VALEUR DU COMMERCE DES INDES
apportées par les caravanes d'Alep, des perles des îles Bahrein. Les côtes de l'Hindoustan lui donnaient : Diii, l'indigo, le sucre, la cire, l'opium, l'alun, des métaux, des étoffes de choix; Chaul, de la soie; Onor, Cananor, Calicut, Cranganor, Cochin, du poivre ; Malacca, enfin, concentrait, pour les lui envoyer, les produits les plus riches de l'Extrême-Orient. Chaque année, un navire se rendait de Malacca vers les royaumes de Pégu et de Siam, un autre vers la Cochinchine. Ils rapportaient chacun un plein chargement d'or, d'étain, de plomb, de cuivre, de musc, de saphirs et de rubis. Les Moluques fournissaient leurs précieuses épices : les noix muscades et les clous de girofle, dont la valeur dans les bonnes années atteignait 10 millions de francs; les iles de la Sonde donnaient des produits divers, mais d'une façon très irrégulière, parce que, comme on l'a vu, les Portugais n'y avaient aucune possession et étaient toujours à la merci des souverains indigènes.
Au milieu du XVP siècle, Malacca crût encore en importance, quand les marchés du Japon, puis de la Chine, s'ouvrirent aux Portugais. En éciiange des monnaies d'argent qu'ils tiraient d'Ormuz, ils obtenaient de l'or en feuilles, en barres ou en poudre, des objets laqués et dorés, les plus belles soieries du m.onde, des porcelaines de haute valeur. Goa avait alors ajouté à ses ressources commerciales, déjà si considérables, celles de l'île de Ceylan et pouvait fournir au commerce européen une canelle beaucoup supérieure à celle du Malabar, ainsi que des pierres précieuses et des perles réputées sans rivales.
Le commerce des Indes présentait le grand avantage de constituer un monopole. Grâce à lui, le Portugal occupa au XVP siècle sur le marché européen une place que nul pays avant lui n'avait possédée et à laquelle aucun autre ne parvint dans la suite, car jamais plus, après cette époque, un seul peuple ne fut le maître exclusif des relations commerciales entre l'Europe d'une part, l'Afrique et l'Asie, d'autre part. Venise, autrefois la principale intermédiaire entre l'Europe et l'Orient, vit ses marchés négligés au profit d'un rival jusque là obscur. La pénurie des épices y devint rapidement telle qu'en 15 12
et 15 13, les marchands de Vienne supplièrent l'empereur Maximilien d'en faire venir du Portugal par l'entremise des marchands d'Anvers, car il n'y avait plus moyen de s'en procurer k Venise. Trevisani, ambassadeur de la Sérénissime République près du Sultan du Caire en 1512, avouait que l'argent devenait rare en Italie : les guerres en absorbaient une partie et le reste servait à acheter des épices à Lisbonne ( i). Emmanuel vit la reine de l'Adriatique implorer comme une faveur le droit d'acheter toutes les épices qui arriveraient à Lisbonne. Le roi de Portugal refusa et se borna à concéder aux marchands vénitiens certains privilèges commerciaux.
Par suite de l'organisation qu'Emmanuel avait donnée au commerce des Indes, les Portugais ne possédaient pas seulement le monopole des échanges entre l'Asie et l'Europe, ils se réservaient en outre tout le bénéfice des relations commerciales entre les principaux marchés des Indes. Aussi le commerce intercolonial, dont Goa était le centre, embrassait-il non seulement les produits estimés sur les marchés européens, mais tous ceux qui pouvaient être vendus avec profit aux indigènes. Les chevaux arabes embarqués à Ormuz, les blés de Diu, le riz de Damào, les bois de contruction de Baçaim formaient la matière de nombreux chargements (2). Les revenus que procurait le commerce entre les diverses colonies des Indes étaient très considérables. D'après les évaluations de Falcâo (3), celui qui obtenait le droit de faire un voyage de Macao au Japon, réalisait un bénéfice de 80.000 à 100.000 cruzades (775.000 à 970.000 francs) rien qu'en transportant les marchandises que des particuliers lui confiaient. Organisé de la même manière, un voyage de S. Thomé de Meliapour (Coromandel) à Malacca rapportait 20.000 cruzades (194.000 fr.) ; un voyage de Goa aux Moluques, 35.oooxerafins(io5.ooofr.); de Goa à Mozambique, 30.000 xerafins (90.000 francs); de
( 1) Heyd, Histoire du commerce du Levant, II, pp. 55o-55i.
(2) En i524, on importa à Goa 1343 chevaux d"Ormuz. Le chiffre n'en était pas plus élevé à raison d'une révolte qui éclata à Ormuz en cette année. (Lettre de la chambre de Goa adressée au roi et publiée par Danvers, Portuguese in Iiidia, II. p. 367.)
(3) Falcao, Livra em que se contem toda a /amenda, pp. 119 et 124.