‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 26 sur 173 · LUTTES CONTRE LES HOLLANDAIS ET LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LUTTES CONTRE LES HOLLANDAIS ET LES ANGLAIS

après sa réunion à l'Espagne, conserver intact son empire colonial, si les rois d'Espagne n'avaient pas épuisé au service de leur politique européenne la meilleure partie de ses forces navales. Ses adversaires n'étaient pas, au début, bien redoutables sur mer. L'Angleterre ne développa sa marine que vers le milieu du XVIP siècle, la France n'attachait d'importance qu'à ses intérêts sur le continent, les Pays-Bas du Nord, constitués en République des Provinces-Unies en 1579, ne pouvaient, malgré la prospérité de leur marine marchande, avoir immédiatement en mer des forces considérables. Aussi, au début du XVIP siècle, les attaques dirigées par ces pays contre les établissements portugais, avaient plutôt le caractère d'entreprises privées, conduites par des compagnies de marchands aux ressources limitées, qui aspiraient non à faire des conquêtes étendues, mais à s'assurer des avantages commerciaux dans les mers d'Orient ou à se procurer du butin. Les Hollandais, au début, désiraient simplement faire le commerce dans les régions où les Portugais ne possédaient pas d'établissements (i). C'est pourquoi, ni la Hollande, ni l'Angleterre ne se hâtèrent d'attaquer de front les colonies portugaises, où elles avaient d'ailleurs à craindre une solide résistance. Car, même vaincus sur mer et privés du secours de la métropole, les Portugais, aidés de troupes indigènes, étaient gens à défendre résolument leurs forteresses.

Ces différentes causes retardèrent le démembrement de l'empire colonial portugais.

Durant le premier tiers du XVH^ siècle, les Anglais évitèrent en général de lutter seuls contre les Portugais et se bornèrent à soutenir leurs ennemis : ils aidèrent notamment le Schah de Perse à prendre Ormuz (1622).

La paix signée en 1630 entre l'Angleterre et l'Espagne, ne fut pas étendue aux colonies, car Philippe IV ne voulait pas permettre aux vaisseaux anglais de se rendre aux Indes. Mais le vice-roi, le comte de Linhares, jugea plus sage, vu l'état de ses forces, de conclure la paix avec les Anglais. Il

(1) G. M. A. W. L. Premier livre de l'histoire de la navigation des Hollandais aux Indes Orientales. Amsterdam, 1609, pp. 1 et 2.

signa le 2 0 janvier 1635, avec William Methwold, président de la compagnie des Indes orientales, un accord en vertu duquel la compagnie était autorisée à conserver un comptoir à Surate et à acheter chaque année une cargaison de poivre aux Portugais. Les deux contractants se promettaient un mutuel appui contre les Hollandais, devenus à cette époque les ennemis des Anglais. Mais ceux-ci disposaient de trop peu de forces aux Indes pour apporter aux Portugais une aide efficace et l'alliance n'améliora en rien la situation de ces derniers.

Dans l'orient, les Provinces-Unies, alors la première puissance maritime du monde, n'enlevèrent jusqu'en 1637 que les Moluques, où les Portugais n'étaient pas solidement établis. De temps à autre leurs flottes pillaient un établissement portugais ou aidaient un des vassaux du Portugal à s'insurger, mais l'objet principal de leurs entreprises était de s'emparer du commerce des épices, en créant des établissements dans l'Insulinde et en empêchant par leurs croisières les relations entre le Portugal et ses colonies des Indes.

Au Brésil et dans l'Afrique occidentale, les Hollandais ne tentèrent d'attaques sérieuses qu'après 1625, et pendant dix ans sans grand succès. C'est seulement durant les cinq dernières années du régime espagnol, de 1635 à 1640, qu'ils accrurent notablement leurs possessions d'outre-mer au détriment du Portugal. En ces quelques années, ils lui enlevèient les plus belles provinces du Brésil, Saint-Georges del Mina, qui était son principal point d'appui sur la côte de Guinée, et une grande partie de Ceylan.

A ce moment le duc d'Olivares, ministre de Philippe IV, s'apprêtait à supprimer complètement l'autonomie du Portugal pour le transformer en province espagnole. Ce projet porta à son comble la haine des Portugais contre la dynastie étrangère. Ils profitèrent d'une révolte de la Catalogne qui occupait les armées royales, pour proclamer la déchéance de la maison de Habsbourg et pour appeler au trône un prince portugais, le duc de Bragance.

Cette révolution marque le commencement d'une nouvelle période de l'histoire coloniale du Portugal, car en se séparant

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