‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 48 sur 173 · PEUPLEMENT DES COLONIES · texte numérisé non relu

PEUPLEMENT DES COLONIES

court pour qu'il convoyât à Para 200 colons des Açores (i). Plus tard l'État entreprit directement différents transports d'émigrants. Au début il se bornait à ordonner aux gouverneurs de fournir à ces émigrants les moyens de se loger et de se procurer du travail. Mais plus tard les instructions furent plus précises. Le règlement relatif au transport des émigrants des Açores à Santa Catharina (1747) indique de quelle manière les villages devaient être édifiés. Chaque famille avait droit à un quart de lieue carrée de terre (952 hectares), à deux boisseaux de semences, k des outils et à des armes, à deux vaches et à une jument des haras ro3'aux. Elle était nourrie par l'Etat pendant la première année de son séjour (2).

On ignore dans quelle mesure cette immigration, volontaire ou forcée, faite sous l'égide de l'Etat, contribua au peuplement des colonies. Son influence se confondit avec celle de l'immigration libre qui fut en général permise sans restrictions aux individus de nationalité portugaise. Les mesures de surveillance auxquelles fut soumise, vers 171 3, l'immigration au Brésil, avaient pour but d'éviter un afflux de population dans les district miniers et non d'empêcher le départ des émigrants de Portugal. Le gouvernement était, au contraire, si soucieux d'augmenter la population du Brésil qu'à plusieurs reprises, au cours du XVIIP siècle il interdit aux planteurs de faire élever leurs filles dans des couvents en Portugal, de peur qu'elles ne demeurassent dans la mère-patrie. Jusqu'au règne de Philippe II, les colonies ne furent même pas fermées aux nouveaux chrétiens (Juifs convertis). Dans le courant du XVP siècle, bon nombre de ces Juifs émigrèrent aux colonies où ils espéraient échapper plus facilement qu'en Portugal aux poursuites de l'Inquisition. Une loi de 1587 leur ayant interdit de quitter le royaume sans y être autorisés, ils essayèrent k force d'argent de faire lever cette défense et ils purent s'en croire définitivement affranchis quand Philippe III, en 1601, leur ouvrit les colonies mo3''ennant le versement de 200.000 cru-

(i) SouTHEY, Hisiory of Bra:{il, I, p. 484.

(2) Ces différents règlements sont publiés dans VArchivo dos Açores, I, p. Syy et suivantes.

zades. Mais, en 1610, le roi remit en vigueur la loi de 1587 (i). Elle ne fut abrogée qu'au milieu du XVIIP siècle par Pombal.

Jusque vers 1482, les étrangers furent admis dans les colonies portugaises au même titre que les Portugais. Certains furent même capitaines donataires. Plus tard, les rois de Portugal eurent presque toujours pour principe de n'admettre dans leurs colonies que leurs propres sujets. Jean III, faute d'avoir au Brésil une autorité suffisante pour y faire respecter ce principe, permit en 1532 à tous les catholiques, de quelque nationalité qu'ils fussent, de s'établir dans ce pays. Mais il entoura cette autorisation de tant de mesures restrictives qu'elle ne différait guère d'une prohibition. Il interdisait en effet aux étrangers de faire le commerce avec les Indiens et les soumettait à des taxes spéciales. Ce régime exceptionnel introduit au Brésil, fut supprimé par la loi de 1591 qui ferma aux étrangers toutes les colonies. Le nombre des étrangers qui se fixèrent dans les colonies portugaises de peuplement ou de plantations à l'époque où celles-ci leur étaient ouvertes, ne peut avoir été considérable, car, à la fin du XVP siècle, ces établissements n'avaient encore qu'une faible population. Plus tard les étrangers n'eurent pas un intérêt suffisant à s'y établir pour braver les rigueurs des lois portugaises ou pour tâcher de s'y soustraire en achetant la complaisance des gouverneurs (2). Ils trouvaient dans les colonies des autres nations ou dans les colonies de leur propre pays, des débouchés bien préférables à ceux que les possessions portugaises pouvaient leur offrir. Aussi les lois qui les excluaient ne trouvèrent-elles d'application qu'à l'égard d'un petit nombre de commerçants.

L'immigration étrangère, clandestine ou permise, n'a donc apporté qu'un contingent insignifiant aux colonies portugaises. Presque tous les colons de race blanche qui les peuplèrent étaient de nationalité portugaise.

(1) Barcellos. Subsidios, I, pp. 187 et 2o3.

(2) Le règlement sur la colonisation de Santa Catharina de 1747, ouvrit cette colonie aux étrangers qui n'étaient pas sujets de souverains possédant des domaines en Amérique. On ne sait si des étrangers profitèrent de cette faveur.

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