RÉGIME FONCIER
possédait la terre au début de la colonisation, le clergé séculier, comme le clergé régulier, avait été partout comblé de donations. Selon le P. Labat, les Jésuites étaient les seigneurs temporels de l'ile Fayal, une des plus grandes des Açores (ij. Dans les îles du Cap- Vert, où il n'y avait encore à la fin du XVP siècle qu'un très petit nombre de couvents, de nombreux domaines avaient été constitués en capellas (chapelles) au profit de l'Église. Ces capellas étaient administrées héréditairement par certaines personnes qui se bornaient à payer une rente au clergé.
A ces biens ecclésiastiques se joignaient, dans tous ces archipels, une quantité de majorats {morgados) ou propriétés frappées de substitution au profit de l'aîné des fils du propriétaire. Pour instituer un majorât il fallait, jusqu'au règne de Philippe II, l'autorisation du roi. Mais, à partir de Philippe II, ce droit d'entérinement fut accordé dans plusieurs colonies au corregedor, ce qui facilita la création des majorats. Aux Açores et à l'île Madère l'institution des majorats était tellement générale que tous les propriétaires fonciers étaient appelés morgados. Elle n'était guère moins répandue aux îles du Cap-Vert et à S. ïhomé. On voyait dans toutes ces îles des propriétés incultes que leur propriétaire ne pouvait mettre en valeur, faute de ressources, et que cependant il ne pouvait aliéner (2).
Au Brésil, la proportion des biens inaliénables était beaucoup moins considérable. Non seulement les couvents y étaient moins nombreux, mais les majorats y étaient très rares (3). Les colons du Brésil, recrutés jusqu'au milieu du XVIP siècle dans les classes inférieures du Portugal, avaient pour cette institution un goût beaucoup moins vif que les fidalgos et les riches bourgeois qui avaient été les premiers colonisateurs des îles de l'Atlantique (4).
(1) Nouvelle relation, V, p. 299.
(2) Barcellos, Subsidios, I, p. 168 et passim. — Bowdich, Excursion dans les isles de Madère, p. 120. — Lopes de Lima, Ensaios, II, p. XII.
(3) Certains ordres étaient cependant richement dotés. Les Jésuites, par exemple, possédaient à Piauhy, 3o fazendas de 1 1,400 hectares chacune. Southey, History of Bra\U, III, p. ySô.
(4) Handelmann, Gesch. von Rrasilien, p. 678.
l6o RÉGIME ECONOMIQUE
Par suite de ces deux causes, soit refus des propriétaires de démembrer leurs domaines, soit état juridique des biens, la petite propriété demeura presque inconnue dans les colonies portugaises. Les paysans de Madère et des Açores, les immigrants portugais au Brésil durant le XVIIP siècle^ les nègres et les mulâtres affranchis, n'avaient pas, pour stimuler leur activité, l'espoir de s'élever à la condition de propriétaire. Ils devaient se contenter de cultiver la terre d'autrui sous un régime de métayage ou de colonat partiaire. Le gouvernement de Lisbonne ne fit rien pour remédier à cette situation qui nuisait au développement économique des capitaineries du Brésil les plus peuplées et de la plupart des îles d'Afrique. Tout au plus essaya-t-il, vers le milieu du XVIIP siècle, de favoriser la mise en valeur de la capitainerie de Santa-Catharina en y concédant des terres incultes à des paysans des Açores.
Les différentes branches de l'activité économique dans les colonies, l'agriculture, l'industrie manufacturière, le travail des mines, le commerce intérieur, n'étaient pas régies par des dispositions générales. La métropole intervenait pour monopoliser, interdire ou activer la production ou la vente d'un produit quelconque selon qu'elle y avait intérêt, sans prendre à cet égard d'arrêtés applicables à toutes les colonies. Dans les colonies exclusivement commerciales, comme les établissements des Indes, l'Angola et la Guinée, il n'y avait guère de règlements sur l'agriculture et l'industrie. Aux Indes, le gouvernement encouragea parfois la fabrication des objets nécessaires à la construction navale et réglementa l'industrie des cotonnades dont il avait besoin pour son commerce avec le Mozambique. Mais c'est à ces quelques mesures que se borna son intervention. Au contraire, dans les autres colonies, dont l'activité économique était plus variée, les règlements étaient nombreux. Quelques produits naturels susceptibles d'une vente facile et d'un commerce lucratif étaient monopolisés par la couronne. Ainsi le bois de teinture, dit bois de Brésil, était un monopole royal. Quand l'orseille eut été découverte en abondance aux îles du Cap Vert, elle fit l'objet d'une ferme