‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 78 sur 173 · DEPENSES POUR LES INDES AU XVIV SIECLE · texte numérisé non relu

DEPENSES POUR LES INDES AU XVIV SIECLE

l'importation des esclaves nègres, quoiqu'elle amenât dans de nombreux districts le mépris du travail manuel et l'abâtardissement des classes inférieures du peuple (i). La situation de l'agriculture empira à la suite de la loi de 1647 qui, pour favoriser Lisbonne, accorda libre entrée aux grains étrangers. La pêche déclina complètement sous ce poids des taxes dont elle était chargée depuis le règne des rois d'Espagne : au XVIIP siècle, les Portugais achetaient aux Anglais et aux Américains la morue qui figurait autrefois parmi les articles d'exportation de Lisbonne, d'Aveiro et de Porto. Un ministre, le comte d'Ericeira (1681), essaya de développer l'industrie de la laine qui trouvait sur place une excellente matière première et avait dans les colonies des débouchés assurés. Mais le gouvernement se lassa vite de protéger les manufactures et, en 1703, il ouvrit le royaume aux marchandises anglaises en échange de quelques faveurs pour les vins du Douro. Cette déchéance des principales branches de l'activité nationale aurait amené à bref délai la ruine complète du Portugal, si certaines de ses colonies ne lui avaient prêté assistance.

Parmi les établissements qui lui restaient, quand il se sépara de l'Espagne, ceux des Indes orientales avaient le plus souffert. Ils étaient encore très nombreux, mais la plupart d'entre eux étaient serrés de près par les Hollandais. Sans se faire illusion sur l'issue de la lutte, le Portugal consacra à leur défense quelques milliers d'hommes qui lui eussent été bien utiles en Europe. « Les Indes orientales, disait Jean IV à un agent de Mazarin, le chevalier de Jant (1655), « sont un » colosse qui ne me réserve aucun profit; plût au ciel que je » puisse les abandonner d'une façon honorable! ». De fait, la guerre contre la Hollande terminée, les colonies des Indes restées portugaises ne cessèrent d'être une charge pour la

(:) Au début du XVIII' siècle, les esclaves nègres étaient assez nombreux à Lisbonne, pour que les blancs y constituassent une sorte d'aristocratie. Pour exprimer que l'on était homme ou femme du monde, on se contentait de dire en son branco ou branca (je suis blanc ou blanche). Beaucoup de bourgeois tiraient de leqrs esclaves leurs moyens d'existence : ils exigeaient d'eux deux réaux par jour et ne leur donnaient en échange que le gîte. (J. A. de Colmenar, Les délices de V Espagne et du Portugal, 1707, IV, 764.)

métropole. La paix y était sans cesse troublée par des conflits, tantôt avec les princes vassaux, tantôt, principalement au XVIIP siècle, avec les conquérants mongols et mahrattes. Leur valeur commerciale aurait pu être grande encore entre les mains d'un peuple actif et expert dans le négoce. Macao, surtout, seule colonie européenne en Chine, donnait aux marchands portugais une position privilégiée pour le trafic avec l'Extrême-Orient. Mais, jusqu'au gouvernement de Pombal, personne en Portugal ne parut remarquer l'importance de cette place. Les colonies de l'Inde restèrent donc onéreuses. Leur commerce avec la métropole représentait à peine en quantité le cinquième de ce qu'il était autrefois et se composait de marchandises d'une valeur très réduite depuis que d'autres peuples en fournissaient les marchés européens. Dans le premier quart du XVIIP siècle, un ou deux navires de trois k quatre cents tonneaux se rendaient chaque année à Goa, chargés d'huile et de vin. Au retour, un seul aurait suffi à emporter les marchandises réunies à Goa. Fatigués des procédés despotiques des Portugais, les Banians avaient quitté cette ville pour Surate. Eux partis, il n'y avait plus dans la capitale de VEstado un négociant capable de faire une cargaison de 50.000 francs.

Presque oubliée depuis qu'elle ne constituait plus une escale sur la route de Lisbonne k Goa, sans relations avec la métropole par l'effet de règlements anciens que la routine maintenait en vigueur, l'Afrique orientale constituait une sorte de prébende au profit de celui qui en était le gouverneur. Ce fonctionnaire payait les dépenses peu considérables de l'administration et réalisait comme autrefois, en exerçant le commerce, d'abondants bénéfices. La métropole ne retirait de la colonie que le quint du roi sur le commerce de l'or : ce quint représentait environ 200.000 francs par an ( i).

Parmi les colonies du bassin de l'océan Atlantique, S. Thomé, l'ile du Prince et les iles du Cap Vert, végétaient

(1) Savarv, Dictionnaire universel du commerce, p. 1067. — Leblanc, Mémoires sur l'Espagne, le Portugal, etc., manuscrit, p. 187.

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