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SITUATION DES ESCLAVES

Dans les régions situées sous les tropiques, ces colons, malgré leur aptitude à supporter un climat très chaud, ne pouvaient s'y livrer aux lourds travaux manuels. Ceux-ci, et spécialement les travaux agricoles, devaient être effectués par des hommes originaires des pays tropicaux. Parmi les races qui habitaient les domaines portugais d'Afrique ou d'Amérique, aucune n'avait atteint un développement économique suffisant pour fournir aux colonisateurs des ouvriers libres. Il fallut par conséquent dans ces colonies recruter la main-d'œuvre par la force et baser sur l'esclavage toute l'organisation du travail.

Au début de la colonisation on recrutait les esclaves uniquement parmi les peuplades indigènes habitant à proximité des établissements. Les rois de Portugal avaient concédé à leurs agents et aux donataires le droit qui leur avait été accordé à eux-mêmes par la bulle du 18 juin 1452, de réduire en esclavage les indigènes des terres nouvellement découvertes. Les colons du Cap-Vert, de Madère et de Sâo Thomé recrutèrent à Arguin, en Guinée et au Congo, les esclaves dont ils avaient besoin, tandis que ceux de Brésil se procuraient les leurs surplace parmi les Indiens. Vers 1525, on commença à envoyer au Brésil quelques cargaisons de nègres de Guinée. Mais les colons préféraient les Indiens qui ne leur coûtaient rien, aux nègres dont le transport entraînait de grosses dépenses.

La traite des nègres vers le Brésil ne prit de l'extension qu'au XVIP siècle, à la suite des efforts faits par les Jésuites pour protéger les Indiens contre les esclavagistes. Ces religieux qui s'étaient appliqués avec ardeur à convertir des Indiens et qui trouvaient chez ceux-ci des catéchumènes très soumis, s'efforcèrent d'obtenir du roi, dès le milieu du XVP siècle, qu'il interdît l'esclavage des Indiens. Le gouvernement royal intervint d'abord avec beaucoup de modération et chercha simplement à empêcher le rapt des Indiens paisibles par les esclavagistes. Mais au XVIP siècle, il promulgua des lois de plus en plus sévères pour protéger les Indiens et défendit de les réduire en esclavage. Ces mesures, d'ailleurs, n'étaient pas prises seulement pour seconder l'œuvre des Jésuites. Le Trésor royal trouvait un profit considérable à forcer les planteurs

d'acheter des esclaves en Afrique, car la traite des noirs était soumise à des taxes élevées.

Les colons, atteints dans leurs intérêts, refusèrent souvent, au XVP et au XVIP siècle, d'obéir aux ordres royaux et luttèrent ouvertement contre les Jésuites qui voulaient protéger les Indiens. Mais l'importation de plus en plus considérable des esclaves de Guinée et d'Angola diminua peu à peu le besoin que l'on avait d'esclaves indiens et fit disparaître la raison d'être du conflit. Au milieu du XVIIP siècle (1755), l'affranchissement général des Indiens par Pombal n'amena au Brésil aucun trouble économique.

Dans les colonies portugaises comme dans les autres colonies européennes, les esclaves étaient la propriété de leurs maîtres, qui les traitaient à leur guise et souvent d'une manière dure et cruelle. La législation sur les esclaves était peu abondante. C'étaient d'ordinaire les mêmes lois qui étaient appliquées dans les colonies et dans la métropole. Comme en Portugal, à côté de ces lois, il existait de nombreuses coutumes, inspirées généralement par l'Eglise, qui, plus que les lois, contribuaient à adoucir le régime de l'esclavage.

Parmi ces lois et ces coutumes les plus importantes au point de vue économique sont celles qui concernent l'affranchissement. Au Brésil, le propriétaire était tenu d'affranchir l'esclave qui lui offrait une rançon de 20 milreis (126 francs). Toute personne, au moment du baptême de l'esclave, et le parrain de celui-ci à toute époque, pouvaient le faire affranchir moyennant le paiement de cette somme au propriétaire. En outre, l'Église recommandait comme une œuvre très méritoire de racheter des esclaves ou de mettre en liberté ceux qu'on possédait. Ses conseils étaient écoutés et les affranchissements d'esclaves dans une intention pieuse étaient très fréquents. Aussi les affranchis constituaient-ils dans toutes les colonies esclavagistes, la majeure partie de la population ouvrière libre adonnée aux métiers urbains et aux cultures vivrières ou employée par les planteurs à la surveillance des esclaves (i).

(1) Varnhagkn, Histovia gérai do Bra^il, II, p. 3oo. — Handelmann, Gesch. von Brasilien, p. 354.

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