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COMMERCE MARITIME

De leur côté des marchands portugais fréquentaient les places étrangères. A la fin du XIIP siècle et au commencement du XIV^, on en trouve à Harfleur, à Rouen, à Bruges. En 14 II, ils obtinrent dans ce grand port de la Flandre les mêmes privilèges que les Castillans. Mais, dans aucune de ces villes, ils n'étaient assez nombreux pour se constituer en communautés indépendantes. Même à Bruges, le centre commercial le plus important de l'Europe occidentale, ils n'avaient pas encore en 1 4 1 1 de maison en propre pour loger leurs marchandises et, jusqu'en 1438, ils scellèrent leurs actes du sceau de la nation de Castille (i).

Au début du XV* siècle, le commerce d'importation et d'exportation se faisait principalement par Lisbonne qui jouissait de nombreux privilèges. Cependant certains autres ports, notamment ceux de l'Algarve, étaient autorisés à recevoir des négociants étrangers.

Les documents publiés jusqu'à ce jour ne permettent pas d'évaluer l'importance du commerce extérieur du Portugal. Le chroniqueur Fernand Lopes dit que, vers 1367, on exportait annuellement plus de 12.000 tonnes de vin et, qu'à certains moments, il y avait sur le Tage devant Lisbonne, quatre à cinq cents navires. Mais les évaluations des chroniqueurs du moyen âge ne reposent presque jamais, on le sait, sur des dénombrements ; aussi les chiffres qu'ils citent, ne méritent que peu de créance. On s'expliquerait mal l'existence d'un commerce important à Lisbonne au début du XV^ siècle. Cette ville ne se trouvait sur aucune des grandes routes commerciales de l'époque, ce qui exclut la possibilité d'un commerce de transit. Le commerce se bornait à l'échange de marchandises étrangères contre les denrées du pays. Or, celles-ci, nous l'avons vu, n'étaient ni nombreuses, ni abondantes. Il ne s'y joignait aucun de ces produits de très grande valeur que certaines puissances commerciales se procuraient dans le Levant. Les négociants portugais fréquentaient peu les grands marchés de

(1) Jules Thieury, Le Portugal et la Normandie, p. 14. — E. Vanden Bussche, Flandre et Portugal, -passim. — H. Pigeonneau, Histove du coynmerce de la France, I, p, 333.

la Méditerranée; ils n'y avaient ni entrepôts (fondoiics), ni consuls. Et, s'ils se rendaient dans les villes industrielles et commerçantes de la France et des Pays-Bas, leur petit nombre démontre qu'ils n'y avaient pas un cercle d'affaires bien étendu .

Le Portugal possédait toutefois une marine marchande. On connaît l'existence d'une association fondée en 1293 pour envoyer des navires vers l'Angleterre, la Flandre, la Normandie, la Bretagne et la Rochelle, Séville et les ports du Levant. Des chartes de Flandre citent quelques navires portugais qui firent naufrage sur la côte flamande. En 1382, quatre navires espagnols et un portugais se perdirent près de Nieuport et, en 1388, un navire portugais fut jeté à la côte devant Blankenberghe. D'un autre côté, les sauf-conduits accordés aux Portugais par Philippe le Hardi en 1387, les privilèges que leur concéda Jean sans Peur en 141 1, concernent les « marchans, maistres de nefz, maroiiniers et subgiez » du royaume de Portugal » pour les biens et marchandises qu'ils transportent par mer et par terre (i).

Mais si ces faits affirment qu'il y avait une marine marchande, ils ne prouvent nullement qu'elle était forte et active. L'association de 1293 n'eut qu'une existence éphémère et l'on ne sait rien de ses entreprises. Elle doit être considérée comme une tentative malheureuse plutôt que comme une preuve de prospérité de l'industrie des transports maritimes (2). D'autre part, l'état du commerce ne justifie pas l'existence d'une flotte marchande importante. Enfin, et c'est à nos yeux l'argument décisif, les rois de Portugal n'auraient pas, jusqu'au règne de Jean d'Aviz, composé d'étrangers le personnel de leur marine de guerre, comme nous le verrons plus loin, s'ils avaient pu le recruter en Portugal. Ils n'auraient surtout pas autorisé ces étrangers à utiliser en temps de paix les galères de guerre à des transports commerciaux, si cette concurrence avait pu nuire à la marine marchande nationale.

Les chantiers de construction navale, qui auraient pu

(1) Vanden Bussche, Flandre et Portugal, pp. 48 et 82.

(2) Rebello da SiLVA, Hist. de Port., IV, p. Sog.

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