AVANTAGES DE LA COLONISATION DU XVIII® SIECLE
La colonisation n'exerça donc pas, au XVIIP siècle, un effet salutaire sur le Portugal. Phénomène étrange, l'augmentation des revenus coloniaux diminua la force économique de la métropole. Abdiquant toute fierté, nation et gouvernement reçurent comme une aumône l'or, les pierres précieuses, toutes les denrées commerçables des colonies. Au lieu de chercher dans la colonisation le moyen de développer leurs propres ressources, ils ne virent dans leurs établissements d'outre-mer que des tributaires dont ils prétendaient vivre sans travailler. L'indolence naturelle du peuple, la mauvaise organisation politique de la monarchie et surtout l'incapacité de presque tous les hommes qui dirigèrent les affaires publiques, expliquent une telle aberration. Le seul avantage réel que les Portugais retirèrent de leur expansion coloniale au XVIIP siècle fut de se préparer au delà des mers des réserves pour l'avenir. Rien qu'en maintenant sa souveraineté sur l'Afrique orientale, l'Angola, les iles du Cap Vert, S. Thomé et la Guinée, la maison de Bragance rendait à la nation un service inappréciable. Quand, au XIX® siècle, s'achèverait le partage de l'Afrique, le Portugal allait se trouver parmi les pays les plus favorisés grâce aux droits anciens qu'il possédait. L'œuvre accomplie au Brésil était plus féconde encore. La colonie, il est vrai, consciente de sa force, devait bientôt réclamer son autonomie. Mais cette séparation n'empêcherait pas que la moitié de l'Amérique du Sud, une région cent fois plus vaste que les provinces européennes de la monarchie, ne restât un patrimoine de la race lusitanienne. Quand se clôt au Brésil la période coloniale, huit cent mille colons d'origine portugaise y étaient fixés à demeure. Appuyés par six cent mille métis, dont l'assimilation était presque complète, ils formaient un groupe assez fort pour maintenir au Brésil la langue de la métropole et y conserver les traits caractéristiques de la civilisation portugaise. Des deux millions d'esclaves et des trois cent mille Indiens soumis qui formaient le reste de la population, beaucoup avaient d'ailleurs subi fortement l'empreinte du peuple colonisateur et avaient, en partie, adopté ses mœurs.
Ce caractère nettement portugais du Brésil devait empêcher la rupture complète des liens qui unissaient la colonie et la métropole. Le Brésil resta pour celle-ci un débouché commercial en même temps que l'asile préféré des émigrants portugais. Au lieu d'aller se fondre dans une nation étrangère, ils purent conserver leur langue et leurs caractères nationaux sur une terre qui leur offrait des moyens d'existence abondants, et était pour eux une seconde patrie.