‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 25 sur 173 · DEUXIEME PERIODE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PERIODE

Le démembrement de l'empire colonial sous le gouvernement des rois d'Espagne (1580-1640).

En montant sur le trône de Portugal, Philippe II avait juré devant les Cortès de Thomar que l'union de son nouveau royaume avec l'Espagne serait purement personnelle. L'administration du pays, si elle n'était pas dirigée par le roi luimême, devait l'être par un vice-roi portugais ou de sang royal. Les libertés et privilèges des Portugais devaient être respectés, les Cortès fréquemment consultées, le commerce avec les colonies portugaises réservé aux vaisseaux portugais. Le Portugal et ses domaines d'outre-mer continuaient donc, sous la dynastie de Habsbourg, à former un Etat distinct de l'Espagne et administré suivant ses lois traditionnelles.

De toutes les colonies, l'île Terceira (Açores) fut la seule qui refusa de reconnaître Philippe comme son souverain légitime (2). Presque toutes se soumirent à lui avec empres-

(1) Rebello da SiLVA, Hist. de Port., I, p. i63 et chapitre I passim. {2) Rebello da Silva, Hist. de Port., II, p. 5q8 et ss.

sèment, car elles le considéraient comme un prince puissant, capable de les protéger contre les attaques des corsaires (i). Leurs espérances ne furent pas complètement déçues et, durant une partie assez considérable du règne de Philippe II, l'empire colonial s'étendit encore. La conquête de l'Angola et de Ceylan fut continuée, les Turcs furent écartés de l'Afrique occidentale et du golfe Persique, des expéditions envoyées à la recherche de mines d'or annexèrent de nouveaux territoires au Mozambique. Mais, dans les dix dernières années du XVP siècle, les Provinces-Unies et l'Angleterre commencèrent à attaquer les colonies portugaises. Avant le régime espagnol^ des corsaires anglais et français avaient déjà assailli certaines colonies, mais ils n'avaient pas été soutenus d'une manière ouverte par leurs gouvernements.

Il en fut autrement du jour oii le Portugal fut uni à l'Espagne. Il se trouva dès ce moment, comme cette puissance, en guerre déclarée avec l'Angleterre, les Provinces-Unies et la France.

Sauf le Brésil, les établissements portugais, dispersés sur des étendues immenses, sans liens entre eux, constituaient une proie beaucoup plus facile à prendre que les compactes colonies espagnoles. Leur importance commerciale était en outre beaucoup plus grande. Aussi est-ce contre eux que les coups de l'ennemi se dirigèrent de préférence.

En fondant ses divers établissements, le Portugal semble n'avoir jamais supposé qu'il aurait peut-être à les défendre un jour contre une autre puissance maritime. La route vers les Indes n'offrait presque aucun point d'appui aux flottes. Au début du XVIP siècle, Angra dans les îles Açores, Mozambique sur la côte orientale d'Afrique, Bahia au Brésil étaient les seuls refuges fortifiés. L'Angola n'était qu'un cantonnement de chasse à l'esclave; la position si importante du cap de Bonne-Espérance n'était pas occupée.

Malgré cette imprévoyance, malgré l'immensité des terres qu'il devait protéger, le Portugal aurait pu, longtemps encore

(i) Rebello da Silva, Hist. de Port., I, p. 600. — Varnhagen, Historia gérai do Bra:{il, I, pp. 279-280.

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