‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 70 sur 173 · BENEFICES DU COMMERCE DES EPICES · texte numérisé non relu

BENEFICES DU COMMERCE DES EPICES

tien de la factorerie d'Anvers et décida que les épices seraient désormais vendues à Lisbonne en adjudication publique (i). Mais Sébastien, pour obtenir les avances d'argent dont il avait un besoin urgent, octroya la vente du poivre à un marchand qui se chargeait d'aller chercher cette denrée aux Indes. Le commerce de la principale des épices constitua dès lors de nouveau, et d'une manière plus stricte qu'autrefois, une sorte de monopole au profit de celui qui en était le bénéficiaire (2).

La vente des épices produisait une valeur de 4 à 6 millions de francs (3). Mais une forte partie de cette somme était absorbée par les frais d'armement de la flotte des Indes. Linschoten évalue, en 1585, à 600.000 ducats la recette produite par la vente des épices et par les droits sur les marchandises apportées des Indes, et à 300.000 ducats les frais d'armement de la flotte. La recette nette s'élevait donc à 300.000 ducats (3.180.000 francs). Falcào, en 1607, estime le bénéfice net à la même somme (130.000 milreis ou 3.146.000 francs). Mais ces auteurs évaluent ce que les flottes des Indes devaient normalement rapporter. Ils négligent les frais extraordinaires d'armement que le désordre des arsenaux et la vénalité des fonctionnaires entraînaient souvent. En 1528, par exemple, la flotte de Nuno da Cunha coûta 200.000 cruzades (2.500.000 francs) et, en 1533, celle de D. Pedro de Castello Branco, 100.000 cruzades (1.200.000 francs)^ en sus des dépenses ordinaires (4). En outre ni Linschoten, ni Falcâo ne tiennent compte des naufrages qui rendaient aléatoires les recettes provenant de la flotte des Indes. Même avant l'époque du régime espagnol, ces naufrages étaient assez fréquents. Plus de dix pour cent des navires des Indes sombraient en cours de route. A la fin du règne de Jean III (1557), la perte

(1) Lettre de Damiâo de Goes du i5 février 1549, analysée par Rebello da SiLVA, Hist. de Port., IV, p. 58i. — Mertens en Tours, Geschiedenis van Antwerpen, III, pp. 21 1 à 32o. — Génard, Bulletin des archives d'Anvers, VII, pp. 2i5 et FS.

(2) Haebler, Die Geschichte der Fugger' schen Handlung in Spanien, p. 38.

(3) Rebeli.o da Silva, Historia de Portugal, IV, p. 58o.

(4) Rebello da Silva, Historia de Portugal, IV, p. 5Si.

résultant de ces naufrages atteignait la somme énorme de 1.340.000 milreis (plus de 32 millions de francs), soit une perte moyenne de 550.000 francs par an.

Tout compte fait, c'est par une somme de 2.500.000 francs tout au plus que se chiffraient, après quatre-vingts années de domination, les bénéfices des colonies d'Asie! Oh étaient les espérances que le voyage de Vasco de Gama avaient fait concevoir ? Encore, pour obtenir ce revenu, les rois de Portugal devaient laisser impayées une bonne partie des dépenses faites à Goa par leurs vice-rois. Ces bénéfices si médiocres étaient de plus très précaires, car l'édifice colonial élevé en Asie était peu solide. Les établissements échelonnés sur d'immenses étendues de côtes, constituaient un Etat débile qui devait se disloquer à la première attaque sérieuse dirigée contre lui.

En dépit des apparences, les possessions situées dans le bassin de l'océan Atlantique, colonies agricoles ou colonies de commerce, eussent mérité mieux que les Indes l'attention des rois de Portugal. Plus proches de la métropole, elles étaient plus faciles à défendre et constituaient par conséquent un patrimoine plus sûr que les colonies d'Asie. La plupart d'ailleurs se prêtaient à l'établissement d'émigrants de la métropole en groupes considérables, capables de veiller eux-mêmes à leur sécurité. La façon dont les îles Açores surent résister à Philippe II, en 1581, en est la meilleure preuve. Enfin les bénéfices que, dès le milieu du XVP siècle, ces colonies procuraient à la métropole, quoiqu'elles fussent livrées à ellesmêmes, attestent que, si le Portugal les avait moins négligées, elles auraient pu contribuer à sa prospérité d'une manière beaucoup plus efficace que les Indes.

Parmi les colonies agricoles, les Açores, Madère et S. Thomé se développèrent les premières au XVP siècle, grâce aux noyaux de population qui s'y étaient établis au siècle précédent. S. Thomé, peuplée par Jean II de Juifs et de condamnés, ne comptait en [522, esclaves compris, que 6 à 7000 habitants; elle produisait néanmoins déjà deux millions de kilogrammes de sucre. Les Açores ne furent que partiellement occupées au

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