GOUVERNEMENT DE POMBAL (175O
ciales restaient difficiles. Cliaque fois qu'une des flottes régulières abordait, il régnait dans le port pendant un court espace de temps une activité fiévreuse, puis venaient de longues périodes de calme, où hommes et capitaux restaient sans emploi. Un mouvement commercial aussi intermittent exigeait de l'argent en abondance et à bon marché, puisque les capitaux devaient tantôt sufîfire à des opérations nombreuses, tantôt rester inactifs. Or les Portugais n'avaient guère de fonds à leur disposition et les Anglais, qui trouvaient à Londres de l'argent à trois ou à trois et demi pour cent, ne le leur prêtaient qu'au taux de dix pour cent.
Les bénéfices que les Portugais retiraient de leur participation relativement faible au commerce colonial, ne faisaient que passer par leurs mains. Tributaires des Anglais pour leurs vêtements, ils l'étaient des puissances du Nord pour leur alimentation ; à la mort de Jean V, ils ne récoltaient pas sur bur sol plus d'un septième des céréales qui leur étaient nécessaires. L'or, les diamants, le sucre et les autres produits du Brésil suffisaient à peine à compenser l'énorme excédent des importations sur les exportations. Les navires mêmes qui servaient au commerce colonial, n'étaient pas construits en Portugal : ils étaient achetés en Angleterre ou au Brésil.
Avec l'avènement de José I (1750) une ère meilleure, bien courte malheureusement, s'ouvrit pour le Portugal. Le pa3^s s'efforça de secouer la tutelle anglaise et de régénérer, à l'aide des abondantes ressources de ses colonies, son agriculture et son industrie. L'initiateur et le chef de cette politique nouvelle fut le secrétaire d'Etat, Sébastien de Carvalho, plus connu sous le titre de marquis de Pombal que le roi lui octroya en 1770. C'était un homme dévoué au bien de l'Etat, plein d'initiative et d'énergie. Mais il était brutal et despotique, peu scrupuleux dans le choix des moyens, plein d'illusions sur l 'efficacité des monopoles et des privilèges en matière économique.
Il ne semble pas que Pombal ait retiré des colonies des ressources beaucoup plus abondantes que le gouvernement de
Jean V (i). Vers l'époque de son entrée au ministère, la production de l'or diminua graduellement. Dans le district le plus important, celui de Minas-Geraes, le quint ne produisit plus en moyenne, de 1751 à 1777, que 74 arrobes (4.700.000 fr.) tandis que de 1735 à 1751, la moyenne des quantités perçues était de 127 arrobes (6. 3 50. 000 fr.). La production de Goyazne put combler entièrement cette différence. Quant aux diamants, à partir de 1772, sous le régime de la régie, le trésor en reçut presque chaque année pour un à deux millions de cruzades (de 3 à 6 millions de francs), tandis qu'auparavant l'affermage des mines ne lui procurait que 150.000 milreis ( i.ooo.ooo fr.) annuellement. En réalité le bénéfice net de l'Etat diminua, quand il prit à sa charge les frais d'extraction. L'excédent des recettes sur les dépenses ne fut plus en moyenne que de 56.000 milreis (395.000 fr.), soit les quatre dixièmes de ce que l'affermage rapportait. Mais, comme les dépenses des mines étaient payées au Brésil même et étaient déduites d'autres recettes, il est permis de considérer la valeur des diamants envoyés à Lisbonne comme un bénéfice net pour le gouvernement. Les autres contributions fournies par le Brésil au trésor royal, en tenant compte des sommes consacrées, à partir de 1772, à l'exploitation des diamants, ne durent guère augmenter durant le ministère de Pombal. Si, d'une part, l'ordre qu'il fît régner dans l'administration, la suppression des privilèges des donataires, l'introduction des esclaves nègres en plus grande abondance, si toutes ces mesures favorisèrent l'essor de l'agriculture brésilienne, d'autre part, la création de certains monopoles, tel celui de la pèche de la baleine, et la fondation de compagnies privilégiées, comme celle de Pernambuco, exercèrent une influence pernicieuse sur la richese de certaines régions. Au total, vers 1765, époque 011 furent supprimées les flottes annuelles, le gouvernement recevait du Brésil, en or, diamants et autres produits, environ 21 millions de francs.
(1) On possède très peu de renseignements sur les finances portugiises au XVIII'= siècle. i,es ministres veillaient à ce que le public ne sût rien des dépenses et recettes de l'Etat et dans ce but ne tenaient qu'une comptabilité sommaire. Pombal surtout prit tant de soin pour garder secrètes ses opérations financières, qu'on en connaît actuellement peu de chose.