‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 43 sur 173 · COMMERCE DE L INDE ET DE LA GUINEE · texte numérisé non relu

COMMERCE DE L INDE ET DE LA GUINEE

réaction se produisit contre le système adopté par Alphonse V et Jean II de réserver à des fermiers ou à des fonctionnaires le commerce colonial. Pendant quelques années, Emmanuel parut disposé k suivre la politique du prince Henri, c'est-à-dire à laisser ce commerce aux particuliers, portugais ou étrangers, moyennant une redevance au profit de la couronne. Il se crut un moment incapable d'exploiter avec les capitaux du Portugal seul, les immenses régions des Indes. Aussi, sur les conseils de Vasco de Gama, permit-il à des marchands florentins et autres, de participer aux premières expéditions qu'il organisa. En 1501, une compagnie se forma sous la présidence de Bartholomeu, riche marchand florentin établi à Lisbonne, pour joindre deux navires à ceux que le roi envoyait aux Indes sous les ordres de Jean da Xova. La compagnie devait fréter ellemême les navires et payer au roi 22 cruzades (268 francs) par tonne de marchandises (i).

Mais après le retour de Cabrai qui revint en Portugal peu de temps après le départ de Jean da Nova, le roi changea d'opinion. La vente des marchandises rapportées par Vasco de Gama et par Cabrai avait couvert deux fois les frais des expéditions, malgré la perte de quatre des bâtiments commandés par Cabrai. En présence de ce résultat, le roi trouva le concours des étrangers inutile et, dès ce moment, il ne les admit plus que exceptionneliement k participer aucommercedesIndes( 2). Une se montra guère plus généreux k l'égard de ses propres sujets. Sans leur interdire formellement l'accès de la Guinée et des Indes, il organisa le commerce de ces régions de façon k s'en réserver tout le profit. Ce fut l'œuvre d'arrêtés de 15 14 et de 1520, complétés sous Jean III et sous Sébastien. Le poivre (piment) d'abord, puis successivement les clous de girofle, la cannelle, le gingembre, les noix muscades, la soie, la laque et d'autres produits furent déclarés monopoles du roi (3). Une

(i) Gaspar Correa, Lendasda India, I, pp. 232-235.

(2) Heyd, Hist. du commerce du Levant au moyen âge, II, pp. 53o et ss. — Rebello da Silva, Hist de Port., IV, p. bôb.

(3) Il est impossible de dresser la liste de tous les produits monopolisés, mais on peut affirmer que tous ceux qui donnaient lieu à un commerce lucratif étaient monopolisés au profit soit du roi, soit d'un fonctionnaire. — Strandes, Die Portugiesenicit von dcittsch und englisch Ostafrika, p. 128.

mesure identique frappa le commerce entre Goa et les principales colonies, telles que Malacca, Ormuz et Mozambique, ainsi que le trafic avec le Bengale, le royaume de Pegu (Indo-Chine), les îles Moluques et de la Sonde^ la Chine et le Japon.

La majeure partie des produits monopolisés par le gouvernement, notamment les épices, lui était livrée, à un prix inscrit dans les traités, par les princes des Etats où ces épices étaient récoltées. Les princes de Calicut, de Cananor, de Chale, de Cochim, de Coulâo dans le Malabar^ ceux de Ceylan et des îles Moluques ne pouvaient vendre qu'au gouvernement portugais le piment, le gingembre, la cannelle, les clous de girofle, les noix de muscade produits dans leurs Etats. Si les quantités disponibles dépassaient les besoins du marché de Lisbonne, on détruisait sur place le surplus. Le gouvernement n'envoyait que peu de marchandises aux Indes (i). Il effectuait la plupart de ses paiements en numéraire portugais ou en or non monnayé qu'il se procurait à Sofala (Mozambique). L'industrie des Indes lui fournissait les cotonnades et les colliers nécessaires pour acheter cet or aux indigènes de Sofala. Afin d'obtenir à meilleur marché ces colliers qu'on fabriquait à Bassein et à Chaul (près de Bombay), le gouvernement interdit aux particuliers d'en acheter (2).

Les produits monopolisés des Indes étaient d'ordinaire rassemblés directement par les facteurs royaux. Le commerce de la Guinée, ainsi que les voyages entre les principaux ports des colonies, que le gouvernement s'était réservés, faisaient au contraire l'objet d'une adjudication ou d'une donation de la part du roi. Les autorisations de faire un de ces voyages étaient déjà nombreuses vers le milieu du XVP siècle. Les facteurs royaux trouvèrent même parfois à leur arrivée les ports d'Ormuz et de Malacca vides de marchandises à la suite des achats opérés par ces marchands privilégiés. Dans ce

(1) On agissait de la sorte, semble-t-il, pour s'éviter la peine d'écouler les marchandises aux Indes. Maison n'ignorait pas qu'on aurait pu faire un grand profit en importantaux Indes des marchandises d'Europe. Voir la lettre d'Albuquerque du 20 octobre i5i4 dans Alguiis doctimentos, p. 364.

{2) Whiteway, The vise of portugicese power, p. 296.

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