TENDANCES ASSIMILATRICES DES COLONS
tugaise (i). L'évangélisation, telle que les rois de Portugal la comprenaient, tendait donc à constituer dans les colonies une société basée, comme la société portugaise, sur les préceptes de la religion catholique, et dans laquelle se confondraient sans distinction de couleur, tous les habitants des colonies, sauf les esclaves, quoique ceux-ci furent baptisés.
Ce travail d'assimilation que la propagande religieuse était chargée d'opérer, n'eût sans doute pas été possible, s'il n'avait été favorisé par les dispositions naturelles des colons portugais. Mais d'eux-mêmes, sans qu'il fallût les y contraindre, les Portugais qui s'établirent dans les colonies, se montrèrent toujours disposés à se mêler aux indigènes. La violence de leurs passions les prédisposait à contracter des unions avec des femmes d'une autre race que la leur. En outre, appartenant à un peuple d'une culture intellectuelle et morale peu élevée, ils n'éprouvaient pas à l'égard des races inférieures ce mépris et cette répulsion que le sentiment de la supériorité de leur civilisation inspira si souvent aux colonisateurs anglais et hollandais. Quand, en 15 18, le gouvernement promit des terres à Goa aux Portugais qui épouseraient des femmes indigènes, il trouva des amateurs non seulement parmi les soldats appartenant aux classes inférieures de la société, mais parmi les écuyers et les nobles (2). Au Congo et dans l'Angola, les Portugais rendaient sans répugnance aux chefs barbares de ces régions des honneurs royaux. Emmanuel les y engageait, en traitant comme un égal le roi du Congo, auquel il accorda des titres et des armoiries analogues à ceux de la noblesse portugaise. Des missionnaires s'honorent dans leurs lettres d'avoir obtenu un titre de l'ordre congolais du Christ. Un écrivain portugais comme Cadornega, décrit avec enthousiasme, vers la fin du XVII^ siècle, les splendeurs des royaumes nègres de l'Angola. Les cérémonies qui ont lieu à
(i) Archiva portugice:{ oriental, fasc. V, p. 38i et suiv. Les canarins ou hindous catholiques bénéhciaient même de quelques privilèges spéciaux en matière judiciaire et fiscale. (Ibid., pp. 5o4et5io.) — Philippe II, en i582, les déclara admissibles à tous les emplois publics aux mêmes conditions que les Portugais. Id., p. 987.
(2) Whiteway, The rise of portugiiese -powcr, p. 197.