‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 72 sur 173 · COLONIES DE COMMERCE ET COLONIES AGRICOLES · texte numérisé non relu

COLONIES DE COMMERCE ET COLONIES AGRICOLES

possessions du Brésil rapportaient au roi, vers 1585, une somme de 150.000 ducats (plus de 1.500.000 francs) (i).

Ce développement des colonies agricoles prouve à toute évidence que le Portugal eut tort de les négliger, durant le XVP siècle, au profit des colonies des Indes. En effet, sans exiger comme celles-ci une administration coûteuse et l'envoi continuel de renforts militaires, ces établissements lui procuraient, vers l'époque de sa réunion à l'Espagne, un revenu net plus considérable que celui des Indes et ils envoyaient à Lisbonne du sucre pour une valeur supérieure à celle des produits des Indes.

Les qualités physiques et morales des Portugais expliquent la différence des résultats obtenus par eux, dès le XVP siècle, aux Indes, d'une part, au Brésil et dans les îles de l'Atlantique, d'autre part. Les établissements d'Asie étaient des colonies de commerce dont l'exploitation exigeait un esprit d'ordre et une connaissance du négoce qui faisaient défaut aux Portugais. L'action d'Henri le Navigateur et même celle plus marquée de Jean II avaient été trop passagères pour les doter de qualités dont ils étaient à peu près dépourvus au début de leurs entreprises d'outre-mer. D'un autre côté, les rois du XVP siècle, Emmanuel, Jean III et Sébastien, suivirent la politique la moins propre à accroître les aptitudes commerciales de leurs sujets, ainsi qu'on le verra plus loin. Les Portu-

(1) LiNscHOTEN, Breviarium omnium reditum Hispanice Liisitaniœque refrum. — Selon Handelmann, Geschichte von Brasilien, p. i3i et Varnhagen, Historia gérai do Bra^il, tome I, section XXIII, le Brésil exportait, vers 1587, 60.000 caisses de sucre de 33 arrobes (514 kilogrammes), soit plus de 3o millions de kilogrammes. Ce chiffre est évidemment erroné, car, selon ces auteurs euxmêmes, Pernambuco, qui possédait les deux tiers des sucreries, ne produisait que 200.000 arrobes de sucre (2.900.000 kilogrammes). Southey {History of Brat^il, I, p. 3 18), en se basant sur divers manuscrits, n'évalue qu'à 1 20.000 arrobes la production de Pernambuco en i58i. ce qui donnerait pour Bahia une production de 60 à 70.000 arrobes. Le chiffre auquel Linschoten évalue l'exportation du sucre, est donc peut-être un peu plus faible, mais plus voisin de la vérité que ceux de Handelmann et de Varnhagen. — Rebello da Silva {Historia de Portugal, V, pp. 123 et 124) évalue la production en 1587, des 66 sucreries de Bahia à 17.553.600 kilogrammes ou i.igS.ooo arrobes! Quant à l'exportation, elle atteignait selon cet auteur 41.126.400 kilogrammes! Où donc produisait-on tout ce sucre' C'est ce que Rebello da Silva néglige de dire.

2o6 RÉSULTATS DE LA COLONISATION

gais ne surent donc pas profiter des richesses des Indes dont les Hollandais, malgré une organisation administrative très défectueuse, allaient tirer un merveilleux parti au XVIP siècle, grâce à leur grande expérience en matière commerciale (i). Les colonies agricoles convenaient, au contraire, au Portugal. Non pas que ses émigrants fussent des cultivateurs particulièrement ingénieux et laborieux ; loin de là, ils étaient plus portés à la paresse qu'au travail. Mais ils possédaient une qualité qui manquait aux peuples du Nord : ils résistaient au climat des tropiques, qualité encore précieuse de nos jours et qui l'était davantage à une époque où ni la médecine, ni l'hygiène ne fournissaient à l'homme de race blanche des moyens de défense contre les influences nocives des climats tropicaux. Les colons portugais de race pure ou métisse se multipliaient dans des contrées comme Pernambuco, S. Thomé et l'Angola, oii les Hollandais furent décimés, quand, au XVn^ siècle, ils voulurent s'y établir. Avec peu d'efforts, ces colons, soit en travaillant eux-mêmes, soit en surveillant leurs esclaves, obtenaient d'abondantes récoltes dans ces terres riches des tropiques, où les plantes se développent avec une vigueur exubérante. Le profit qu'ils en retiraient au XVP siècle était d'autant plus considérable que les produits cultivés des pays chauds, tels que le sucre et l'indigo, n'abondaient pas sur les marchés européens et étaient fort recherchés.

Cette résistance au climat des tropiques rendait également plus aisée aux Portugais qu'à d'autres peuples européens, l'exploitation de comptoirs dans l'Afrique occidentale. Mais le gouvernement de Lisbonne qui attachait tant de valeur à la côte de Guinée avant la découverte de la route des Indes, n'en prit plus ensuite qu'un médiocre souci. Il ne s'intéressa plus qu'à Saint-Georges del Mina et à ses annexes, Axem et Cabo Corso, à raison du commerce de l'or qui s'y faisait, et qui lui rapportait plus de 100.000 ducats par an (plus d'un million de francs).

(i) Albuquerque se prononce d'une façon catégorique sur l'inaptitude commerciale des agents mis à sa disposition : a un employé formé chez le florentin Bartholomeu, écrit-il, rendrait plus de services que tous les facteurs que le roi entretient aux Indes, » (Whiteway, The rise of Portiiguese poxver, p. 174.)

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