‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 59 sur 173 · CIVILISATION PORTUGAISE DANS LES COLONIES · texte numérisé non relu

CIVILISATION PORTUGAISE DANS LES COLONIES

régions. En Asie, les Portugais rencontraient des religions fortement organisées : le brahmanisme, le mahométisme, le judaïsme, ayant leur clergé, leurs rites, leurs temples. Ils crurent nécessaire de détruire par la force ces sectes, pour assurer le triomphe de l'Eglise catholique. Partout où ils disposaient de l'autorité, ils promulguèrent une législation rigoureuse qui mit peu à peu les infidèles hors la loi et réserva aux chrétiens les faveurs du droit civil et la protection de la loi pénale. Une loi de 1567 exclut les Hindous et les Mahométans de tous les services publics et condamna leurs prêtres au bannissement. Après 1566 surtout, la destruction des pagodes et des mosquées fut poursuivie avec activité ; les fonctionnaires reçurent l'ordre de rechercher et de saisir les idoles partout où ils le pourraient, même au moyen de visites domiciliaires. Les indigènes convertis, c'est-à-dire baptisés, furent soumis à la surveillance d'un agent spécial, le protecteur des chrétiens (pae dos CJiristâos), qui devait signaler à l'Inquisition toute infraction commise par eux aux lois ecclésiastiques. L'assistance régulière aux sermons fut rendue obligatoire pour tous les infidèles (i). Même appliquées avec tact et modération, ces mesures de rigueur ne pouvaient guère servir la cause de la religion catholique et celle de la civilisation portugaise qui y était liée. Mais, aux Indes, elles ne furent souvent qu'un prétexte pour spolier les indigènes et les soumettre à la plus dure des oppressions. On a vu plus haut la corruption et l'indiscipline qui régnaient dans l'administration. Ces défauts existaient presque au même degré dans le clergé. Les multiples faveurs que le gouvernement accordait aux ordres monastiques, avaient attiré aux Indes un nombre énorme de moines. Le comte de Vidigueira, vice-roi des Indes, estimait, en 1623, qu'à Goa et dans les autres établissements d'Asie, le clergé était en nombre double de la population portugaise laïque. Ces moines n'étaient l'objet au Portugal d'aucune sélection ; aussi de beaucoup aurait-on pu dire « qu'ils avaient l'âme la moins ecclésiastique du monde ». Venus aux Indes pour servir leurs intérêts personnels, ils abusaient de l'autorité et des privilèges que

(1) Ces décrets sont publiés dans V Archiva portiigue^ oriental, fasc. V.

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