‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 45 sur 173 · COMMERCE DU BRESIL ET DES ILES D AFRIQUE · texte numérisé non relu

COMMERCE DU BRESIL ET DES ILES D AFRIQUE

en 1578, le roi concéda la ferme du poivre à Conrad Roth, marchand d'Augsbourg, établi à Lisbonne, à condition qu'il se chargeât de transporter le poivre des Indes en Portugal. La moitié du chargement lui appartenait; le roi lui vendait l'autre moitié à raison de 30 ducats le quintal (i). Ce contrat fut conservé sous les rois d'Espagne (2). Il contribua à rendre les fonctionnaires indifférents à l'entretien des arsenaux et des navires de l'Etat, puisqu'il mettait à la charge du concessionnaire tous les risques du transport.

Les règlements sur le commerce de l'Inde s'appliquaient également, comme il a été dit, à la côte occidentale d'Afrique, depuis Arguin jusqu'à l'Angola. Le commerce avec les îles Açores, Madère et du Cap Vert et avec le Brésil était soumis à un autre régime. Quelques produits seulement, comme les plantes tinctoriales, étaient monopolisés au profit du roi, et, jusqu'au milieu du XVIP siècle, les transports entre ces colonies et la métropole purent se faire, sans restriction aucune, par tous les navires portugais. Mais, en fait, la liberté du commerce était souvent annihilée par le despotisme des fonctionnaires et des fermiers du fisc qui tantôt accaparaient tout le commerce, tantôt se réservaient les meilleures affaires, fixaient le prix des marchandises et déterminaient à leur gré le fret à payer par les navires (3). Les droits de douane enfin étaient très lourds. Ils s'élevaient, en général, à 10 °/o, par exemple sur les esclaves, mais atteignaient parfois 28 °/o (droit dit du quart et du vingtième) à l'importation et à l'exportation, à moins que les marchandises ne fussent envoyées à Lisbonne (4). Dans ce cas, elles pouvaient être exemptées des droits d'exportation ou de réexportation, parce qu'elles étaient taxées à leur arrivée à destination.

En vertu des arrêtés de Jean II (148 1), les maisons de

(1) J. Nanninga UiTTEMDiJK, Ecii Kaviper handehliuis te Lissabon, p. lxxxi.

(2) Il ne date pas de ces rois, comme le dit Rebello da Silva, Hist. de Port., IV, 5^6.

(3) SouTHEY. History oj Bra^it, II, 6o3. — Barcellos, Siibsidios, I, p. 68. {^) Ce droit était de j/4 de la valeur totale des marchandises plus 1/20 de la

partie restante. — Barcellos, Subsidios, I, pp. 70 et ss., II, p. 177. — Rebello DA Silva, Hist. de Port., V, p. 464.

commerce étrangères étaient, au XVP siècle, aussi rigoureusement exclues de ces colonies que des Indes. Il n'y avait à ces arrêtés que deux exceptions. L'une était faite en faveur des Castillans qui, sous le règne d'Emmanuel, étaient admis au Maroc et dans les iles d'Afrique, mo3^ennant le paiement d'une surtaxe de pavillon de lo °/o (i). L'autre concernait le Brésil. Jean III, faute sans doute de pouvoir s'y opposer, permit, en 1532, aux étrangers professant la religion catholique de faire le commerce sur les côtes du Brésil, à condition de ne pas nouer de relations avec les Indiens et de payer à l'importation un droit de 10 7o dont les Portugais étaient exempts.

Beaucoup d'armateurs normands et bretons ne tinrent aucun compte des décrets de Jean IL Ils continuèrent, comme auparavant, à fréquenter la côte de Guinée et résistèrent souvent avec succès aux caravelles portugaises, qui voulaient les en chasser. Jean 111(1521-1557) adressa de ce chef de vives réclamations au gouvernement français ; celui-ci promit d'intervenir, mais il ne déploya pas beaucoup d'énergie, on le comprend, pour empêcher ses sujets de faire le commerce sur des côtes où il n'y avait souvent aucun indice d'occupation portugaise (2). Vers le milieu du XVL siècle^ les Anglais commencèrent à imiter l'exemple des Français et, en dépit de l'appui prêté à partir de 1552 par les croisières de Castille à celles de Portugal, ils causèrent tant de dommages aux navires portugais (3), que Sébastien menaça le gouvernement anglais d'une déclaration de guerre (1569). Un compromis termina le différend. La reine Elisabeth interdit à ses sujets de fréquenter les côtes de Guinée ; en revanche le roi de Portugal ouvrit aux Anglais les îles Madère et Açores (1576).

L'exemple de Sébastien ne fut pas suivi par les rois d'Espagne, qui gouvernèrent le Portugal de 1580 à 1640. Malgré les défaites que l'Angleterre et la Hollande leur infligèrent, ils se refusèrent toujours à acheter la paix par des

(i) Barcellos, Subsidios, I, p. yS et Rebello da Silva, III, p 602.

(2) En i53o, le cabinet de Lisbonne évaluait à près de 10 millions de francs la valeur des prises faites par les corsaires français.

(3) De i5G6 à i568 seulement ils enlevèrent aux Portugais pour plus de sept millions de francs de marchandises. — Rebello da Silva, Hist. de Port., V, p. 44,

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