RECETTES DES INDES
Goa à Ceylan, 3 à 4000 xerafîns (9 à 12.000 francs). Le trafic entre Goa, d'une part, et Pégu, Tanaçarim (Siam), les îles Banda et de la Sonde, le Bengale et Ormuz, d'autre part, n'était probablement pas moins lucratif.
Les impôts perçus dans les colonies des Indes, joints aux tributs payés par les princes indigènes, atteignaient un total élevé qui s'ajoutait aux bénéfices commerciaux. Ouiloa devait, depuis 1502, un tribut de i50ométicals d'or (environ 23.000 francs). Sofala produisait, vers 1506, jusqu'à i .300.000 méticals d'or, soit, à 15 francs le métical, une valeur de près de 20 millions de francs. Plus tard cette quantité diminua. Néanmoins, au commencement du X VIP siècle, elle atteignait encore 200.000 méticals (environ 3 millions de francs) (i). Entre 1524 et 1549, les douanes d'Ormuz recevaient annuellement de 88.000 à 96.000 xerafins d'or (de 730.000 à 797.000 fr.). Malacca, à la même époque, percevait dans les siennes 24 à 28.000 cruzades (275.000 à 320.000 francs). Le poids public y était affermé pour plus de 2.000 cruzades (23.000 fr.). Les recettes des douanes de Baçaim atteignaient 7.000 xerafins d'or (58.000 francs). Celles du district entourant cette place s'élevaient à 6.000 xerafins (50.000 francs). Les impôts et les rentes de Chaul valaient à la couronne près de 18.000 xerafins (150.000 francs). En 1552, les droits d'entrée à Goa, non compris les droits sur l'or, l'argent, le corail et quelques autres marchandises, étaient adjugés pour 60.000 xerafins d'or (500.000 francs).
Il est impossible de connaître le montant exact des recettes des Indes. L'administration centrale ne dressait ni budget, ni comptes pour l'ensemble des établissements. La comptabilité des diverses colonies était d'ailleurs fort mal tenue, surtout au XVP siècle (2). La seule évaluation détaillée que l'on possède des revenus du roi aux Indes, est celle qui fut faite par le secrétaire du roi. Luis de Figueiredo Falcào, en 1607.
(1) Strandes, Die Portugiesen:{eit von deutsch- und englisch-Ostafrica, pp. gg et 100. — DioGo CouTo, Soldado pratico, p. i55.
(2) Simon Botelho, inspecteur des finances des forteresses, vers i55o. assure qu'il n'a pu avoir connaissance des traités fixant les tributs auxquels les rois de Ceylan étaient astreints. (Voir son livre O totnbo do Estado da India, p. 240.)
Selon ce fonctionnaire, les recettes des Indes s'élevaient à 355.560 milreis, c'est-à-dire à plus de 8.500.000 francs de notre monnaie (i). Ce chiffre est un peu inférieur à celui de un million de ducats (10.600.000 francsj, auquel Linschoten évalue ces recettes vers 1585. Mais il est à remarquer que, au temps de Falcào, en 1607, les établissements des Moluques étaient complètement déchus par suite de la concurrence des Hollandais et ne procuraient plus aucun revenu à l'Etat. Le commerce entre Goa, les Moluques et les îles de la Sonde n'était même plus mis en adjudication.
Les recettes du gouvernement ne représentaient qu'une portion relativement faible des sommes perçues par voie administrative dans les différentes colonies. Les fonctionnaires en retenaient une forte part. Selon Falcâo, les principales colonies procuraient annuellement à ceux qui les gouvernaient, les bénéfices suivants : Mozambique, 67.000 cruzades, Ormuz, 60.000, Mascate, 10.000, Mombassa, 10.000, Diu, 20.000, Damào (Daman), 17.000, Baçaim (Bassein), 13.000, Chaul, 27.000, Goa, 10.000, Onor, 4.000, Bracelor, 10.000, Mangalor, 4.000, Cananor, 5.000, Coulào (Ouilon), 4.000, Negapatam, 4.000, S. Thomé de Meliapour, 4.000, Manar, 10.000, Malacca, 43.000, ce qui représente, pour ces dix-huit capitaineries seulement, une somme totale de 322.000 cruzades ou plus de trois millions de francs. Or VEstado da India comptait à cette époque vingt-cinq autres postes plus ou moins importants, outre une quantité de petites forteresses et de villages. Chacun des chefs de ces établissements avait naturellement des profits proportionnels à ceux des gouverneurs qui viennent d'être énumérés. Les capitaines de la côte de l'Inde entre Diu et le cap Comorin, par exemple, ne se faisaient pas moins de 180.000 francs par an; ceux de Ce3^1an, 40.000 fr. ; ceux des Moluques^ d'Amboine et de Solor, 84.000 francs. Les fonctionnaires inférieurs prélevaient enfin leur part, qui était parfois plantureuse : un alcade de Mozambique et un facteur d'Ormuz jouissaient d'un revenu annuel de 20 à
(1) Selon CouTO, Soldado pratico. II, p. 47, ces revenus ne s'élevaient qu'à 600.000 cruzades (moins de 6 millions de francs).