‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 19 sur 173 · RETOUR DE CHRISTOPHE COLOMB · texte numérisé non relu

RETOUR DE CHRISTOPHE COLOMB

padrâos) portant d'un côté les armes de Portugal, de l'autre la date de la découverte et le nom du découvreur (i).

Le principe qu'il avait adopté, d'entretenir des relations paisibles avec la Castille, datait de l'époque où il n'était encore qu'héritier présomptif du trône. Chargé par son père de conduire les négociations de la paix avec la Castille, il en avait profité pour régler les différends qui avaient surgi entre cet Etat et le Portugal au sujet de la Barbarie, de la Guinée et des îles Canaries. Par le traité de Tolède du 6 mars 1480 (2), Ferdinand et Isabelle renoncèrent aux prétentions qu'ils avaient élevées sur certaines parties du royaume de Fez (Maroc) et sur la Guinée, à condition que le roi de Portugal leur abandonnât les îles Canaries. Cet accord fut sanctionné par le pape Sixte IV qui confirma de nouveau les privilèges concédés au Portugal par ses prédécesseurs.

Les découvertes de Christophe Colomb déjouèrent les précautions de Jean II pour se réserver sans partage l'accès des Indes par une route maritime. Le 4 mars 1493, Colomb jeta l'ancre à l'embouchure du Tage et apprit au roi qu'en faisant route vers l'ouest, il avait atteint l'extrémité orientale des Indes dont il avait pris possession au nom de la reine de Castille. Dans l'ignorance où l'on était alors des dimensions de la terre et de la distance qui sépare les îles découvertes par Colomb du pays des épices que l'on appelait les Indes, Jean II croyait que les espérances du Portugal seraient à jamais ruinées s'il laissait à la Castille la terre que Colomb venait de découvrir. De bonne foi peut-être, il affirma à Colomb que cette prise de possession était contraire aux stipulations des bulles accordées aux rois de Portugal et revendiqua la souveraineté de la terre nouvellement découverte. Colomb parti, Jean II s'apprêta à défendre ses droits par la force et fit préparer une escadre pour empêcher les navires castillans de se rendre aux Indes.

(ij Voir Alexandro Magno de Castilho, Etude sur les colonnes ou monuments commémoratifs des découvertes des Portugais en Afrique. Lisbonne, 1869-1870.

(2) Alguns documentos, p. 42. Ce traité fut précédé de plusieurs autres, notamment de celui d'AIcantara (1479).

52 GRANDES PHASES DE l'EXPANSION

Ferdinand et Isabelle, informés de l'attitude menaçante prise par la cour de Portuo^al, envoyèrent une ambassade à Lisbonne pour calmer les appréhensions de Jean II, en attendant que leurs envoyés auprès du Saint Siège, eussent obtenu du pape une bulle mettant fin au conflit.

La bulle demandée par les souverains espagnols leur fut concédée par Alexandre VI, le 3 mai 1493. EUe leur donnait sur les îles et les terres découvertes par Christophe Colomb ainsi que sur celles que leurs sujets découvriraient, les droits et privilèges qui avaient été concédés aux Portugais dans les régions de l'Afrique, de la Guinée et del Mina (in partibus Africe, Guinée et Miner e auris) (i). Mais des conflits pouvaient naître entre la Castille et le Portugal si Jean II essayait d'atteindre les Indes en utilisant la route découverte par Colomb. Pour prévenir ces conflits, le pape, par une bulle promulguée le lendemain, c'est-à-dire le 4 mai, assigna à la Castille toutes les îles et terres fermes trouvées et à trouver dans la direction de l'ouest ou du sud, que ce fût vers les Indes ou vers une autre région, au delà d'une ligne tracée d'un pôle à l'autre à cent lieues des îles Açores et des îles du Cap Vert, à condition que ces terres, au jour de la Noël 1492, n'appartinssent pas à un prince chrétien (2).

Ces deux bulles ne définissaient pas les droits des rois de Portugal qui avaient été fixés par des bulles antérieures.

De la combinaison des différentes décisions pontificales, il résulte que toutes les terres que les Castillans découvriraient en allant vers l'ouest, qu'elles fissent partie des Indes ou non,

(1) Pour un motif inconnu, cette première bulle (I)itcr cetera) fut résumée dans une autre bulle [Eximie devotionis) datée du même jour. Voir Dawson. The Une of démarcation. ..{Proceedings of the royal soc. Canada), 2* série, 1899, sect. II, pp. 467-546. Cet auteur suppose à tort que la première bulle {Inter cetera) ne fut pas promulguée.

(2) Ce passage de la bulle est ainsi conçu : ce Donamus... omnes insulas et terras firmas inventas et inveniendas, détectas et detegendas versus Occidentem et Meridiem,fabricando et constituendo unam lineam a polo Art'ico, scilicet Septentrione, ad polinn antarticum, scilicet Meridiem, sive terrae Jîrmae et insulae et inveniendae sint versus Indiam aut versus aliam quamcumque partem ; quae linea distet a qualibet Insularum, quac vulgariter nuncupantur delos A:{ores et Cabo vierde, centum leucis versus Occidentem et Meridiem. )>

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