‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 75 sur 173 · PROSPERITE DE LISBONNE · texte numérisé non relu

PROSPERITE DE LISBONNE

la crainte sur leur passage. Si peu peuplées qu'elles fussent, les campagnes portugaises ne parvenaient pas à nourrir leurs habitants. Aussi bon nombre de paysans quittaient-ils le pays. Les uns émigraient vers l'Andalousie, la Castille et l'Estremadure espagnole, oii ils se groupaient soit dans les villes, soit dans les campagnes, en de véritables communautés. Les autres cherchaient leurs moyens d'existence dans les villes du littoral et surtout à Lisbonne (i).

Ces villes seules jouissaient, grâce aux entreprises océaniques, d'une certaine prospérité. La pêche maritime qui avait toujours été exercée avec assez d'activité, s'était fortement développée depuis que les Portugais avaient acquis dans leurs expéditions lointaines une plus grande expérience de la navigation. Les pécheurs du Douro et spécialement ceux d'Aveiro furent les premiers à exploiter le banc de Terre Neuve, découvert en 1497. ^^^^^ de cent caravelles étaient d'ordinaire employées à la pèche de la morue. Les ports de l'Algarve se livraient avec succès à la pèche du thon, qui fut affermée en 1580 pour 30.000 milreis (725.000 francs). Les pêcheurs de baleine, enfin, augmentaient leur butin en chassant les cétacés jusque sur les côtes du Brésil. Le commerce avec les colonies insulaires de l'océan Atlantique et les colonies du Brésil accrut aussi la prospérité de quelques ports, notamment de Lagos, dans l'Algarve, et de Porto. Mais ce fut Lisbonne qui retira des entreprises coloniales le profit le plus considérable. Point de départ et d'arrivée des flottes des Indes, elle concentrait la meilleure partie du mouvement maritime et commercial du royaume. C'est dans son port que s'élevaient les arsenaux nécessaires à l'équipement des flottes. C'est dans ses entrepôts que s'opérait l'échange des marchandises européennes apportées en Portugal, contre les épices des Indes, les riches étoffes d'Orient, le sucre et les plantes tinctoriales des îles de l'Atlantique et du Brésil. Son mouvement maritime devint surtout intense, au détriment d'ailleurs de la marine portugaise, quand, après 1549, le roi cessa d'exporter directement les épices dans les Pays-Bas, mais les fit vendre à Lisbonne même.

(i) Rebello da Silva, Historia de Portugal, IV, livre VI, chap. I.

2l6 RÉSULTATS DE LA COLONISATION

La valeur des échanges que Lisbonne faisait avec l'étranger n'est pas connue d'une manière certaine. On sait cependant que ses transactions avec Anvers se chiffraient à l'importation par une valeur de i .800,000 ducats (environ 1 9 millions de francs) et à l'exportation par une valeur de 1.300.000 ducats (14 millions de francs), la différence étant compensée par l'envoi à Anvers d'argent monnayé. Les céréales et les matériaux pour les constructions navales étaient apportés par des bâtiments bretons ou anglais et par les vaisseaux de la Hanse. Du mois d'octobre 1579 au mois de mai 1580, cinq cents navires bretons et anglais et deux cents allemands entrèrent à Lisbonne chargés de grains (i).

Par suite de cette activité commerciale et de la présence fréquente de la cour, Lisbonne vit sa population augmenter. De 85.000 habitants en 1528, elle passa à 100.600 en 1551, chiffre considérable pour un royaume qui ne comptait pas plus de 1.326.000 habitants en 1532. Sa croissance continua ensuite régulièrement (2), de sorte qu'en 1580, à l'époque de l'avènement de Philippe II, elle devait compter environ 125.000 habitants. Mais l'activité du port et du commerce de Lisbonne ne reposaient pas sur une solide armature économique. Cette activité était due à la situation privilégiée que la ville occupait comme unique entrepositaire des épices des Indes. Elle devait disparaître, quand le monopole dontLisbonne jouissait, aurait cessé d'exister. Le commerce des épices n'amena la fondation dans la capitale ni d'importantes maisons de commerce nationales, ni d'industries nouvelles, propres à lui attirer des clients fidèles et à lui assigner le rang d'un grand marché international. Les industries textiles ns profitèrent pas des débouchés que les colonies leur offraient, pour étendre leur fabrication. Presque tous les articles exportés vers les Indes étaient de provenance étrangère. Bien qu'il eût besoin de beaucoup de cotonnades, le Portugal ne chercha pas à utiliser l'excellente matière première que le Brésil et les îles d'Afrique

(1) Rebello d.\ SiLVA. Hisloria de Portugal, W , p. 6oS. — Nanninga UiTTERDUK, Een Kamper handelshttis te Lissabon, p. xlix.

(2) En 1620 sa population atteignait, en effet, lôS.ooo habitants.

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