‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 81 sur 173 · RENDEMENT DU BRÉSIL AU XVIII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

RENDEMENT DU BRÉSIL AU XVIII^ SIÈCLE

colonies une part considérable de leurs recettes qui atteignaient environ sept millions de francs. En effet, le commerce extérieur du Portugal, si l'on en retranche les importations de blé, était alimenté dans une forte mesure par les importations d'objets manufacturés destinés aux colonies et par la réexportation de produits coloniaux. Néanmoins, malgré l'appoint fourni par les colonies, le trésor était dans une perpétuelle détresse : en 171 1, par exemple, la solde des troupes était arriérée de six mois.

Les contributions fournies par le Brésil s'accrurent graduellement depuis 1710-1715 jusqu'en 1750, à mesure que le rendement des mines d'or, puis celui des mines de diamant devenaient plus considérables. Le produit du quint ou des capitations fut en moyenne, pour l'or, de près de 1.500.000 francs de 1714 a 1724, il s'éleva à 2.500.000 francs de 1724 à 1734, et atteignit 6.500.000 francs de 1735 à 1750. Quant aux diamants, ils donnèrent en moyenne à la couronne, à partir de 1740, un million de francs par an. Les recettes provenant de l'agriculture n'augmentèrent probablement pas durant cette période. Il semble, en effet, que, malgré l'arrivée d'émigrants portugais en nombre beaucoup plus fort qu'autrefois, les cultures ne s'étendirent guère. Elles étaient négligées au profit des mines d'or. Ce qui le prouve, c'est que les dîmes de Bahia étaient affermées pour une somme presque identique en i 7 1 1 et en 1752. Mais la formation de grosses agglomérations dans les districts miniers procura à l'Etat un revenu supplémentaire compensant largement l'arrêt qui se produisit dans la progression des autres recettes. Le commerce intérieur, auparavant sans importance, se développa pour satisfaire aux besoins des mineurs. Des péages jalonnèrent les routes que suivaient les marchandises de la côte vers Minas Geraes et San Paulo. Les douanes terrestres constituèrent bientôt une des principales recettes du Brésil : vers le milieu du XVIIP siècle, celles de Minas Geraes rapportaient 344 contos (plus de deux millions de francs). De ces recettes diverses, une partie importante était absorbée par l'administration locale qui comptait plus d'agents et était organisée d'une façon plus large depuis que les revenus

des mines procuraient au gouvernement de plus abondantes ressources. Chaque capitaine général jouissait d'un traitement de I2.00O cruzades (40.000 francs), chiffre très élevé pour cette époque (i).

Malgré la marche ascendante des dépenses locales, les remises du Brésil au trésor métropolitain restaient cependant considérables. Au moyen des droits perçus sur le transport des marchandises par mer, le gouvernement de Lisbonne profitait en outre de l'accroissement des échanges entre le Portugal et le Brésil, causé par l'exploitation de l'or. Les mineurs ne trouvaient dans les capitaineries brésiliennes qu'une faible partie des choses dont ils avaient besoin. Ils devaient se procurer en Portugal non seulement les objets manufacturés, mais même les produits alimentaires, tels que la farine et le vin, dont les émigrants portugais ne pouvaient se passer. Quoique ces marchandises fussent enchéries par les droits et les frais de transport, les mineurs, gens d'ordinaire prodigues, ne s'en privaient point. Aussi la majeure partie du métal qu'ils extrayaient de la terre, était-elle prise par les flottes qui apportaient au Brésil les produits européens.

Des richesses de son sous-sol, le Brésil ne conserva donc presque rien. La découverte de l'or n'eut pour lui qu'un avantage, a%"antage considérable, il est vrai : elle lui amena des colons de race blanche en contingents nombreux. Ce fut la mère patrie qui, en prélèvements pour la couronne et en échanges commerciaux, recueillit l'or et les diamants de ses colonies américaines. Mais les finances de l'Etat n'eu furent pas améliorées et la fortune publique ne s'accrut pas.

Vers le milieu du XVIIP siècle, les colonies procuraient au gouvernement un revenu deux fois plus considérable que les provinces de la métropole, malgré le taux élevé des impôts payés par celles-ci. Sur une recette totale de 9.700.000 cruzades (32.700.000 francs), la flotte de Rio rapportait 3 mil-

(1) Varnhagen, Historia gérai do Bra^il, II, p. i35. — Les fonctionnaires des autres colonies bénéficièrent, commeceuxdu Brésil, de l'accroissement des revenus de l'État. Au Cap \'ert, le traitement du capitaine général était en 1741 double de ce qu'il était en 1690. (Barcellos, Subsidios para a historia de Cabo Verde, II, pp. 95, 99, 290.)

LE PORTUGAI> A LA MORT DE JEAN V fl/Bo) 229

lions de cruzades, celle de Bahia, 1.200.000 cmzades, celle de Pernambuco, 600.000. Les droits de transport donnaient 200.000 cruzades, les douanes, un million, les diamants, 600.000 cruzades, la casa da Indla, 300.000. Mais ces énormes subsides coloniaux étaient dépensés sans profit pour le pays. Comme au XVP siècle, une partie servait à acheter en Angleterre les étoffes de soie et de laine et les autres objets manufacturés nécessaires à une cour luxueuse ; le reste passait en pensions aux courtisans, en frais d'ambassade, en constructions coûteuses. Les seigneurs et les diplomates portugais se faisaient remarquer dans toutes les cours d'Europe par leur magnificence (i). Le roi consacrait des sommes énormes à construire le monastère de Mafra. Mais, en revanche, le pays n'avait plus ni armée, ni marine et, quand une dépense urgente était nécessaire, il fallait recourir à l'emprunt. Lorsque Jean V mourut en 1750, 6000 hommes, aussi mal armés et équipés que possible, constituaient toute l'armée portugaise. La flotte ne comptait plus que deux navires en état de prendre la mer. Aussi les corsaires algériens venaient-ils sans danger piller les côtes portugaises. La pénurie d'argent était telle, au dire de plusieurs auteurs, que le gouvernement dut recourir k la générosité d'un marchand de Lisbonne pour payer les funérailles du roi.

L'or importé en Portugal pour le compte des particuliers n'y demeurait pas plus que celui que recevait le trésor public. En 1754, toute la richesse métallique du royaume ne se montait pas à plus de 15 ou 20 millions de francs et la dette publique dépassait 75 millions de francs {2). La disparition du métal

(1) Oliveyra, Mémoires historiques, politiques et littéraires concernant le Portugal, II, p.gi.

(2) Certains auteurs du XVIII* siècle évaluent à 2.5oo.ooo.ooo de francs la valeur de l'or entré en Portugal de 1700 à 1754. (Schaefer, Geschichte von Portugal, V, p. 474. — Carrère, Lettres écrites de Portugal , p. 364). Ce chiffre est exagéré. D'après les relevés de von Eschwege (Pluto Brasilicnsis, pp. 283 et ss.), les mines donnèrent jusqu'en 1808, 60.616 arrobes d'or, soit 890.327 kilog. L'arrobe d'or à ggo/iooo valant à peu près So.ooo francs, le Portugal n'a pu recevoir jusqu'en 1808, plus de trois milliards, trente millions de francs. Or, malgré la diminution du rendement des mines dans la seconde moitié du XVIII» siècle, la quantité d'or extraite de 1754 à 1808 a notablement dépassé un milliard de francs.

jaune provenait surtout de ce que, tout en appliquant avec rigueur les principes du système mercantile, les Portugais laissaient aux étrangers la majeure partie des bénéfices du commerce colonial. Leur rôle se bornait à eftectuer le transport des marchandises. Les flottes qui se rendaient annuellement au Brésil, ne comprenaient en effet que des navires portugais. Il en était de même de celles qui desservaient les autres colonies. A l'abri de toute concurrence étrangère, cette industrie des transports maritimes, qui occupait de 125 à 150 bâtiments, devait être lucrative. Mais elle représentait presque intégralement la part des Portugais dans le trafic avec leurs colonies. Sur trente millions de francs de marchandises exportées chaque année vers le Brésil, trois millions à peine représentaient la part des produits portugais. Il fallait donc de fortes quantités d'or pour payer à l'étranger et spécialement en Angleterre, les marchandises destinées au Brésil. Les opérations commerciales elles-mêmes ne se faisaient qu'en partie par l'intermédiaire des Portugais. La véritable direction du commerce appartenait à la factorerie anglaise de Lisbonne qui, soit en son nom, soit sous le couvert d'une firme locale, faisait presque tout le chargement des flottes brésiliennes. La façon dont le gouvernement avait organisé les transports entre la métropole et les colonies, n'était pas étrangère à cet état de choses. Le commerce colonial exigeait de grosses avances de fonds. En effet les expéditions vers les colonies ne se faisaient qu'une fois l'an, k une date indéterminée, car la flotte ne partait que lorsque tous les navires étaient chargés. Souvent il fallait attendre de longs mois avant d'effectuer un envoi. La flotte perdait moins de temps au retour. Elle trouvait au Brésil ses cargaisons prêtes à être embarquées ; en outre elle se divisait souvent en trois escadres : l'une, ralliée par les navires de Goa, emportait les produits de Rio de Janeiro, une seconde prenait ceux de Bahia, la dernière, ceux de Pernambuco. Ce système diminuait au retour les inconvénients des convois réguliers. Il évitait le séjour trop prolongé à bord des navires d'un produit délicat, comme le sucre, et espaçait l'arrivée des produits coloniaux à Lisbonne. Néanmoins les opérations commer-

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