‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 20 sur 173 · REVENDICATION DE L AMERIQUE PAR LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

REVENDICATION DE L AMERIQUE PAR LE PORTUGAL

devaient leur appartenir. Aux Portugais étaient réservées toutes celles qu'ils trouveraient en suivant la route de Guinée. Aucun prince, empereur ou roi, ne pouvait contrevenir aux décisions prises par le Souverain Pontife, sans encourir la peine de l'excommunication.

Jean II protesta contre les termes de ces bulles qui, à ce qu'il prétendait, lésaient les droits reconnus précédemment par le Saint-Siège à la couronne de Portugal. Mais Alexandre VI ne se laissa pas fléchir et, loin de modifier les bulles des 3 et 4 mai 1493, il les confirma et les précisa par celle du 26 septembre de la même année, suivant laquelle toutes les terres des régions orientales, l'Inde comprise, qui pouvaient être atteintes en naviguant vers l'ouest, devaient appartenir à la Castille aussi bien que celles qui étaient situées dans les régions occidentales ou méridionales (i).

Suivant le chroniqueur Barros (2), dont beaucoup d'auteurs ont accepté trop aisément les affirmations, Jean II fondait ses prétentions sur une bulle de Martin V qui aurait donné au prince Henri le Navigateur toutes les terres à découvrir depuis le cap Bojador jusqu'aux Indes.

Ou ne connaît ni la date ni le texte de cette bulle. Si elle a existé, ce qui est probable, car la bulle du 21 juin 1481 fait mention d'une bulle de Martin V, elle n'avait certainement pas la portée que lui donne Barros. Aucune des bulles qui ont été conservées, ne contient de donation aussi étendue. Celle de Sixte IV du 21 juin 1481 et celle d'Innocent VIII du 12 septembre 1484, qui reproduisent en grande partie et confirment les bulles antérieures, ne réservent nullement les Indes à l'expansion portugaise, mais seulement les régions qui s'étendent des caps Bojador et Non jusqu'à la Guinée et au delà (a capitibics de Bogiador et de Nhavi usque ad totam Ghineam et idtra versus illain meridionalem plagam). Quant aux Indes, ces bulles se bornent à les placer sous l'autorité

(1) Ces bulles sont publiées in extenso dans J. B. Thacher, Cfiristopher Columbus, II, pp. 124 a 164. Elles se trouvent aussi, sauf une des deux bulles du 4 mai, dans F. Navarrette, Coleccion de los viages y descubrimentos, II, p. 29, Si et 449.

(2) Dec. I,lib. I, ch. VII.

spirituelle de l'ordre du Christ, sans autoriser les Portugais à y faire des conquêtes, car on les croyait habitées par des chrétiens (i).

Ses démarches auprès du Saint-Siège étant restées infructueuses, Jean II tenta d'obtenir des souverains espagnols une modification des limites tracées par les bulles d'Alexandre VI. Son principal argument était que le Souverain Pontife restreignait beaucoup trop le champ d'expansion des Portugais dans l'océan Atlantique, en le bornant par une ligne qui passait à 100 lieues seulement des possessions qu'ils avaient déjà acquises. Ferdinand et Isabelle cédèrent aux instances de Jean II et, par le traité de Tordesillas du 7 juin 1494, la ligne de démarcation fut portée à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap- Vert (on ne parlait plus des îles Açores) c'est-à-dire, suivant les calculs de l'époque, à la moitié de la distance entre ces îles et les terres découvertes par Colomb.

Jean II trouva la concession insuffisante. Aussi ne mit-il aucun empressement à faciliter la détermination sur place de la ligne de démarcation. Ni lui, ni personne à cette époque ne pouvait prévoir que les Portugais devraient à ce traité la possession du Brésil que Cabrai découvrit quelques années plus tard (2). Les efforts de Jean II pour reculer la limite imposée par la décision pontificale à l'activité coloniale de son pays, eurent donc pour celui-ci des conséquences aussi heureuses qu'importantes (3).

(i) Toutes ces bulles, sauf celles de 1484, sont publiées dans Alguus documentos. Voir sur cette question, Harrisse, Diplomatie liistory of America, pp. 1 à 7 et BouRNE, The démarcation Une of Alexander VI {Yale Reviciv, mai 1892, p. 36 et ss.).

(2) Les cosmographes de l'époque plaçaient la ligne de démarcation entre 42* 3o' et 450 37' à l'ouest de Greenwich. (Harrisse, Diplomatie history of America, Y>p. i52-i54.)

(3) Avant de s'adresser aux souverains espagnols, Colomb demanda à Jean H les moyens de tenter un voyage de découvertes dans la direction de l'ouest. Plusieurs auteurs ont longuement épilogue sur les motifs qui déterminèrent le roi à repousser le projet de Colomb. Les récents travaux de S. Kuge {Columbus, 2® éd., Berlin, 1902) et de H. Vignaud (Etudes critiques sur la vie de Colomb avant ses découvertes. Paris, igoS) confirment le récit de Barros (Asia, Dec. I, liv. III, ch, XI) suivant lequel Colomb ne sut produire à l'appui de son projet aucun calcul sérieux. Homme sans instruction, n'ayant même qu'une faible expé-

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