AFRIQUE, ASIE ET MOLUQUES I
mêlé que se recrutaient, dans le dernier quart du XVP siècle, la majeure partie des agents de l'État. A différentes époques, surtout au XVI P siècle, le gouvernement envoya à Goa des orphelines de Lisbonne pour y faciliter la constitution de familles portugaises de race pure, mais les effets de cette mesure furent très restreints (i).
Cependant l'isolement des colonies, l'influence du climat et de la civilisation asiatique et la présence dans les cadres de l'administration de nombreux métis ne sont que des causes accessoires de l'anarchie administrative dans les colonies. Le véritable auteur du mal était le gouvernement de Lisbonne, soupçonneux, avide et routinier. Les vice-rois, que par défiance on Tie laissait que trois ans en fonctions, ne pouvaient s'intéresser à la bonne marche des affaires de l'État, où ils n'avaient pas le temps de faire œuvre utile (2). Leur responsabilité était annihilée tantôt par l'intervention du conseil de gouvernement dont ils devaient suivre les avis (3), tantôt par celle du roi qui réglait souvent lui-même les affaires les plus minimes. La délation, toujours tolérée, souvent encouragée, et la faculté accordée aux fonctionnaires de correspondre directement avec le gouvernement royal, permettaient aux subordonnés du vice-roi de combattre sa politique auprès du roi sans qu'il pût la défendre. De plus le mode de nomination du personnel administratif n'était pas propre à renforcer l'autorité du vice-roi, ni à assurer la bonne exécution de ses ordres par ses subordonnés.
Les charges principales de l'administration des finances, {vedor da fazeiida, provedor dos contos, etc.), celle de secrétaire d'État, beaucoup de charges de capitaines, celles d'auditeurs et de juges supérieurs étaient données par le roi. Mais il y avait des exceptions. Ainsi, au dire de Falcào, le vice-roi nommait le gouverneur de Macao et ses officiers de justice, le capitaine de Diu, etc. Certains vice-rois emmenaient avec
(1) Danvers, The Porhiguese in India, t. II, p. 225.
(2) On connaissait à Lisbonne les inconvénients résultant de cette courte durée des fonctions. Linschooten, ch. 12.
(3) Voir une lettre d'Albuquerque du 3 décembre i5i3 [Algims documentos, p. 2o3) et CouTO, Soldado pratico, I, p. 4.
eux en quittant Lisbonne leur ouvidor général. Les postes inférieurs des capitaineries étaient à la nomination tantôt du capitaine, tantôt du vice-roi, tantôt du roi lui-même (i). Beaucoup de charges n'étaient attribuées que pour trois ans, notamment celles de capitaines. D'autres étaient données à vie, par exemple celle de chef de la matricule, et beaucoup d'offices inférieurs de la justice. Les nominations se faisaient sans aucun souci des capacités des candidats et sans tenir compte des règles hiérarchiques. On ne nommait pas aux fonctions supérieures les agents inférieurs qui s'étaient distingués par leur zèle et leur intelligence, mais souvent des nouveaux venus qui ne connaissaient rien des Indes. Le roi accordait des postes importants aux fils d'hommes qui l'avaient autrefois servi. Il octroyait des capitaineries à des jeunes filles de l'aristocratie qui les apportaient en dot à leur époux. Les vice-rois et les gouverneurs des colonies suivaient, dans la sphère de leurs attributions, l'exemple du roi et distribuaient aux gens de leur entourage les places dont ils disposaient. Les vice-rois les plus réputés pour leur intégrité^ comme Garcia de Noronha (1538-1540) et Joâo de Castro (i 545-1 548), arrivaient aux Indes avec un cortège de parents et d'amis entre lesquels ils partageaient les places lucratives. Ils en donnaient même à leurs fils à peine adolescents. D'autres vice-rois mettaient les places à l'encan (2).
Pour satisfaire un plus grand nombre de compétiteurs, le gouvernement prit de bonne heure l'habitude d'accorder d'avance les places à une série de candidats qui devaient les occuper à tour de rôle. La liste des ayants-droit devint si longue, que les derniers inscrits n'avaient aucune chance de voir la place s'ouvrir pour eux avant leur mort. Cette façon de pourvoir aux emplois vacants amenait des conflits bizarres. Un fonctionnaire était parfois dépossédé de sa place par un titulaire
fi) En 1616, unjpeseur delà douane de Diu était nommé par le roi (pe^o das manteigas da fortale:{a). F ai^cao, Livro de toda a /amenda, p. 134.
(2) CouTO, Soldado pratico, II, p. 38. Voir aussi des documents de i558 et iSgy dans YArchivo Portugue^ oriental, t. V, p. 352. Un arrêté du 16 février 1612 défendit aux gouverneurs des colonies d'emmener leurs fils avec eux.