AFRIQUE, ASIE ET MOLUQUES
concessions en matière commerciale qu'à diriger leur politique intérieure. Plus tard, souvent dans le but de travailler à la conversion des indigènes, ils changèrent d'attitude. A Ceylan, ils essayèrent même de se substituer complètement aux rajahs et d'assumer l'administration de l'île entière (i). Mais cette tentative, effectuée sous le gouvernement des rois d'Espagne et à l'exemple peut-être des procédés de la colonisation espagnole au Mexique, ne réussit pas. A l'époque oi^i elle eut lieu, au début du XVIP siècle, les Portugais ne disposaient plus de forces suffisantes pour s'établir à l'intérieur d'un Etat indigène d'une manière solide et pour y faire respecter leur autorité par des populations nombreuses.
Enfin la troisième catégorie comprend les colonies fondées dans des Etats dont les chefs étaient indépendants des Portugais et n'avaient concédé à ceux-ci que des droits précaires et souvent très restreints. Tels étaient Macao, Chittagong f Bengale), les comptoirs de Bantani (Java), Makassar (Célèbes), etc.
Le gouvernement portugais, on le voit, n'eut de population indigène sous sa dépendance directe que dans des villes ou dans des districts peu étendus autour de ces villes. Avant 1560, il s'occupa peu des indigènes des campagnes. Plus tard, il créa une administration mi-civile, mi-ecclésiastique, chargée de travailler à leur conversion. Dans les villes, sa politique ordinaire fut d'assimiler le plus possible la population indigène en la convertissant au catholicisme et en favorisant les unions entre Portugais et femmes indigènes.
Dès qu'une ville possédait un no5^au de population portugaise ou teintée de civilisation portugaise, elle recevait les privilèges d'une ville de Portugal. Goa reçut, en 15 19, une charte identique à celle de Lisbonne, Macao, en 1596, une charte copiée sur celle d'Evora. On se rend difficilement compte de la manière dont les dispositions de ces chartes étaient appliquées dans des villes asiatiques. Les habitants de race portugaise étaient fort peu nombreux, car il n'y eut jamais d'émigration du Portugal vers les Indes. Les seuls Européens qui y venaient, étaient des agents de l'administration ou des
(1) Dan VERS, The Portiiguese in India, t. II, p. iSj.
soldats. Quand Goa reçut ses privilèges, il ne comptait que 450 habitants originaires du Portugal. Quant aux métis et aux indigènes convertis, il est douteux qu'ils pussent s'accommoder de privilèges empruntés à un pays tout différent du leur. Aussi le rôle des chambres municipales des Indes fut-il, en général, fort effacé (i).
La politique d'assimilation adoptée par le gouvernement portugais, facilitait singulièrement l'organisation civile de l'empire de l'Inde. Les populations qui l'habitaient, assez peu nombreuses d'ailleurs, étaient, quelle que fût leur race, soumises aux lois et coutumes de la mère patrie.
L'administration supérieure de Y Estado da Iiidia était centralisée à Goa. A sa tête se trouvait le gouverneur. Les historiens lui donnent généralement le titre de vice-roi, quoique ce titre fût personnel et non pas attaché à la fonction (2). Ce haut fonctionnaire était nommé pour trois ans. Ses pouvoirs étaient rarement prorogés. Nuno da Cunha conserva ses fonctions de 1529 à 1538, mais c'est là un fait tout exceptionnel. Le vice-roi était le chef civil et militaire de V Estado. Pour accroître son prestige, on lui rendait des honneurs royaux : Sébastien défendit même que personne, quel que fût son rang, lui parlât la tête couverte. Il avait un grand train de maison et un nombreux personnel payé par l'État. Au milieu du XVP siècle, son traitement annuel s'élevait à 8000 cruzades (88.000 francs), plus une gratification de 600 quintaux de poivre (2). Seul de tous les gouverneurs coloniaux, il eut, dès l'époque d'Albuquerque (1509-15 15), le droit de battre monnaie. Ses pouvoirs étaient en principe extrêmement étendus : « les vice-rois, dit Couto, sont les vrais rois et dieux de l'Inde (4) ». Aucune affaire importante concernant l'État ne pouvait être conclue sans leur assentiment. Ils n'étaient responsables que devant le roi et ne pouvaient jamais être
(1) Au début du XVII' siècle, l'État de l'Inde renfermait 12 cités et 33 villes. Falcao, Livro de toda a fa^^enda, p. 23 à 27, 77, 78.
(2) Durant le XVI' siècle, 16 gouverneurs sur 33 ont porté le titre de vice-roi.
(3) BoTELHO, O tombo, p. 5j.
(4) CouTo, Soldado pratico, I, p. 22.