‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 46 sur 173 · SITUATION DES COMMERÇANTS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

SITUATION DES COMMERÇANTS ÉTRANGERS

concessions en matière coloniale. Ils n'abrogèrent même pas les monopoles royaux que la ruine de leur marine les empêchait d'exploiter (i).

Les princes de la maison de Bragance qui leur succédèrent, n'étaient pas animés d'un esprit plus libéral, mais, sous la pression des événements, ils durent admettre certaines dérogations, parfois extrêmement importantes, aux principes égoïstes qui dominaient la politique coloniale de leurs prédécesseurs. Pour se concilier la Hollande et l'Angleterre, les premiers rois de cette maison, Jean IV et Alphonse VI, abolirent, en faveur des sujets de ces deux puissances, les règlements qui fermaient aux étrangers les colonies portugaises. Ce fut l'œuvre de différents traités qui s'échelonnent entre 1641 et 166 1. Mais cette concession érait trop opposée aux principes traditionnels du Portugal pour être respectée. Elle ne le fut guère qu'aux îles Madère et Açores. Au Cap Vert et en Guinée, le gouvernement prohiba d'une manière formelle le commerce avec les étrangers (1690) (2). A l'égard du Brésil, il n'osa pas, semble-t-il, déclarer ses intentions d'une manière aussi franche. Mais, peu à peu, il en écarta les étrangers qui s'y étaient établis durant les guerres du XVIP siècle et, au début du XVIIP siècle, il leur ferma les colonies de cette région aussi bien que les autres. Pendant les négociations qui précédèrent la paix d'Utrecht (17 13), il s'efforça d'obtenir la renonciation de la Hollande et de l'Angleterre aux droits qu'elles tenaient des traités de 1661. Ces deux puissances s'y refusèrent, mais elles n'élevèrent pas de protestations contre la façon dont leurs sujets étaient traités au Brésil. La Hollande pouvait difficilement attaquer une politique qu'elle suivait elle-même dans ses colonies. Quant à l'Angleterre, grâce à sa factorerie de Lisbonne et aux avantages que lui assurait le traité de Methuen (1703), elle avait entre les mains la plus grande partie du commerce du Brésil. La France seule essaya, mais en vain, de se faire ouvrir les colonies de cette région. Les autres colonies portugaises étaient trop peu importantes pour que la politique

(1) Rebello da Silva, Hist. de Port., IV, p. 628.

(2) Barcellos, Subsidios, II, p. 177.

exclusiviste du gouvernement portugais fût dommageable aux commerçants étrangers. Il semble d'ailleurs qu'en Afrique les gouverneurs toléraient en faveur de ceux-ci de nombreuses infractions aux lois (i).

Après 1640, le gouvernement portugais persista donc dans la politique xénophobe qu'il suivait depuis la fin du XV® siècle. Par contre il renonça à exploiter par voie administrative le commerce de certaines colonies. En 1642, Jean IV abolit aux Indes et en Guinée les monopoles royaux, sauf celui de la cannelle, qui subsista pendant quelques années encore. A partir de cette époque toutes les colonies^ et non plus seulement le Brésil et les îles de l'Atlantique, furent, en principe, ouvertes aux marchands de nationalité portugaise. Mais cette réforme aux allures libérales n'était que la consécration d'un fait accompli : le gouvernement abandonnait ses monopoles parce que l'état de ses colonies des Indes ne lui permettait plus de les exploiter avec profit. Sa politique, même à l'égard de ses propres sujets, resta aussi égoïste et routinière qu'auparavant. Le commerce colonial continua à être paralysé par une foule de mesures qui n'avaient plus aucune utilité pour le fisc et n'étaient maintenues que par tradition. Par exemple les règlements qui, depuis le XVP siècle, défendaient le commerce entre Goa et les colonies situées en deçà du cap de Bonne- Espérance restèrent en vigueur jusqu'à la fin du XVIIP siècle. Le Mozambique n'eut de relations directes avec la métropole qu'à partir de 1752. D'un autre côté, le gouvernement supprima ou restreignit souvent la liberté du commerce dans certaines colonies, en concédant à des compagnies des monopoles ou des privilèges qui rappelaient ceux que l'administration fiscale possédait autrefois aux Indes (2).

L'emploi des compagnies de commerce pour l'exploitation des colonies commença à jouir d'une grande vogue dans beaucoup de pays après les succès remportés, dans la première

(i) SourHEY, History of Bra^^il, IH, p. i33. — Andrade Corvo, Estudos sobre as possessôes, II, p. g3. — Savary, Dict. imiversel du commerce, p. loSg.

(2) SouTHEY, Hist. ofBra:^il, II, p. 6o3. — Barcellos, Siibsidios, II, p. 99. — Andrade Corvo, Estudos sobre as possessôes, III, p. 57. — Savary, Dict. universel du commerce, p. 1067.

compa(;nies de commerce 147

moitié du XVIP siècle, par les compagnies hollandaises des Indes orientales et des Indes occidentales. Sans rechercher à quelles causes ces succès étaient dus, on admira partout un système qui avait permis à une petite nation comme la Hollande de vaincre sur mer l'Espagne unie au Portugal et d'enlever la plupart des colonies de cette dernière nation, tout en réalisant de plantureux bénéfices. Les dividendes distribués par les compagnies hollandaises étaient en effet très considérables. Dès 1623, le comte d'Olivares, que les défaites des escadres espagnoles avaient éclairé sur la force des compagnies hollandaises, essaya de sauver les colonies des Indes en opposant à la compagnie hollandaise une compagnie portugaise. Mais celle-ci ne parvint pas à constituer son capital, quoique le ministre eût obligé les municipalités à en souscrire une partie (i).

Peu après l'avènement de Jean IV (1640), le P. Vieyra, prédicateur de la cour et homme d'Etat avisé, proposa au roi la constitution de deux compagnies de commerce, analogues à celles de Hollande, l'une pour les Indes, l'autre pour le Brésil. C'était, à son avis, Is seul moyen de recouvrer dans ces régions ce qu'on y avait perdu.' Les capitaux seraient aisément réunis, car les étrangers, aussi bien que les regnicoles, s'engageraient volontiers dans des entreprises qui devaient être lucratives. Mais, pour atteindre ce résultat, il fallait décréter que les valeurs mobilières des compagnies, marchandises ou argent, ne pourraient être confisquées sous aucun prétexte. Le but de Vieyra était de permettre aux Juifs convertis de participer à la fondation de ces compagnies, sans crainte de voir leurs marchandises saisies par les agents de l'Inquisition. Mais le Saint- Office s'alarma de ce projet et s'opposa à ce qu'aucune concession fût faite aux Juifs. Après de longues tergiversations, le roi se décida enfin à constituer, en 1649, une compagnie pour le commerce du Brésil (2). Mais ce nouvel organisme n'avait nullement l'ampleur que Vieyra avait voulu lui donner. La compagnie n'était destinée qu'à monopoliser les transports entre la métropole et le Brésil de façon à les rendre plus sûrs.

(1) Rebello da Silva, Hist. de Port., III, p. 33 1,

(2) SouTHEY, History ofBrapl, II, p. 229.

Ses vaisseaux naviguant de conserve n'auraient, disait-on, rien à craindre des croiseurs et des corsaires hollandais, tandis que les navires isolés risquaient beaucoup à s'aventurer en pleine mer. Le résultat qu'on visait, fut atteint; mais il n'était point nécessaire pour l'obtenir de supprimer la liberté du commerce et de limiter les relations entre la métropole et le Brésil au voyage annuel de la flotte de la compagnie. Il eût suffi d'obliger les navires marchands à voyager en groupes de force suffisante sous l'escorte de navires de guerre. A plus forte raison le rétablissement de la paix avec la Hollande (1661) aurait dû entraîner la suppression de la compagnie, puisque les dangers qu'elle devait conjurer, avaient disparu. Néanmoins le gouvernement attendit soixante ans encore avant de délivrer le commerce colonial des entraves que la compagnie lui imposait. En 1721, celle-ci fut supprimée, mais, fidèle à ses habitudes routinières, le gouvernement maintint jusqu'en 1765 le système adopté par elle, de n'autoriser qu'une fois par an le départ d'une flotte pour le Brésil (i).

Sous le gouvernement de Pedro II (i 667-1 683), les compagnies privilégiées furent très en faveur. Parmi les principales, figurent la compagnie de Cacheu, fondée en 1675 et remplacée en 1690 par celle de Cacheu et du Cap Vert; la compagnie du Maranhâo de 1679; deux compagnies instituées à Goa en 1687 et 1697 pour faire le commerce avec la côte orientale d'Afrique et avec Timor. Elles constituaient, en général, des associations à capital variable. Leurs chartes n'en indiquent même pas le montant. Sauf la compagnie du Maranhâo, elles ne jouissaient pas du monopole du commerce dans une colonie, mais d'exemptions fiscales qui leur permettaient de vaincre aisément la concurrence des particuliers. Elles avaient de plus un caractère officiel qui leur assurait l'appui des influences administratives. Le vice-roi de Goa nommait les directeurs des compagnies fondées aux Indes ; le capitaine de Cacheu était administrateur de la compagnie établie dans cette colonie. Malgré leurs privilèges, ces compagnies n'eurent aucun succès

(1) SouTHEv, History of Bra:{il, III, p. 548. — Handelmann, Gesch. von Brasilien, p. 23i.

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