COMMERCE DE L INDE ET DE LA GUINÉE
cas le gouvernement dut acheter à Goa les produits provenant de ces ports pour constituer la cargaison de la flotte retournant en Portugal (i).
Avec le temps, plusieurs de ces voyages, au lieu d'être affermés, furent considérés comme un avantage attaché à certaines fonctions. C'est ainsi que le gouverneur de Mozambique se réserva les relations entre Mozambique et Goa ; celui d'Ormuz, l'importation à Goa des chevaux d'Arabie.
Le régime commercial établi aux Indes ne laissait qu'un champ d'activité fort restreint aux simples particuliers. Les branches les plus lucratives du commerce leur échappaient puisqu'elles étaient réservées à la couronne ou à certains fonctionnaires; en principe, les autres leur étaient laissées, mais les gouverneurs, en dépit des ordres royaux, s'en appropriaient la meilleure part (2). Aussi les colons devaient-ils souvent se contenter d'acheter aux gouverneurs, aux fermiers du fisc ou aux autres personnes privilégiées la permission de participera leurs opérations commerciales.
Pour faciliter aux agents du gouvernement la surveillance du commerce monopolisé ou privilégié, on défendait aux navires indigènes de circuler dans les mers où les Portugais dominaient, sans être munis d'un permis délivré par les autorités (3). Dans le même but on avait centralisé le commerce : Mozambique et Mélinde recevaient les produits de la côte occidentale d'Afrique, Ornniz, ceux de la Perse et de l'Arabie, Malacca, ceux des îles de la Sonde et des Moluques, Macao, ceux de la Chine et du Japon ; puis tout le stock des marchandises qui devait être transporté en Portugal était envoyé à Goa. Par suite de ce système, Mozambique, qui constituait une escale des navires allant de Portugal à Goa, n'avait pas de relations
(1) Whiteway, The rise of portuguese power, p. 296.
(2) LiNscHOTEN, Voyages, ch. VII. Les particuliers étaient fréquemment soumis à de nombreuses mesures restrictives établies par des décrets. Par exemple, un arrêté du 14 avril iSgy leur défendit d'engager dans le commerce un capital de plus de 4000 xerafins (12000 francs). F, X. S. Fernandes, Memoria Iiistoricoeconomica das alfandegas do Estado da India portugue:{a {Boletim da Socicd. de geogr. de Lisboa, 1897, p. 606).
(3) LiNscHOTEN, Voyages, ch. VII.
avec la mère-patrie et avec les autres colonies, mais uniquement avec Goa.
Le commerce entre Goa et Lisbonne était en apparence plus libre pour les particuliers que le commerce entre les colonies des Indes. Les transports se faisaient, il est vrai, par des navires ro3"aux, mais les marchands pouvaient y embarquer des marchandises. Chaque année, au mois de février ou de mars, une flotte, comprenant d'ordinaire sept navires, partait de Lisbonne pour Goa. Elle avait un itinéraire rigoureusement fixé dont elle ne pouvait s'écarter sans des motifs très graves. Si elle avait le temps, après avoir doublé le cap de Bonne- Espérance, elle touchait à Mozambique, sinon elle se dirigeait directement vers Goa, par Madagascar. Le voyage, retour compris, durait dix-huit mois (i). Chaque flotte emportait une certaine quantité d'argent monnayé destiné à couvrir les achats des facteurs royaux (2). Elle prenait, en outre, à son bord, les marchandises que les particuliers étaient autorisés à envoyer aux Indes, à la condition de payer au Trésor un droit de 30 7o ^^ valorem, plus les taxes douanières dans les ports des colonies des Indes. Mais, comme le fait remarquer Rebelle da Silva, « dès le commencement, la liberté laissée aux marchands fut en pratique rendue illusoire par les restrictions innombrables et vexatoires qui la limitaient (3) ». En vertu de l'ordonnance de 1520, par exemple, les passagers de la flotte des Indes ne pouvaient débarquer au cours du voyage, qui durait cinq ou six mois, sous peine d'être condamnés au bannissement et à la confiscation de tout leur avoir !
Jusqu'au règne de Sébastien, le transport du poivre fut toujours eflectué par l'intermédiaire de la régie royale. Mais
(1) Rebello da Silva, Hist. de Port., IV, p. 567.
(2) On ignore combien de numéraire était envoyé chaque année aux Indes. Falcao, Livro em que se contem toda afa^çenda, p. 1, donne pour 1607 '^ chiffre de i5o 000 cruzades (environ i.5oo.ooo francs). Scherer, Allgemeine Geschichte des Weltkandels, II, p. i63, dit que le roi mettait sur chaque navire 40 à 5o mille écus espagnols. Il se base sur Saalfeld (Gesch. des portiigiesischen Kolonialtvesens in Ostindien, p. 143), qui suit lui-même un ouvrage de seconde main, et parle d'ailleurs non d'écus espagnols mais de thalers. Rebello da Silva, Hist. de Port., IV, p. 56i, traduit Scherer, mais transforme les écus en cruzades!
(3) Rebello da Silva, Hist. de Port., IV, p. 565.