DÉCOUVERTE DU FLEUVE CONGO
Açores, du cap Vert étaient autant de dépendances soumises à l'autorité royale. Un commerce prospère se faisait le long de la côte, depuis la Sénégambie jusqu'à la baie de Biafra. Jean II était à même d'apprécier sa valeur, car, depuis 1473, 1®^ redevances qui en provenaient, formaient son apanage. Dès sou avènement, il s'efforça de développer ce commerce; il créa sur la côte diverses factoreries et leur donna la protection d'un fort qu'il fît construire à Saint-Georges del Mina (1482).
Suivant sur ce point l'exemple de son père, il engagea les particuliers à tenter à leurs frais des vo3'ages de découverte, et, pour exciter leur zèle, il leur promit les pouvoirs de donatarios sur toutes les terres qu'ils trouveraient (i).
Quant à lui, il reprit l'exploration de la côte d'Afrique qui, lors de son avènement, avait cessé depuis environ six ans. Comme le prince Henri, il s'appliqua à améliorer l'organisation et l'outillage de la marine dont dépendait l'avenir des explorations. Les progrès que la science nautique et la construction navale réalisèrent sous son règne, ne sont pas l'un des résultats les moins importants de sa politique coloniale.
En 1484, deux navires furent mis à la disposition de Diogo Cam (Cfio) qui reçut pour unique instruction de reconnaître la côte d'Afrique le plus loin possible vers le sud. Pour obvier à l'insuffisance des connaissances scientifiques chez ses capitaines, le roi procura à Diogo Cam un collaborateur précieux en la personne de Martin Behaim, qui avait été élève du fameux Regiomontanus (Jean Millier) de Nuremberg.
Diogo Cam découvrit le fleuve Congo et explora la côte à 200 lieues au sud du fleuve, sans trouver de passage vers l'est. Son voyage marque le début des relations suivies qui s'établirent entre les Portugais et le roi du Congo. Ce dernier accepta une sorte de protectorat et ouvrit ses États aux missionnaires et aux commerçants.
L'échec de Diogo Cam dans la recherche de la route des Indes aurait pu décourager le roi, si, à cette époque, il n'avait obtenu par des prêtres abyssins qui se trouvaient en Espagne,
(1) Voir plusieurs de ces donations de terres à découvrir dans Algims dociimentos, pp. Sy-Sô.
50 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION
et par des moines portugais qui avaient fait le pèlerinage de Jérusalem, l'assurance qu'un royaume chrétien existait au sud de rEg3^pte et s'étendait jusqu'à la mer des Indes. Des nègres du Bénin, amenés en Portugal comme ambassadeurs de leur roi par le capitaine Affonso d'Aveiro, ayant parlé d'un puissant prince qui habitait à 250 lieues à l'est du Bénin, on vit dans leur récit une nouvelle indication sur l'endroit où se trouvait le royaume du prêtre Jean.
En août i486, deux caravelles prirent la mer sous Bartholomeu Dias pour tenter à nouveau de découvrir la route maritime vers les Indes. Pendant ce temps une expédition essayait, sans succès d'ailleurs, d'arriver au pays du prêtre Jean par la voie du Sénégal et deux hommes intrépides qui connaissaient la langue arabe, Pedro de Covilham et Affonso de Paiva, se rendaient au Caire pour s'y procurer des renseignements sur le pavs d'oii les Vénitiens tiraient leurs épices et sur l'endroit exact où résidait le prêtre Jean. Dias revint au mois de décembre 1487, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance et avoir vu la côte d'Afrique se diriger vers le nord. Covilham visita la côte de Malabar, une partie de la côte orientale d'Afrique et, rentré au Caire, envoya à Jean II, par un juif portugais, le récit de son voyage avec l'indication de la route à suivre pour aller de Guinée aux Indes. Les renseignements de Covilham complétant ceux qu'avait rapportés Dias, on pouvait en toute confiance envoyer une flotte aux Indes. Jean II la faisait préparer quand il mourut (1495), laissant à son cousin, Emmanuel, la gloire d'atteindre le pays qui, depuis quatre-vingts ans, était l'objectif des explorateurs portugais.
L'œuvre réalisée par Jean II ne consistait pas seulement dans la découverte de la route des Indes. Il avait, en outre, pris de prudentes mesures pour en réserver l'usage exclusif aux Portugais. Il avait ordonné aux chefs des expéditions qui longeaient la côte d'Afrique, de prendre solennellement possession au nom du Portugal des terres où ils abordaient et d'ériger comme preuve de leur passage, au lieu de simples croix de bois comme on le faisait autrefois, des piliers de pierre (padropis ou