LES ILES AÇORES ET MADERE
XVP siècle (i ). La population, presque exclusivement de race blanche, se concentra surtout à Terceira, qui est, de toutes les îles du groupe, celle dont l'accès est le moins difficile et à S. Miguel, l'île la plus étendue. En 1581, Terceira pouvait mettre sur pied 9000 hommes de milices. Angra, sa capitale, possédait 10.000 habitants. S. Miguel en comptait autant. Les cultures étaient assez développées pour permettre aux Açores de vendre au dehors des quantités considérables de froment, de bestiaux, de plantes tinctoriales et de ravitailler les flottes castillanes et portugaises qui circulaient entre l'Amérique et la péninsule ibérique. Le groupe entier donnait au roi une recette de 10.000 milreis (300.000 francs) en 1530 et de 30.000 milreis (726.000 francs) en 1585 (2).
Les progrès de Madère avaient été plus considérables encore, si l'on tient compte des faibles dimensions de cette île, des deux tiers moins étendue que les Açores (3). Dès 1506, elle était en état de supporter certaines dépenses de Mogador (Maroc). En 1557, elle procurait au trésor un revenu presque égal à celui des Açores et lui rapportait, avec ces dernières îles, une somme nette de 23 contos (660.000 francs). Elle récoltait en moyenne 60.000 arrobes (880.000 kilog.) d'un sucre tellement apprécié des marchands qu'ils le payaient à Lisbonne 2400 reis (58 francs) l'arrobe, soit le double du sucre du Brésil. Son vin n'était pas moins réputé et se vendait jusque dans la mer Baltique (4). Au total, ces quelques îles, S. Thomé, Madère et deux ou trois des îles Açores, fournissaient au trésor royal, vers 1585, une recette nette de 160.000 ducats (1.700.000 francs). Elles alimentaient en outre le marché de Lisbonne de sucre pour une valeur d'environ 5 millions de
(i) Jer. Conestaggio, Dell' iinione di Porto^allo alla corona di Castiglia, p. 217 b.
(2) C. F. DuRO, La conqidsta de las A:^oresen i5S3, pp. 25 et 6*i. — Archiva dos Açores. I, pp. 1 16 et 447.
(3) La superficie de MaJère e-it d'environ 8i5 kilomètres carrés, celle des îles Açores de 2388 kilomètres carrés, celle de S. Thomé de 92g kilomètres carrés.
(4) Oliveira Martins, Os filhos de Joâo I, p. 258. — Cordeiro, Historia insulana, F^ partie, liv. IH, chap. X à XII. — Nanninga Uitterdijk, iie» Kamper handelsimis te Lissabon, p. LXXII. — Alguns documentas, p. 14g.
2 04 RESULTATS DE LA COLOiMSATION
francs (i) : dès 1562^ en effet, la dîme prélevée par la douane de Lisbonne sur leurs importations de sucre s'élevait à 20.000 milreis (un peu moins de 500.000 francsj. C'était un bénéfice relativement bien supérieur à celui que donnaient les colonies des Indes, car ces îles n'égalaient même pas en superficie la moitié des Algarves, la plus petite province du Portugal, et une faible partie seulement de leur sol très accidenté, était exploitable. Il est à noter enfin que ces résultats étaient obtenus malgré une administration très défectueuse et un régime économique plus mauvais encore.
Par l'étendue de ses terres fertiles, l'abondance de ses productions naturelles et ses facilités d'accès, le Brésil offrait à la colonisation portugaise un champ autrement vaste et fécond que les petites îles dont il vient d'être question. Mais, jusqu'en 1549, la métropole s'en désintéressa presque complètement. Toutes ensemble^ les capitaineries du Brésil ne comptaient pas alors plus de 5000 habitants, libres ou esclaves, reconnaissant l'autorité du roi de Portugal. A partir de 1549, le gouvernement de Lisbonne, inquiet des visées de huguenots et d'aventuriers français sur le Brésil, accorda quelques soins aux colonies de cette région. Il créa une capitainerie royale à Bahia, puis une seconde à Rio-de-Janeiro en 1565, et leur envoya quelques convois de condamnés. Ses efforts ne furent pas bien énergiques, car, en 1587, les deux capitaineries de Bahia et de Pernambuco, où se concentrait toute la vie économique du Brésil, ne possédaient pas plus de 4000 habitants de race blanche et 8000 esclaves nègres, plus un certain nombre d'esclaves indiens. L'aide minime prêtée par la métropole au Brésil n'en fut pas moins féconde en résultats. Les deux capitaineries de Bahia et de Pernambuco à elles seules exportaient chaque année, vers 1585, 150.000 arrobes de sucre (2.200.000 kilogrammes), représentant sur le marché de Lisbonne, à 1200 reis (29 francs) l'arrobe, une valeur de plus de 4 millions de francs. En y comprenant la ferme du bois de Brésil rétablie en 1557 an profit de la couronne, les
(1) Ce chiffre comprend également une petite quantité de sucre importée des îles Canaries et du Brésil.