TROISIEME PERIODE
Reprise de l'expansion outre-mer sous le règne de la maison de Bragance, jusqu'à l'émancipation du Brésil (1640-1808).
Jean IV de Bragance acceptait la couronne dans des circonstances extrêmement critiques. Le pays était épuisé par les contributions que les rois d'Espagne lui avaient imposées; il ne possédait plus d'armée ni de marine. Toutes les colonies avaient adhéré avec enthousiasme à la révolution et les gouverneurs qui n'avaient pas voulu reconnaître Jean IV pour leur souverain, avaient vu les colons se soulever contre eux. Seule la forteresse de Ceuta était restée fidèle à Philippe IV.
Jean IV pouvait compter sur le plus entier dévouement de la population du royaume et des colonies. Mais ni ce dévouement, ni la valeur militaire des Portugais ne pouvaient suppléer à l'organisation qui faisait défaut, et Philippe IV n'aurait eu aucune peine à ressaisir le Portugal, s'il avait eu la libre disposition de ses forces. Mais ses armées étaient occupées à réprimer la révolte de la Catalogne et à résister aux attaques de la France. Il ne put envoyer en Portugal qu'une petite troupe dont les Portugais furent aisément victorieux.
Ces circonstances donnèrent quelque répit au Portugal et permirent au nouveau roi de chercher au dehors des alliés. La maison de France en guerre contre celle de Habsbourg était acquise d'avance à l'alliance portugaise. Mais son concours devait se borner à occuper vers les Pyrénées les armées espagnoles. Elle ne pouvait fournir au Portugal un secours direct.
L'Angleterre, l'ancienne alliée du Portugal, était en proie à une guerre civile qui ne lui permettait pas de distraire une
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partie de ses forces au profit du Portugal. Elle était d'ailleurs en paix avec l'Espagne.
Seules les Provinces-Unies, alors à l'apogée de leur puissance, pouvaient procurer à Jean IV l'aide dont il avait besoin. Par un traité du 12 juin 1641, elles promirent au roi le concours d'une escadre de 20 vaisseaux et mirent à sa disposition des officiers, des armes et des munitions. En revanche, le Portugal renonçait à revendiquer les colonies que la Hollande lui avait prises avant la conclusion du traité et accordait de nombreux avantages aux commerçants hollandais.
Si le traité avait été exécutoire aux colonies à la date où il fut signé, il aurait été avantageux pour le Portugal. Moyennant sa renonciation à des colonies qu'il ne pouvait reconquérir, il aurait conservé aux Indes Goa, les côtes du Malabar et de Coromandel, une partie de Ceylan et quelques autres établissements moins importants; en Afrique, Mozambique et ses annexes, l'Angola et le Benguela, Madère, les Açores, l'archipel du Cap Vert, les îles du golfe de Guinée; en Amérique, la majeure partie du Brésil, partie où, à vrai dire, la colonisation n'avait guère pénétré, mais qui était susceptible d'un rapide développement.
Mais le traité du 12 juin 1641 n'était applicable aux colonies qu'un an après sa conclusion. Les compagnies hollandaises des Indes orientales et des Indes occidentales profitèrent de ce délai pour arracher de nouveaux lambeaux à l'empire colonial portugais. Dans le courant de l'année 1641, elles occupèrent l'Angola et l'île Sâo Thomé et poussèrent la guerre avec activité à Ceylan. Malacca avait succombé avant la conclusion du traité.
Un événement auquel Jean IV n'eut aucune part, le soulèvement de tous les colons portugais du Brésil contre les Hollandais, vint modifier complètement les termes de l'accord conclu entre le Portugal et la République des Pays-Bas. Sous le prétexte que le roi n'exécutait pas le traité au Brésil comme il le devait, la République lui retira la flotte qu'elle avait mise à sa disposition et refusa de publier le traité aux Indes. Elle ne se décida à le faire qu'en 1644, lorsque 1^ roi lui eut donné la