‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 47 sur 173 · COMPAGNIES DE COMMERCE · texte numérisé non relu

COMPAGNIES DE COMMERCE

et durent se dissoudre après peu d'années d'existence. Elles avaient un défaut commun : elles manquaient de ressources et étaient soumises, dès leur fondation, à des charges trop lourdes. Le but du gouvernement, en les créant, était en partie d'encourager le commerce colonial, mais surtout de se libérer des frais qu^entrainait l'administration de certaines colonies. Aussi la plupart des compagnies devaient-elles verser un subside au Trésor royal ou payer les fonctionnaires de la colonie qui leur était concédée. La compagnie de Cacheu et du Cap Vert, par exemple, devait pourvoir à toutes les dépenses de Cacheu et remettre 3.000 cruzades par an au gouverneur des îles du Cap Vert. Une compagnie qu'on essaya de créer à Goa en 1697 après la dissolution de la compagnie de 1687, devait distribuer 60.000 xerafîns (64.800 fr.) aux pauvres de Goa et fournir un subside de 50.000 cruzades (169.000 fr.) à la colonie de Mozambique.

Une autre cause de l'échec subi par ces compagnies, réside dans l'inhabileté des administrateurs mis à leur tète par le gouvernement. Exploité par des commerçants habiles, le commerce colonial pouvait être lucratif. On voit, par exemple, qu'une compagnie de Banians (Parsis) créée à Diu, en 1686, par le comte d'Alvor, vice-roi des Indes, pour faire le commerce avec le Mozambique, réalisa de beaux bénéfices et subsista pendant près d'un siècle, jusqu'en 1777! (i). Les compagnies dirigées par des Portugais, au contraire, ne déployaient aucune activité et se contentaient d'exploiter brutalement les colons. Celle du Maranhâo souleva contre elle les habitants de cette colonie. Celle qui fut créée à Goa, en 1687, maltraita tellement les indigènes que ceux de ses principaux établissements, Médine et Mombassa, sur la côte orientale d'Afrique, se révoltèrent et, avec l'aide des Arabes^ se rendirent indépendants du Portugal (2).

(1) AccuRsio DAS Neves, Consîderacôes, p. 294, publie la charte concédée à cette compagnie. — Voir également Andrade Corvo, Estudos, II, pp. 6i-63.

(2) LopEs DE LmA, Ensaios sobre a esiatistica, III, p. ii5. — Accursio das Neves, Consideracôes, etc., p. SSg. — Southey, Hist. of Bra^il, II, p. 604. — Les chartes des compagnies de Cacheu sont publiées par Barcellos, Subsidios, II, pp. 57 et 94.

A la suite de ces échecs, il ne fut plus question pendant un demi-siècle de créer des compagnies privilégiées. Mais Pombal (i 750-1 777) en érigea de nouveau plusieurs. A cette époque, presque tout le commerce entre le Portugal et ses colonies se faisait pour le compte de maisons anglaises et souvent au moyen de vaisseaux anglais. Pour émanciper son pa3''S de la tutelle économique de l'Angleterre, Pombal croyait nécessaire de constituer des associations puissantes qui, avec l'aide du gouvernement, se substitueraient aux capitalistes anglais. Pombal ne tenait compte dans ses combinaisons que des intérêts de la métropole ; il ne s'inquiétait guère du tort que les monopoles ou privilèges accordés à ces associations pouvaient causer aux producteurs et aux négociants coloniaux. La première compagnie organisée par lui en 1753, était destinée à centraliser le commerce entre le Portugal et ses colonies d'Asie. Elle ne dura que peu d'années. Dès 1760, son directeur était déclaré en faillite (i). Une autre compagnie, de caractère plus gouvernemental, fut constituée en 1765 pour exploiter les régions de Grâo-Para et de Maranhâo au Brésil. Suivant les termes du décret qui l'érigea, cette compagnie formait « un corps politique, constitué pour activer le com- » merce, favoriser l'agriculture et augmenter la population » dans le gouvernement de Para ». Son capital s'élevait à 1.200.000 cruzades (4.056.000 francs) et était divisé en 1200 actions qui furent toutes souscrites par des particuliers de Lisbonne et du Brésil. Les privilèges accordés à cette compagnie étaient considérables. L'État mettait à sa disposition deux navires de guerre et lui concédait les terrains nécessaires à ses chantiers et magasins ; il lui permettait de couper dans les forêts royales tous les bois dont elle avait besoin. 11 accordait à ses créances les mêmes privilèges qu'à celles du fisc et assimilait ses équipages et ses officiers à ceux de la marine royale. Il lui concédait d'importantes réductions en matière fiscale. Il lui octroyait enfin le monopole de l'importation des esclaves à Para et celui de la fabrication de la poudre. Cette charte provoqua à Lisbonne de vives critiques. Des négociants

(i) AccuRSio DAS Neves, Considcracôes , p. 3j3.

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protestèrent, mais Pombal brisa toute résistance en exilant les réclamants en Afrique. Quatre ans plus tard, il fondait la compagnie de Pernambuco et de Parahiba, analogue à celle de Para, mais possédant un capital de 3.400.000 cruzades (11.472.000 francs) (i).

La compagnie de Para et Maranhào exerça une influence heureuse sur le développement des deux capitaineries comprises dans sa concession, qui jusqu'alors avaient été fort négligées. Elle y importa les esclaves que les habitants trop pauvres de ces colonies n'avaient pu encore se procurer. Elle assura un débouché aux produits naturels de la riche vallée de l'Amazone qui restaient auparavant presque inexploités. La compagnie de Pernambuco et de Parahiba, au contraire, entrava l'essor de ces capitaineries jusqu'alors prospères, qui furent obligées de lui vendre à un prix inférieur à celui du marché libre leur production sucrière et de lui acheter à un prix élevé les objets dont elles avaient besoin. Après la retraite de Pombal (1777), ces deux compagnies, frappées du même discrédit que les autres créations de ce ministre, furent supprimées. Dès ce moment le commerce entre le Portugal et les colonies fut presque constamment libre. A diverses reprises les successeurs de Pombal essayèrent encore d'organiser des compagnies privilégiées, mais une seule d'entre elles parait avoir tenté des opérations commerciales. C'est la Compagnie du commerce exclusif de la côte d'Afrique qui, de 1780 à 1786, transporta des esclaves de Cacheu au Brésil.

Durant les dernières années du XVIIP siècle et les premières du XIX®, les règlements relatifs au commerce des colonies subirent peu de modifications. En 1808, ils cessèrent d'être appliqués au Brésil qui, devenu le siège du gouvernement royal, ne fut plus considéré comme une dépendance du Portugal. Ils subsistèrent, au moins virtuellement, dans les autres colonies pendant quelques années encore. Mais, par suite de la rareté des relations de ces colonies avec la mère-patrie, leurs prescriptions restaient souvent lettre morte.

(1) Luis Gomes, Le marquis de Pombal, pp. 6461 ss. — Accursio das Neves, Consideracôes , p. 343.

Le Portugal ne s'occupa d'accroître la productivité que de ses colonies du Brésil et des îles de l'Atlantique. Aux Indes et en Guinée, il se contenta de faire recueillir par des agents officiels ou des concessionnaires les produits que les indigènes étaient à même de fournir dans l'état de développement économique auquel ils étaient arrivés. Le recrutement de la maind'œuvre, le régime des terres et la réglementation de l'industrie n'avaient donc dans ces colonies qu'une importance très secondaire. Il en était autrement pour les colonies du Brésil et les îles de l'Atlantique, qui ne possédaient au moment de leur fondation presqu'aucune ressource et devaient être mises en valeur par des colons de race blanche aidés, sous les tropiques, de travailleurs serviles. Leur prospérité dépendait par conséquent du nombre des colons qu'elles recevaient et des mesures qui étaient prises pour favoriser leur agriculture et leur industrie.

Dans ces dernières colonies, sauf Madère et les Açores, une partie de la population de race blanche fut recrutée par les soins de l'Etat. Jusqu'à la fin du XVP siècle, les immigrants de cette catégorie ne comprenaient que des condamnés (degredados) dont le gouvernement voulait se débarrasser. Suivant la gravité de leurs délits, ces condamnés étaient transportés au Maroc, au Cap Vert, au Brésil et plus tard dans l'Angola. Ils n'étaient soumis dans les colonies à aucune mesure de surveillance ; ils y vivaient sur le même pied que les colons volontaires. Si parmi ces déportés se trouvèrent des criminels endurcis qui troublèrent souvent l'ordre public, un grand nombre se mêlèrent aux autres éléments de la population sans se signaler par aucune tare particulière. Il y avait d'ailleurs parmi ces déportés des individus sains au point de vue moral : c'étaient les chrétiens nouveaux (Juifs convertis), bannis pour cause d'hérésie.

A partir du XVIP siècle, tout en continuant à déporter ses criminels dans les colonies, le gouvernement prit parfois des mesures pour faciliter l'établissement au Brésil des laborieux paysans des Açores et de Madère. En 1621, le roi fit don d'une commanderie de 400 milreis à George de Lemos Bitan-

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