LE BRESIL AU XVII^ SIECLE
qu'avant la conquête étrangère, grâce à l'autorité que son libérateur brésilien, Salvador Correa de Sa e Benavides, sut acquérir sur les chefs nègres de l'intérieur. La lutte contre les Hollandais n'avait guère laissé de traces dans ce pays, où il n'y avait rien à détruire. Il n'en était pas de même au Brésil. Un publiciste hollandais évaluait, en 1639, à 7.850.000 florins (23.500.000 francs), les dommages causés au Brésil par la conquête hollandaise, en pillage de villes, destruction de maisons et de moulins à sucre. Les frais de la campagne s'étaient élevés, en outre, du côté portugais, à la somme de 28.500.000 florins (86 millions de francs) (i). On peut, d'après ces données, se figurer quelles dépenses occasionna au Brésil la guerre entreprise en 1645 par les Portugais de la capitainerie de Pernambuco, avec l'assistance de colons des autres capitaineries, pour expulser les Hollandais du Brésil. Cette guerre, qui ne fut définitivement terminée qu'en 1654 par la capitulation de Recife, ne causa guère de ravages hors de la capitainerie de Pernambuco. Mais comme, pendant toute cette période, les Hollandais restèrent les maîtres de la mer, les capitaineries du Sud virent leurs relations commerciales avec l'étranger fréquemment interrompues et se procurèrent avec peine les esclaves dont elles avaient besoin. Il en résulta des pertes sensibles pour Bahia, la plus riche des capitaineries du Brésil. Le dommage fut moins grand pour Rio de Janeiro qui n'avait pas atteint le même développement et qui conserva un débouché commercial dans les colonies espagnoles de la Plata.
Toutes les capitaineries brésiliennes et particulièrement celles qui étaient les plus prospères, Pernambuco et Bahia, sortaient donc de la guerre contre la Hollande plus ou moins gravement atteintes. Les ressources ne leur manquaient pas pour réparer leurs pertes et pour donner à leur prospérité un nouvel essor. Mais diverses causes, dont la mauvaise organisation des colonies était la principale, ne permirent qu'une exploitation lente et incomplète de ces ressources. Jusqu'au gouvernement de Pedro II (1667), les fonctionnaires, on l'a vu, administrèrent le Brésil de façon à y rendre tout progrès
(1) Netscher, Les Hollandais an Brésil, p. 192.
impossible. La compagnie qui, depuis 1648, monopolisait les transports maritimes, entravait le commerce colonial plutôt qu'elle ne l'encourageait. Aussi, pendant les trente années qui suivirent l'avènement de la Maison de Bragance, le Portugal ne tira-t-il du Brésil qu'un revenu insignifiant. Les recettes totales du royaume ne s'élevaient pas alors à plus de quatre millions de francs, tandis qu'en 1620, elles étaient encore évaluées à un chiffre dix fois plus considérable ( i).
Les améliorations introduites à partir de Pedro II (16 6 7) dans le régime administratif, notamment la défense faite aux fonctionnaires de s'occuper de commerce, ainsi que la suppression à peu près complète des capitaineries seigneuriales, favorisèrent la production du Brésil. D'après un des rares relevés que l'on possède, les diverses capitaineries récoltaient en 171 1, l'or non compris, pour 3100 à 3200 contos de produits divers, soit une valeur de 22 à 2'^ millions de francs. Le sucre figurait dans ce chiftVe pour 17 à 19 millions, le tabac pour 2 millions; le bois de Brésil, l'huile de baleine, les cuirs en formaient le reste. Les mines d'or étaient à cette époque d'un rendement encore faible, à peine de 500.000 francs, ce qui représentait pour le quint du roi une somme annuelle de 100.000 francs. C'était donc presque uniquement la production agricole du Brésil qui alimentait le trésor public. Par ses impôts et ses monopoles, l'administration prélevait au Brésil même environ un quart des revenus du pays, soit cinq à six millions de francs qui, pour la majeure partie, étaient dépensés sur place. Les profits que les colonies de cette région procuraient au Portugal, provenaient surtout de la ferme du bois de Brésil et des taxes qui frappaient les marchandises envoyées à Lisbonne. Le tout se montait à 200 contos (environ 1.400.000 francs). Le Portugal retirait en outre 60 contos (420.000 francs) de la Casa da India. Cette somme de 1.800.000 francs n'était pas un revenu insignifiant pour un budget qui ne s'élevait pas à plus de vingt-cinq millions de francs. Les douanes métropolitaines devaient en outre aux
(1) L.K\n.Aiic, Mémoires sur l'Espagne, sur le Portugal et sur l' Allemagne, manuscrit, p. 196.