CIVILISATION PORTUGAISE DANS LES COLONIES
la cour du roi de Matamba notamment, ne peuvent, selon lui, être comparées qu'à celles qui accompagnent l'ouverture de la diète par l'empereur d'Allemagne ( i). Etant donné ce caractère des colons, les rois de Portugal devaient les amener sans trop de difficultés à reconnaître comme des égaux les indigènes convertis.
Malgré leur qualité, comme grands maîtres de l'ordre du Christ, de protecteurs de l'Église dans les colonies, Emmanuel le Fortuné (1495-1521) et Jean III , durant les vingt premières années de son règne, donnèrent peu d'ampleur à l'administration religieuse dans les colonies. En 1530, il n'y avait encore d'évêchés outre-mer qu'au Maroc et à Madère. Des réguliers de l'ordre du Christ et quelques moines franciscains, augustins ou dominicains occupaient les charges ecclésiastiques dans les colonies d'Afrique et prêchaient l'Evangile sur la côte de Guinée, au Bénin et au Congo. Les cadres ecclésiastiques n'étaient ni plus larges, ni plus solides dans les colonies des Indes qu'en Afrique. Albuquerque avait proclamé que la politique portugaise en Asie devait respecter les mœurs et les croyances des indigènes. Ce principe fut assez exactement observé pendant un quart de siècle en matière de religion. Les gouverneurs des Indes, quand ils y avaient intérêt, ne se laissaient jamais arrêter par la crainte de blesser les indigènes dans leurs coutumes ou leurs croyances, mais ils ne les persécutaient pas pour faits de religion. S'ils poursuivaient avec rigueur les Musulmans, c'était pour des motifs d'ordre économique et politique plutôt que par esprit de prosélytisme. A l'arrivée des Portugais, les Arabes étaient en effet les maîtres du commerce du Malabar et les ennemis les plus redoutables des conquérants européens (2). L'attitude du gouvernement se modifia vers 1540. Avec l'aide de l'Inquisition romaine (1536) et de l'ordre de Jésus (1540), Jean III avait entrepris en Portugal de nouvelles poursuites contre les Juifs et les hérétiques pour purger son royaume de tout élément non
(1) Cadornega, As guerras Angolanas, p, 79.
(2) En i523, les Portugais conclurent même une alliance contre les Musulmans avec un petit Etat juif du Malabar. (G. Oppert, Ueber die jiidischen Coîonien in Indien, dans Kohut, Sejnitic studies, pp. Sgô à 419.)