‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 166 sur 173 · VALEUR DU DOMAINE COLONIAL · texte numérisé non relu

VALEUR DU DOMAINE COLONIAL

Pour l'améliorer, la couronne recourut à une foule d'expédients, comme l'émission en masse d'une monnaie de cuivre, établissant ainsi une sorte d'étalon de cuivre au lieu de l'étalon d'or ou d'argent. Les frais des guerres et de l'administration amenèrent de nouveau d'énormes déficits, et, en 1596, survenait une troisième banqueroute. Le crédit de l'Espagne était annihilé ; son commerce et son industrie, déjà fortement atteints, en ressentirent le contre-coup ; ils ne purent plus se relever.

Au cours du XVIP et du XVIIP siècle, l'Espagne devint de moins en moins apte à suffire aux besoins d'une politique coloniale. Elle eut à assumer la défense des colonies portugaises pendant la période de son union personnelle avec le Portugal, et même à repousser à diverses reprises les attaques j des grandes puissances maritimes contre son propre empire ,' d'outre-mer; mais ce furent surtout les possessions européennes de la couronne, et en premier lieu les Pays-Bas, qui coûtèrent l à l'Espagne de grands efforts et qui ne lui permirent pas de consacrer ses ressources à la mise en valeur de son superbe domaine colonial (i).

Quoi qu'il en soit, ce domaine colonial ne manqua pas de lui procurer de grands avantages et constitua pour ainsi dire son unique source de richesse : les Indes restèrent suivant l'expression de Michel Hurault, chancelier de Navarre (2), le « nerf » I . de l'Espagne; elles lui permirent réellement de conserver les' Pays-Bas méridionaux et de se maintenir en Italie.

Malheureusement les intérêts d^arastiques tournèrent l'esprit public bien plus vers la politique européenne que vers la . politique coloniale. Préoccupé de maintenir l'honneur et la ) gloire de la maison régnante, le gouvernement espagnol favorisa le goût traditionnel de la nation pour la carrière militaire et négligea d'encourager les aptitudes commerciales

(1) L'exportation vers les Indes diminua tellement que le gouvernement réduisit le nombre d'unités des galions et de la flotte de quarante à vingt-quatre.

(2) Discours sur Vétat de la France, cité par Poirson, Histoire du règne de HenrilV,xA\\,^. \^.

qui avaient commencé à se développer au XVP siècle. Il laissa périr les forces économiques et il ne sut pas nationaliser le commerce, comme la plupart des gouvernements des grands Etats modernes. Les professions mercantiles tombèrent presque complètement aux mains des étrangers et furent méprisées de plus en plus : souvent les marchands furent relégués dans des quartiers spéciaux, à l'instar des Juifs et des Maures au moyen âge(i).

D'autre part, il se produisit parmi le peuple espagnol une ' véritable poussée vers les fonctions ecclésiastiques. Celles-ci furent à tel point encombrées que le gouvernement se vit obligé d'instituer, en 161 7, une junte dans le but d'étudier les moyens de rendre plus difficiles les conditions à remplir pour la prêtrise. Le clergé acquit une telle prépondérance dans la vie publique que les affaires commerciales même tombèrent souvent aux mains des prêtres. 'L'asienlo des nègres fut à un moment donné, en 1684, entièrement administré par des prêtres. A la mort de l'asientiste don J. Barrôço (1683), son fils don Pedro, doyen du chapitre de Cadix, prit la direction de la traite et s'adjoignit pour agents plusieurs de ses confrères. Cette situation était dangereuse, car, en vertu de leurs privilèges de juridiction, les ecclésiastiques échappaient à toute contrainte. En d'autres circonstances encore, on constate l'immixtion directe des prêtres dans les choses du commerce : lorsque Vasiento des nègres passa à la maison hollandaise Coymans, ce furent des prêtres qui, désireux eux-mêmes de posséder Vasiento, forcèrent le gouvernement à rompre les engagements qu'il avait pris à l'égard de Coymans et à lui enlever la traite (2).

(1) Charles II signifia aux marchands français, génois, vénitiens, hollandais, flamands et portugais qui résidaient à Madrid, de changer de demeure et d'aller loger à l'avenir dans la grande rue d'Atocha, sous peine de confiscation de leurs biens (1682-1683.) {Mémoire du comte de La Vaug-uyon, cité par Weiss, L'Espagne depuis le règne de Philippe I [jusqu'à V avènement des Bourbons, t. 1 1, p. iSg). L'industrie était moins méprisée que le commerce. Aussi le gouvernement publia-t-il un édit (1682) proclamant que les nobles ne dérogeraient pas en se livrant indirectement à des entreprises industrielles.

(2) Voir p. 399.

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