit le paiement des consignations sur les revenus royaux. C'était la seconde banqueroute du règne de Philippe II (i). Le crédit de l'Espagne fut encore plus fortement ébranlé que la première fois : les banquiers espagnols établis à Anvers quittèrent presque tous la ville (2) ; le nombre des capitalistes espagnols ne fît que diminuer et le roi d'Espagne dut s'adresser de plus en plus à des maisons génoises, qui ne lui prêtèrent qu'à des taux très élevés.
Bien que les flottes des Indes rapportassent encore à diverses reprises de véritables trésors (en 1577 elles importèrent cinq millions de ducats, dont un et trois quarts pour la couronne), la situation financière de l'Espagne ne se modifia guère.
(1) La dette consolidée était évaluée à 22 millions de ducats ; la dette flottante était de i5 à 18 millions.
(2) Il n'y resta que Luis Ferez.