ELEMENTS DU COMMERCE DES INDES I
geaient de marchandises que la flotte ne pouvait prendre à son bord. Néanmoins, jamais les hommes qui dirigèrent les affaires du Portugal au XVP siècle, ne voulurent augmenter le nombre des navires composant la flotte ou envoyer chaque année aux Indes plusieurs convois au lieu d'un seul. Tout au plus tolérèrent-ils que les commissaires de la marine donnassent aux navires de plus fortes dimensions pour leur permettre de transporter plus de marchandises.
Si restreint qu'il fût, ce trafic était considéré au XVP siècle comme de haute valeur. Les exportations vers les Indes rapportaient moins que les retours. Elles se composaient, en effet, pour une forte partie, d'argent monnayé destiné à l'achat des épices. Cependant les marchandises que les particuliers ou le roi mettaient à bord des flottes, se vendaient aux Indes avec un gros bénéfice. Elles comprenaient, au compte des particuliers, du vin, de l'huile, des toiles fines d'Angleterre ou de Flandre, des serges de Flandre, des soieries de Naples, des velours de Gênes, des damas de Lucques et d'autres étoffes de luxe; au compte du roi, qui en avait le monopole, des coraux bruts et travaillés, du mercure, du cinabre, des fils de cuivre, des vitres et des verres de Venise. Au retour, les flottes apportaient les produits manufacturés de l'Asie, des drogueries et surtout des épices. La partie la plus considérable de leur chargement était constituée par le poivre (piment), dont elles prenaient, en général, 30.000 quintaux (1.762.000 kilogrammes) (i). Les épices étaient achetées aux Indes à un prix très bas, fixé souvent ne varietur par les traités conclus avec les princes indigènes. Vers le milieu du XVP siècle, le roi de Ceylan, par exemple, devait livrer gratuitement 300 bahars (52.800 kilogrammes) de cannelle. Le surplus lui était acheté à 3 xerafins le bahar, soit à fr. 8.30
(1) Aucune autre raison qu'une habitude datant des débuts du commerce indien, ne justifiait la prépondérance accordée au trafic du poivre. Albuquerque (iSogi5i 5), émettait l'avis que c'était un non-sens de s'occuper du poivre, quand on avait devant soi toutes les richesses des Indes. (Whiteway, The vise of portuguese vower, p. 174.) Au XVII« siècle, par suite probablement de la concurrence des Hollandais, la flotte ne prit plus pour le roi que 25. 000 quintaux de poivre.
le quintal (i). Or, à Lisbonne, le prix habituel de la cannelle était de 70 milreis le quintal (2000 francs). Le bénéfice réalisé sur ce produit était tel qu'en 16 19 encore, un amiral du roi, Jean Pereira Corte Real, l'estimait suffisant pour couvrir toutes les dépenses des flottes envoyées aux Indes, même si la cannelle n'était vendue à Lisbonne que 40 milreis le quintal au lieu de 70 milreis (2). Le piment donnait un bénéfice moindre, mais qui s'élevait cependant à 700 ou 800 pour cent : on l'achetait environ 2 cruzades et demie au Malabar et on le vendait à Lisbonne 30 à ^2 cruzades le quintal.
Le roi Emmanuel essaya, semble-t-il, à l'exemple de Jean II, de vendre directement à l'étranger les produits des colonies. Il leur trouva un débouché tout préparé à Anvers où, depuis 1494, existait une factorerie portugaise. Il envoya aussi des navires à Veere (Zélande) et en Angleterre. En 1504, cinq vaisseaux apportèrent à Londres 380 tonnes de poivre (3). Mais l'effort qu'exigeaient de semblables opérations commerciales, parut probablement trop pénible à l'administration portugaise, qui limita ses opérations à la place d'Anvers. Celle-ci trouva dans la préférence que le Portugal lui accordait, une des causes de sa grande prospérité. Tous les marchands d'Angleterre, de France, d'Allemagne durent passer par son intermédiaire pour obtenir les épices, articles les plus précieux du commerce international à cette époque. Jusqu'en 1549, les épices furent vendues à Anvers par les soins du facteur portugais à des compagnies de marchands, qui achetaient toutes les quantités offertes à la condition que le roi de Portugal leur accordât un droit de préemption permanent. Les épices qui n'étaient pas écoulées à Anvers, étaient cédées à Lisbonne à des concessionnaires privilégiés qui les revendaient à àes parcerones ou détaillants. En 1549, Jean III trouva onéreux l'entre-
(1) BoTELHO, O tomba do estado da India, p. 240.
(2) Cet intéressant document est publié par Barcellos, Constnicçôes de nans em Lisboa e Goa para a carreira da India. (Boletiin da Sociedade de geographia de Lisboa, iSqq, p. 20.)
(3) Heyd, Histoire dti commerce du Levant au moyen âge, II, p. 533.