‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 60 sur 173 · RÉSULTATS DE L EVANGELISATION AUX INDES I · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE L EVANGELISATION AUX INDES I

la loi leur accordait, et ils annihilaient par leur conduite scandaleuse les efforts des missionnaires sincères et pieux (i). Enfin, les querelles entre les ordres religieux, entre ces ordres et le clergé séculier, entre le clergé et l'administration civile, rendaient souvent incohérente l'exécution des ordres royaux. Ces défauts empêchèrent la politique religieuse des rois de Portugal de produire aux Indes les résultats espérés. Les villes coloniales et leur banlieue finirent, il est vrai, par ne plus contenir qu'une population portugaise ou assimilée (2). Mais ce résultat fut souvent obtenu en expulsant les indigènes réfractaires à l'évangélisation. La ville de Goa et le district qui lui confine, furent de cette manière partiellement dépeuplés avant la fin du XVP siècle (3). Chez les princes vassaux, l'ingérence religieuse fit beaucoup plus de mal que de bien à la domination portugaise. Sans doute, elle procura parfois à celle-ci, au sein de la population, des partisans fidèles qui lui prêtèrent un sérieux appui, quand elle fut menacée par les Hollandais. Il en fut ainsi par exemple à Ceylan et k Amboine (Moluques). Mais dans beaucoup de régions, les missionnaires ne parvenaient à constituer des communautés chrétiennes qu'en soustrayant les catéchumènes au contact des fonctionnaires. A Tuticorin (Coromandel) et à Travancore (Malabar), les jésuites en étaient arrivés à créer de véritables petits Etats, complètement indépendants de l'autorité portugaise et ne lui procurant aucun appui. D'autre part, la propagande religieuse servit si souvent aux gouverneurs de prétexte pour tyranniser les princes indigènes que ceux-ci haïrent la religion catholique à l'égal de la domination portugaise. Quand les Hollandais arrivèrent aux Indes, ils se procurèrent l'alliance de nombreux vassaux du Portugal, en leur promettant de s'abstenir de toute intervention religieuse (4).

(1) Rapport au roi, reproduit par Danvers, The Portuguese m India, II, p. 222.

(2) LiNSCHOTEN, chap. XXX, ne fait aucune distinction entre les différents éléments qui constituaient la population chrétienne de Goa.

(3) Archiva portiigue:^ oriental, fasc, III, p. i36et fasc. V, p 48g.

(4) Danvers, The Portuguese in India, II, p. 247. — Tiele, Bouwstoff'en voor de geschiedenis der Nederlanders in den Maleischen Archipel, I, pp. ix et xxxviii. — Van Rees, Geschiedenis der Staathuishoudkunde in Nederland tôt het einde der 18''^ eeuw, II, p. 241. — Tennent, Ceylan, II, pp. Sy-ôi.

Servie comme elle l'était par les remarquables aptitudes des colons à s'assimiler les races indigènes, cette politique aurait pu, au contraire, rallier aux Portugais chez les peuples d'Asie de nombreux partisans, si elle avait été débarrassée des rigueurs qui la rendaient odieuse. L'influence que les missionnaires jésuites surent acquérir dans des pa3's comme la Chine et le Japon, où le Portugal ne disposait d'aucun pouvoir, la rapidité avec laquelle les commerçants portugais répandirent leur langue dans des parties de l'Insulinde, comme Java et Sumatra, où ils ne possédaient pas d'établissements, en sont la meilleure preuve (i).

En Afrique et au Brésil, la politique d'assimilation donna d'autres résultats qu'en Asie. Elle s'appliquait à des peuples de civilisation inférieure dont l'organisation religieuse était des plus rudimentaire. En outre, elle trouvait souvent un appui dans des agglomérations beaucoup plus considérables de colons portugais.

Les ordres religieux qui entreprirent l'évangélisation de la Guinée et du Congo dès la fin du XV^ siècle, facilitèrent, par l'influence qu'ils acquirent sur les indigènes, la fondation des premiers établissements. Mais cette influence fut d'ordinaire peu durable. Les moines se bornaient à prêcher et à administrer les sacrements, sans faire aucun effort pour modifier l'état économique dans lequel les nègres vivaient et pour élever le niveau de leur civilisation. Des résultats moins éphémères, grâce à l'emploi de meilleures méthodes, furent obtenus par les jésuites qui arrivèrent dans les colonies d'Afrique et au Brésil vers le milieu du XVP siècle. Ils groupaient les indigènes convertis en des missions, où ils les tenaient soumis à une tutelle sévère et les habituaient au travail manuel. Certaines missions acquirent dans l'Angola un grand développement et y prêtèrent un sérieux appui à la domination portugaise. Mais le succès des jésuites fut surtout considérable au Brésil. Leurs communautés (a/deas, aldeameutos) rendirent à la colonisation des services marqués. Elles protégèrent contre les incursions des indiens les établissements naissants qui

(1) Van Deventiîr, Geschiedenis van Java, II, in fine.

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