CONFLIT A PROPOS DES FRONTIÈRES DU BRÉSIL
l'Angola, la région du Cap Vert et les îles de l'Atlantique un domaine colonial de haute valeur, varié, suffisant pour occuper son activité.
Mais ses rois ne songeaient guère à diminuer l'étendue de ce domaine colonial. Il leur en coûtait de renoncer à une terre quelconque que leurs ancêtres avaient occupée. Jusqu'en 1769, ils gardèrent l'inutile possession de Mazagran au Maroc, et, dans la seconde moitié du XVIIP siècle, par quelques guerres heureuses, ils accrurent de beaucoup le territoire de Goa. Sur les côtes de l'Angola et du Mozambique ils s'efforçaient d'occuper tout le rivage de Cabinda à Mossamédès, de Mélinde à Lourenço-Marques. Ils ne renonçaient même pas à la lointaine île Timor.
En Amérique la prétention de comprendre dans le Brésil la Guyane jusqu'à l'Oyapock, mit le Portugal en conflit avec la France. Comme aucune des deux puissances n'exerçait dans cette région d'autorité réelle, la contestation resta d'ordre purement diplomatique. Mais, en essayant de donner le Rio de la Plata pour limite méridionale au Brésil, le Portugal faillit entrer en guerre avec l'Espagne. Il soutenait que la colonie du Sacramento ou Nova Colonia établie par des Espagnols sur la rive nord du Rio de la Plata, lui appartenait. En 1680, Charles II lui avait reconnu la propriété de cette colonie, car le Rio de la Plata était regardé comme la limite méridionale des possessions portugaises. La paix d'Utrecht, différents traités postérieurs et enfin le traité de Paris de 1763 avaient confirmé ses droits. Cependant les gouverneurs espagnols de Buenos- Ayres s'insurgeaient contre ces dispositions des traités, prétendant que la colonie était située dans cette partie de l'Amérique que le traité de Tordesillas attribuait à l'Espagne. Ils persistaient à occuper une partie de la colonie du Sacramento. En 1774, un gouverneur plus zélé que les autres, envahit à l'improviste la colonie et en chassa les Portugais. Pombal, de concert avec le gouvernement anglais, adressa des représentations à Madrid sur la façon d'agir du gouverneur de Buenos- Ayres. Mais le cabinet de Madrid, sous prétexte que Pombal avait ordonné au vice-roi du Brésil de réunir ses forces contre les
8o GRANDES PHASES DE l'eXPANSION
Espagnols, refusa de désavouer son gouverneur et, en lyj^), envoya douze mille hommes à Buenos- Ayres. Devant de telles forces, le Portugal dut céder. Par les traités de S. Ildefonso (1777), et du Prado (1778) il renonça à la colonie du Sacramento et reconnut à l'Espagne le droit exclusif de naviguer sur le Rio de la Plata et sur l'Uruguay. Il lui céda, en outre, les iles Fernando-Po et Annobon dans le golfe de Guinée. En échange, l'Espagne lui abandonna le sud-est du Pérou, des territoires dans l'est du Paraguay et la Guyane jusqu'au Rio Negro.
En 1808 le Portugal fut séparé de sa principale colonie, le Brésil. Une armée française, sous le général Junot, ayant envahi le Portugal, la famille royale se réfugia à bord de l'escadre anglaise qui la transporta au Brésil. Dès ce moment le centre du gouvernement fut au Brésil, tandis que la métropole était soumise à une régence dirigée par des officiers anglais. Le roi Jean VI, plus attaché à la colonie qu'à la mèrepatrie, continua de résider au Brésil après que l'abdication de Napoléon P"" eut conjuré tout danger de guerre pour le Portugal, et, en 1822, la séparation des deux pays fut formellement proclamée par la constitution du Brésil en empire.
Grâce à la protection de l'Angleterre, le Portugal ne perdit aucune colonie durant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Non seulement l'Angleterre lui accorda l'appui de ses flottes, mais elle fit occuper par ses troupes certaines colonies dépourvues de garnisons. Les domaines coloniaux du Portugal comprenaient à cette époque : Goa et quelques autres possessions aux Indes, Macao, une partie de Timor, quelques postes sur la côte orientale d'Afrique, l'Angola et le Benguella, les îles S. Thomé et du Prince, les îles du Cap Vert, Madère et Açores et quelques comptoirs à demi ruinés en Guinée.