‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 34 sur 173 · AFRIQUE, ASIE ET MOLUQUES IO · texte numérisé non relu

AFRIQUE, ASIE ET MOLUQUES IO

l'objet d'une poursuite judiciaire aux Indes. Mais leur liberté d'action était étroitement limitée par l'intervention d'un conseil dont ils devaient suivre l'avis dans toutes les questions d'une certaine gravité.

Le vice-roi était assisté d'un secrétaire d'État pour l'administration générale et d'un procureur en chef (^provedor mor dos contos) pour la comptabilité.

La solde et l'entretien des troupes étaient du ressort de « l'écrivain de la matricule », fonctionnaire dont le rôle était des plus importants, parce que « la meilleure partie du patri- » moine royal passait pas ses mains » (i). C'était lui qui tenait la liste ou matricule de tous les hommes composant l'armée des Indes et qui remettait aux différents officiers les sommes nécessaires à l'entretien et à la solde des hommes qu'ils avaient sous leurs ordres.

L'inspection des comptes des différentes colonies des Indes était dévolue d'abord à un seul, plus tard à trois inspecteurs. (yedores da fazenda das fortalezas). Ils avaient pour mission de vérifier la perception des droits dus au trésor royal et d'empêcher les infractions aux monopoles royaux.

La justice fut rendue en dernier ressort jusqu'en 1544, par un auditeur général {puvidor gerat) ; à partir de cette année, elle le fut par une cour supérieure {relaçâo). En matière criminelle les arrêts de cette cour étaient soumis à l'approbation du vice-roi. En matière civile ils pouvaient, dans certains cas, être portés en appel devant la cour suprême de Lisbonne.

Les différentes colonies avaient à leur tête un capitaine (portant parfois sous les rois d'Espagne, le titre de capitaine général) assisté de facteurs, d'inspecteurs, de scribes, etc., et généralement d'un oiividor chargé de rendre la justice. A Goa, à Diu, à Damào, à Ceylan et au Mozambique, des officiers, appelés capitaines de forteresse, commandaient les différentes places fortifiées de la colonie. Parfois ces capitaines de forteresse avaient sous leurs ordres d'autres capitaines (par exemple à Galle dans l'île de Ceylan). Le titre de capitaine ne correspon-

(1) hista de todas as capitanias, ete. {Revista poi-tugtiej^a e maritima, 1900- 1901, t. II, p. 18).

dait donc ni à un rang, ni à une charge déterminée. Dans les postes peu importants, un seul agent^ cumulait les fonctions administratives et commerciales, notamment à Dabul et à Baticalaa dans le Malabar.

Tout chef d'un établissement, quel que fût son titre, en dirigeait l'administration entière. Il entretenait les relations avec les souverains indigènes, gouvernait le territoire soumis au Portugal, percevait les impôts et, c'était là sa tâche principale, effectuait toutes les opérations commerciales qui se faisaient pour le compte du gouvernement. Il achetait les marchandises qui devaient être envo3^ées à Goa, vendait celles qui lui étaient expédiées de Portugal, et veillait à la stricte exécution des traités qui réservaient au roi le monopole du commerce de certains articles.

Dès le début, sous Almeida et Albuquerque, l'administration des Indes fut rongée par deux maux très graves, l'indiscipline et la concussion. Le gouvernement de Lisbonne ne l'ignora pas. Mais les quelques efforts qu'il fît pour y porter remède, demeurèrent inefficaces. La corruption et l'anarchie ne firent que croître à mesure que les établissements devenaient plus nombreux. Au milieu du XVP siècle, l'administration était complètement gangrenée; au début du siècle suivant, elle n'avait plus qu'une préoccupation : exploiter à outrance les richesses des Indes (i).

Certes un empire tel que VEstado da India était difficile à bien gouverner. Les établissements étaient séparés par de grandes distances et ils n'avaient entre eux que des relations peu fréquentes, car les navires ne naviguaient qu'avec la mousson favorable. Les agents portugais résistaient mal à l'action énervante du climat et à l'attrait qu'avait pour eux la vie molle et luxueuse des Indes (2). Privés de compagnes de leur race, ils menaient pour la plupart une existence asiatique avec des femmes indigènes et c'est parmi leurs descendants de sang

(i) Voir les lettres d' Almeida (i5û8), publiées en annexe par Rebello da Silva, Historia de Portugal, t. V, p. 583 et ss. et une lettre d'Albuquerque du i"'' avril i5i2, dans Algiins documentos, p. 232.

(2) CouTO, Soldado pratfco, I, p. 140-141.

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