‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 54 sur 173 · LÉGISLATION MONETAIRE · texte numérisé non relu

LÉGISLATION MONETAIRE

moindre que celles de Portugal (i), étaient si irrégulières dans leur titre et leur poids que les commerçants répugnaient à les accepter. Les vice-rois trouvaient dans leur fabrication un prétexte à des spéculations malhonnêtes. Ils troublaient surtout à plaisir la circulation des monnaies de billon, dites bazarucos, les plus emplo3'ées. Ils augmentaient, puis diminuaient le poids des pièces, autorisaient et prohibaient alternativement l'emploi des bazarucos de Goa sur le continent, de façon à bénéficier de l'agiotage que ces mesures faisaient naître. Le désordre fut porté à son comble quand, sous les rois d'Espagne, certaines personnes obtinrent l'autorisation de fabriquer des bazarucos. L'indignation des habitants contre les procédés des vice-rois devint telle que Philippe III défendit sous peine de mort de fabriquer aux Indes de la monnaie de cuivre (décret du 23 février 1 6 1 6). Mais cette défense ne fut guère respectée (2). Dans les autres colonies, la circulation monétaire resta libre jusque vers la fin du XVIP siècle. Mais en 1695, dans le but d'empêcher les variations dans le change des monnaies portugaises, le gouvernement prohiba l'emploi de ces monnaies dans les colonies et fit frapper pour chacun des établissements d'outre-mer des monnaies spéciales. Ces monnaies n'avaient cours que dans la capitainerie k laquelle elles étaient destinées. Pour les empêcher d'en sortir et pour éviter qu'on ne les employât à effectuer des paiements en Portugal, le gouvernement les fabriquait à un titre sensiblement inférieur à celui qui était adopté en Portugal et les marquait d'un signe distinctif. On se figure aisément combien cette circulation restreinte des monnaies entravait le commerce colonial dans ses relations, soit avec la métropole, soit avec les colonies voisines (2).

(1) En i554, par exemple, les cruzades étaient frappées en Portugal au titre de 0,921 ; les San Thomés (pièces à l'effigie de Saint Thomas) l'étaient à Goa au titre de 0,862.

(2) Teixeira de Aragao, Descripçâo das moedas de Portugal, t. II, p. 11 5, t. m, pp. qyet ss., p. 412. — G.-X. da Motta, Moeda do Bra^il, pp. 56, 67, 79. J0AQ.UIM DE Campos, Niimismatica indo-portiigicesa, pp. i54 à 157.

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