‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 79 sur 173 · SITUATION DES ILES DE L ATLANTIQUE · texte numérisé non relu

SITUATION DES ILES DE L ATLANTIQUE

misérablement (i). Leur population de race blanche, effra3'ée par les attaques des corsaires et les révoltes des esclaves, les avait presque complètement abandonnées au début du XVIP siècle. Elles ne pouvaient plus servir que de dépôts pour les esclaves recueillis en Guinée. Sur cette dernière côte, le Portugal ne possédait pour ainsi dire plus aucun établissement à la fin du régime espagnol. Pedro II fit réoccuper les anciens postes de la Casamance et des rivières voisines, notamment ceux de Cacheu et de l'île Bissau, et ordonna la construction d'un petit fort à Ajuda, dans le Dahomey (1680). Ces quelques possessions, de très faible étendue, n'eurent presque jamais de relations commerciales directes avec la métropole. Destinées à faciliter le recrutement des esclaves pour le Brésil, elles relevaient plutôt de Bahia, qui payait les frais d'administration d'une partie d'entre elles. Elles n'étaient d'ailleurs occupées que d'une façon intermittente (2).

Bien que dans une situation plus prospère que la plupart des provinces de la mère patrie. Madère et les Açores ne fournissaient qu'un revenu assez faible. Ainsi que les campagnes de la métropole, elles souffraient du régime foncier qui attribuait à la noblesse et au clergé la meilleure partie des terres (3); en outre elles étaient accablées de charges fiscales et manquaient de voies de communication. Comme leur population était très prolifique, elles s'étaient rapidement trouvées

(1) Quand, en 1709, les Français pillèrent S. Thomé, ils n'en purent tirer que 20.000 cruzades (67.000 francs) de rançon. En 1753, l'île était tellement déchue de son ancienne prospérité qu'elle cessa de posséder un gouverneur et eut pour chef celui de la petite île du Prince.

(2) LoPEs DE Lima, Ensaios sobre a estatistica das possessôes portugne^as, II, pp. 38 et 41.

(3) En 1703, Angra, capitale de l'île Terceira, possédait quarante familles nobles. Vers 1720, il y avait à Ponta Delgada, capitale de l'île S. Miguel, sur une population de 7961 âmes, 82 prêtres séculiers, 90 moines, 4^9 religieuses. Le couvent des religieux de S. François construit de 1709 a 1714 avait coûté 120.000 crusades (environ 400.000 francs). Dans la même île, Ribeira Grande qui possédait 5076 habitants, comptait 20 prêtres séculiers, 3o religieux franciscains et 184 religieuses habitant un monastère dont le revenu s'élevait à 207 muids de blé (environ 2i5o hectolitres) et 2976 milreis (20.000 francs) en argent (F. da Costa Chaves E Mello, Descripçâo da Ilha de S. Miguel, publiée dans V Archiva dos Açores, I, p. 196 et ss.).

surpeuplées, empêchées qu'elles étaient par la législation économique de créer des industries pour employer leurs excédents de population. Il en résultait fréquemment des crises, surtout aux Açores, qui ne possédaient pas comme Madère de riches vignobles. Ces crises, qui se produisirent avec une certaine intensité dès le milieu du XVIP siècle, marquent le terme du développement économique des deux archipels. A un certain point de vue elles furent d'ailleurs favorables au Portugal en lui procurant de nombreux colons pour le Brésil qui en manquait. Comme ces iles étaient ouvertes au commerce étranger, elles entretenaient des relations plus importantes avec les Anglais et les Hollandais qu'avec les négociants de la métropole. C'étaient notamment les Anglais qui enlevaient, presque en totalité, le vin réputé que Madère produisait ( i ).

Les colonies de l'Angola et du Brésil possédaient pour la métropole une valeur infiniment plus grande que toutes celles dont il vient d'être question. L'Angola était, au point de vue commercial, une dépendance du Brésil et non de Lisbonne. Réputé pour la qualité et le bon marché de ses esclaves, il était le fournisseur préféré de Rio de Janeiro et de Bahia, mais il n'avait à expédier en Europe qu'un peu de cire et d'ivoire. Sa participation au commerce lisbonnais était donc négligeable. Par contre, les revenus provenant de la taxe sur l'exportation des esclaves couvraient toutes les dépenses coloniales et laissaient un notable excédent à la disposition du roi. La compagnie hollandaise des Indes Occidentales retirait de l'Angola, en 1642, un revenu net de 2. 118. 000 florins (6.500.000 francs). Les Portugais ne devaient pas avoir un bénéfice moindre, car ils étaient des plus expérimentés dans la traite négrière.

Délivré de l'occupation hollandaise en 1648, l'Angola se trouva immédiatement dans une situation plus prospère

(i) Hebbe, Nachrichtcn von den A^orischcn Insehi, p. 3b. — Archiva dos Açores, IX, p. 147. — Relation d'André Brûe dans Labat, Nouvelle relation de l'Afrique occidentale, V, p. 288. — Savary, Dictionnaire du Commerce, II, p. 1078. — BowDXH, Excursion dans les isles de Madère et de Porto Santo,

pp. 120-123.

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