‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 52 sur 173 · AGRICULTURE I 6 I · texte numérisé non relu

AGRICULTURE I 6 I

royale (1740), qui comprenait également les îles Açores et Madère et qui fut cédée à une maison anglaise pour douze ans au prix de 24.000 milreis (169.000 francs) (i). Le sel, qui dans les îles de l'Atlantique était un monopole des donataires, fut, au Brésil, affermé au profit de la couronne jusqu'en 1801. La fabrication du sucre, industrie principale des colonies de plantations jusqu'à la fin du XVIIP siècle, était l'objet d'une surveillance étroite de la part du fisc. Mais, en général, loin de l'entraver, le fisc la favorisa au contraire de tout son pouvoir, car il en retirait des revenus considérables. Son zèle était même parfois excessif. Pour éviter qu'un moulin à sucre ne chômât par suite de la faillite de son propriétaire, il avait décrété qu'aucun fabricant de sucre au Brésil ne pourrait être détenu pour dettes ! Cette mesure fut défavorable aux fabricants, car, l'hypothèque étant inconnue, personne ne voulut plus leur prêter. Comme dans toutes les autres colonies européennes, il. était défendu aux colons de raffiner le sucre. Ce produit devait être transporté à Lisbonne à l'état brut. La culture du tabac, qui prospéra à Alagoas et à Bahia au Brésil, était soumise à un contrôle sévère de façon à réserver aux manufactures de l'État en Portugal la meilleure partie de la récolte (2). Les autres cultures, destinées pour la plupart à l'alimentation, étaient libres, si leurs produits ne faisaient pas la concurrence à ceux de la métropole. Pour protéger les vignerons portugais et les marchands de blé, des décrets interdirent, à la fin du XVP siècle, la culture de la vigne à S. Paulo (Brésil) et, en 1785, l'exportation du blé de la colonie de S. Pedro, où cette céréale réussissait fort bien. Il semble même que la culture de l'olivier et du mûrier fut défendue au Brésil, mais on ne sait par quels décrets. Ces mesures pesaient lourdement sur les colonies où elles étaient en vigueur. Elles fermaient des débouchés importants à l'activité des habitants et les obligeaient d'acheter en Portugal à un prix élevé des denrées qu'ils auraient pu trouver sur place. Le gouvernement n'essaya point de compenser par certaines

(1) Barcellos, Siibsidios, II, p. 273.

(2) Varnhagen, Historia gérai do Bra:^il, II, pp. 235 et 3oo.

faveurs les pertes que sa politique égoïste en matière économique causait aux agriculteurs coloniaux. Tout au plus exempta-t-il temporairement d'impôts quelques cultures dont il souhaitait le développement. Pombal accorda cette exonération à la culture de l'indigo pendant dix ans et à celle du riz pendant vingt ans.

Tous les produits de l'agriculture et de l'élevage qui ne faisaient pas l'objet d'un monopole, étaient soumis à la dime. Cet impôt était en principe destiné à l'entretien du culte catholique. Mais, depuis l'époque d'Emmanuel, il était perçu, au nom du clergé, par le roi, parce que le roi, comme grand maitre de l'ordre du Christ, était le protecteur de l'Église catholique dans les colonies (bulle du 13 mars 1456). Cet impôt se payait en nature, sauf pour le bétail, si le contribuable possédait un nombre d'animaux inférieur à dix. Une part de l'impôt était remise au clergé en nature ou en argent, l'autre était versée au trésor royal. D'après un compte de l'île Sào- ]\Iiguel (Açores) de 1717 (i), le clergé recevait 861 muids sur 1.134 que rapportait la dîme du froment ou grosse dîme, et 4.544 milreis sur 10.400 fournis par les autres dîmes (/niussas ou petites dîmes). Si l'on calcule la valeur en argent de la dîme du froment au prix moyen de dix milreis le muid, on voit que le roi gardait pour lui environ 60 % des dîmes.

Abstraction faite de l'industrie minière qui, comme on le verra, exerça au XVIIP siècle une influence considérable sur le développement économique du Brésil, l'agriculture constitua la principale et même souvent la seule ressource des colonies portugaises de peuplement ou de plantations. La pèche maritime, industrie très pratiquée en Portugal, demeura toujours languissante dans les colonies à raison du taux élevé auquel le régime du monopole portait le prix du sel nécessaire à la conservation du poisson. La pêche de la baleine, par contre, laquelle n'utilisait pas cette denrée, prit une certaine importance au Brésil vers le milieu du XVIIP siècle. Elle se pratiquait à Bahia, dans la baie de Rio de Janeiro et sur la côte de Santa Catharina. Mais sa prospérité même fut la cause de sa ruine.

(1) Archiva dos Açores, I, p. 224.

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