‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 77 sur 173 · GOUVERNEMENT DES ROIS D ESPAGNE 2 I · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DES ROIS D ESPAGNE 2 I

métropole, la colonisation portugaise du XV" et du XVP siècle fut donc une œuvre stérile. S'ensuit-il qu'elle porta préjudice au Portugal? Loin de là. Rien ne démontre que, resté étranger aux entreprises maritimes, il aurait tiré de son propre sol un meilleur parti, créé des industries, accru ses échanges avec le dehors. Son expansion ultramarine durant ces deux siècles lui valut du moins de précieuses colonies de peuplement et de plantations dans l'Afrique orientale et occidentale et au Brésil. C'étaient des terres riches pour la plupart, susceptibles d'une exploitation variée et qui étendaient dans des proportions prodigieuses l'aire occupée dans le monde par la race portugaise. Enfin, la gloire acquise par le Portugal en devançant les autres nations sur la route maritime des Indes, en révolutionnant par ses découvertes la science géographique, en conquérant avec une poignée d'hommes des régions immenses, fit naître le mouvement littéraire le plus brillant que le pays connut jamais. Barros, en racontant les conquêtes d'outremer enrichit l'histoire d'une œuvre de premier ordre, tandis qu'un soldat de l'armée des Indes, Camoëns, trouvait dans les exploits de ses compatriotes en Orient, le thème des Lusiades, une des plus magnifiques épopées qu'une nation possède.

Par son union à l'Espagne en 1580, le Portugal se vit annexé à un pa3's dont la situation économique n'était guère meilleure que la sienne et dont la puissance autrefois prépondérante en Europe était considérablement affaiblie. Le gouvernement des rois d'Espagne, besogneux, despotique et arbitraire, n'était pas propre à sortir le Portugal de la situation misérable où l'avaient mené les derniers rois de la dynastie d'Aviz, spécialement Sébastien et le cardinal Henri. La maison de Habsbourg ne lui apportait en don de joyeux avènement qu'une guerre maritime. L'émigration augmenta; elle se dirigea heureusement en partie vers le Brésil, qu'elle allait transformer en une précieuse dépendance, fidèlement attachée pendant deux siècles encore à la métropole. Le patriotisme, loin de s'éteindre

dans les colonies, semblait s'y animer d'une vigueur nouvelle. Quand, en 1580, la mère patrie s'inclina devant un maître castillan, une colonie, les petites îles Açores, prétendit seule échapper à une domination que le Portugal avait de tout temps considérée comme ignominieuse et, avec l'aide de la France, elle résista pendant trois ans aux escadres de Philippe IL Les rois d'Espagne, on l'a vu, s'occupèrent des colonies portugaises avec plus d'attention et surtout d'une manière plus avisée que les rois de Portugal. Mais ces colonies furent pour eux une cause de dépenses et non une source de profits. La défense des Indes surtout leur imposa de lourdes charges, tandis que les bénéfices du commerce des épices disparaissaient peu à peu sous l'effet de la concurrence hollandaise. Seul le Brésil, où l'occupation européenne s'étendait, était en progrès. La main d'œuvre servile qui lui était fournie avec plus d'abondance, lui permettait d'augmenter ses cultures. Mais cette prospérité de la colonie ne profitait en rien au Portugal, dont toutes les ressources étaient emplo3'ées à la satisfaction des besoins financiers de l'Espagne sans cesse grandissants. Bientôt d'ailleurs, les Hollandais s'emparèrent de la capitainerie de Pernambuco et des cinq capitaineries voisines de celles-ci, Sergippe del Rey, Itamaraca, Parahiba, Rio Grande et Ceara. Maîtres de la mer, ils coupèrent les communications entre le Portugal et les capitaineries brésiliennes qui lui appartenaient encore. Le Portugal fut de fait dépouillé de tout domaine colonial.

La révolution de 1640 rendit au Portugal l'indépendance dont il était privé depuis soixante ans, mais n'amena aucun changement dans son organisation intérieure. La noblesse et le clergé avaient fait la révolution et donné la couronne à la maison de Bragance. Ces deux ordres gardèrent donc et accrurent même les nombreux privilèges dont ils jouissaient. L'atonie de la vie économique s'accentua sans que, jusqu'au ministère de Pombal (1750), les dépositaires du pouvoir s'efforçassent de réagir. Ils permirent, comme par le passé,

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