‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 7 sur 173 · MARINE MARCHANDE II · texte numérisé non relu

MARINE MARCHANDE II

trouver en Portugal les bois dont ils avaient besoin, ne lançai ent que des bâtiments de très faible tonnage et les construisaient, en partie, avec des bois façonnés à l'étranger.

Pour encourager la construction de navires au long cours, Ferdinand (136 7- 138 3) accorda aux charpentiers de navires l'autorisation de couper gratuitement dans les forêts royales et d'importer, sans payer de droits, les bois qu'ils emploieraient à construire des navires d'au moins cent tonnes de portée. Ces faveurs n'eurent sans doute qu'une efficacité très restreinte, car, à l'époque de l'expédition de Ceuta (141 5), le Portugal possédait encore peu de navires de fort tonnage (i).

En résumé, à l'époque de ses premières entreprises d'outremer, le Portugal était un pa3^s pauvre qui trouvait dans une agriculture peu prospère et dans la pêche le plus clair de ses ressources. Sa marine était faible, son commerce extérieur peu actif. Mais, sous l'impulsion d'un gouvernement énergique et habile, l'une et l'autre pouvaient se développer rapidement. Les chantiers de construction existaient, il suffisait de les étendre; la marine pouvait recruter un nombreux personnel dans les ports de pêche ; des relations commerciales enfin étaient nouées avec l'étranger, il ne fallait que les multiplier.

Organisation politique et sociale.

Le Portugal possédait, au début du XV^ siècle, une forte unité politique. Les provinces n'avaient ni vie propre, ni institutions particulières. Aucune ne se montrait rebelle au gouvernement royal. La dynastie qui occupait le trône depuis 1385, avait vu son existence menacée pendant plus de vingt ans par le roi de Castille Jean I", qui réclamait le trône de Portugal pour sa fe mme Béatrice, fille de Ferdinand, dernier roi de la

(1) Ayres de Sa, Talent de bien faire {Revista poriugue^^a colonial e maritima, 1901-1902, n» 5i).

dynastie de Bourgogne, mort en 1383. Mais la nation tout entière, à l'exception d'une partie de la haute noblesse, avait montré une vive répugnance à accepter un souverain espagnol ; elle s'était groupée autour du frère bâtard de Ferdinand, Jean d'Aviz, qu'elle avait proclamé roi, et avait victorieusement résisté aux troupes castillanes. La lutte soutenue contre l'étranger avait, comme d'ordinaire, développé l'attachement des sujets pour le roi, tandis que les qualités personnelles de Jean d'Aviz et de Philippine de Lancastre, sa femme, rendaient à la royauté le prestige que les aventures passionnelles des derniers rois de la dynastie de Bourgogne lui avaient fait perdre .

En droit, la monarchie portugaise est à cette époque une monarchie absolue. Tous les pouvoirs émanent du roi qui les exerce soit par lui-même, soit par l'intermédiaire de grands officiers qu'il choisit librement. Aucune charte constitutionnelle, aucune assemblée nationale, aucun feudataire ne limite en principe l'autorité royale.

Les Cortès, composées de la noblesse, des prélats, des procureurs de certaines villes, devaient, d'après des coutumes aussi vieilles que la monarchie elle-même, être consultées quand le roi voulait créer de nouveaux impôts ou déclarer la guerre. Mais elles ne participaient pas directement au pouvoir législatif. Elles n'avaient que le droit de conseiller le roi, de lui exposer leurs griefs, de le rappeler au respect des coutumes nationales. Chaque ordre délibérait à part et votait les résolutions qu'il se proposait de soumettre au roi. Cette organisation, qui empêchait l'union entre la noblesse, le clergé et les communes, enlevait aux Cortès une grande partie de l'influence qu'elles auraient pu exercer sur le gouvernement royal. Au XV" siècle, elles étaient un simple instrument dont le roi usait quand, pour une grande entreprise ou une importante réforme intérieure, il désirait s'assurer le concours de ses sujets.

Quoique consolidée par une existence tri-séculaire, la royauté portugaise ne pouvait cependant, au début du XV'' siècle^ user encore en pleine liberté de son pouvoir absolu. Les communes étaient sans force devant elle, mais l'influence historique des

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