‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 36 sur 173 · AFRIQUE, ASIE ET MOLUQUES I I I · texte numérisé non relu

AFRIQUE, ASIE ET MOLUQUES I I I

dont les droits étaient antérieurs aux siens, mais qu'on avait cru mort ou disparu (i).

D'une administration ainsi recrutée, on ne pouvait attendre beaucoup de discipline. Les fonctionnaires, qui devaient leur nomination à des influences de cour et surtout ceux qui, appartenant à la haute noblesse, n'étaient pas justiciables des juges coloniaux, se montraient souvent peu respectueux de l'autorité des vice-rois. Mais ce qui contribua surtout à affaiblir la discipline et l'ordre dans l'administration des Indes, ce fut la réunion dans les mêmes mains des fonctions politiques et de la direction des affaires commerciales. Les règlements défendaient aux fonctionnaires de faire le commerce pour leur compte personnel. Ils ne pouvaient agir que comme représentants du roi. Mais cette défense ne fut jamais respectée (2).

Dès l'époque d'Almeida, des gouverneurs de colonies se livraient au commerce. Leur exemple se généralisa et fut imité par les employés des factoreries. Sous Sébastien (i 557-1 578), tous les agents supérieurs des colonies se livraient au trafic pour leur compte personnel, usant de leur autorité pour le rendre plus lucratif. « Des capitaines et des facteurs, dit le Soldado pratico, vendent au roi, pour un prix élevé, du riz, du salpêtre, du bois, etc., qu'ils ont enlevé à ceux qui en approvisionnent les ports et les forteresses (3). »

Dans l'exercice de ce commerce, ils commettaient de fréquentes infractions aux monopoles royaux. Les fraudes étaient d'autant plus aisées que le roi donnait aux fonctionnaires, soit comme gratification, soit comme partie de leur traitement, une certaine quantité de poivre ou d'un autre produit monopolisé. Vers 1554, le condestable môr (officier du

(1) En voici un exemple : Estevam et Paulo de Gama[furent nommés en même temps, en i532, capitaines de Malacca. Ils devaient occuper cette charge l'un après l'autre. Us partirent ensemble de Lisbonne sur deux navires différents. Paulo, arrivé le premier à Goa, alla prendre possession de sa charge. Mais, l'année suivante arriva Estevam, qui avait été obligé d'hiverner à Madagascar, Paulo dut céder la place à son frère et attendre pour l'occuper qu'Estevam eût exercé ses fonctions pendant trois ans. (Esteves Pereira, Introduction à la chronique de C.\STANHOSo, Dos feitos de D. Christovam de Gatna, p. xn.)

(2) Rebello da Silva, Hist. de Porlicgal,t. IV, p. 576 et ss.

(3) CouTO, Soldado pratico, I. p. Si.

palais du vice-roi), recevait par an cinq quintaux de gingembre et de piment. Le patron en chef des barques et les capitaines des différents bâtiments qui transportaient les épices, en recevaient, à chaque vo3'age, une certaine quantité. Tous ces agents ayant le droit de vendre les épices qui leur étaient données, il était fort difficile de découvrir s'ils ne vendaient pas en même temps des épices qu'ils s'étaient procurées d'une façon illicite (i). Les agents des services purement administratifs imitaient l'exemple des agents investis de fonctions commerciales. Ils se procuraient par des moyens malhonnêtes les bénéfices qu'ils ne pouvaient se faire dans le commerce. Ainsi, par exemple, les employés de la matricule portaient en compte un nombre considérable de soldats décédés, dont ils touchaient la solde. Les abus exercés par eux, avec la connivence des capitaines, étaient tels que le vice-roi Joâo de Castro (1545-154 8) écrivait au roi : « La matricule fut l'école où les Portugais apprirent à perdre la vergogne et la crainte de Dieu, ainsi que le désir de servir votre Altesse (2). »

L'entente était générale entre les agents de l'État pour laisser subsister ces abus. Aussi les enquêtes ordonnées par le roi n'aboutissaient jamais. Les inspecteurs des forteresses s'exposaient à beaucoup d'ennuis et risquaient même leur vie quand, dans leurs tournées d'inspection, ils recherchaient les fraudes commises au détriment du roi (3).

Les vice-rois eux-mêmes, par impuissance ou négligence, renonçaient à combattre ces fraudes. Joâo de Castro (1545- 1548), l'un des meilleurs gouverneurs de l'Inde, honnête et énergique, écrivait au roi qu'il avait nommé Luiz Falcào gouverneur de Diu, quoiqu'il eût participé au commerce frauduleux du poivre, parce que, à raison de l'état de guerre, aucun noble ne voulait accepter le commandement de cette forteresse (4). Voici un autre exemple de la façon dont les vicerois, à cette époque, traitaient les agents concussionnaires. Le

(i) Rebello da Silva, Hist.; de Port. t. V, p. iSy. Botelho, O tombo, p. 59, {2) Lettre reproduite par Lima Felner, Subsidios, p. xxiii.

(3) Lima Felner, Subsidios, p. xvii.

(4) Lima Felner, Subsidios, p. xxv.

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