CHAPITRE PREiMIER
Configuration territoriale et position maritime.
L'unification territoriale de l'Espagne s'est opérée tardivement, à la veille, peut-on dire, de son expansion ultramarine. Encore cette unification était-elle incomplète et précaire : elle consistait dans l'union des deux dynasties qui étaient parvenues à grouper sous leur domination la majorité des Etats hispaniques. Le mariage de Ferdinand le Catholique et d'Isabelle de Castille (1469) détermina un rapprochement entre les pays de la couronne d'Aragon et ceux de la couronne de Castille. Mais, en réalité, chacun de ces groupes conserva une existence indépendante et garda ses institutions propres en maintenant l'intégrité de ses frontières. Ces groupes eux-mêmes n'étaient d'ailleurs que des agglomérats de territoires très disparates par les conditions géographiques ainsi que par le caractère et la civilisation de leurs habitants ( i).
Réunie de bonne heure au ro3^aume de Léon, la Castille s'était agrandie au cours du moyen âge par ses conquêtes sur les
(1) Th. Fischer {Geograpliische Skir^^e der Ibertschen Halbinsel, dans Verhaiidlungen der Gesellschaft fur Erdkunde :yU Berlin, iSgS, pp. 131-146) a bien fait ressortir les causes physiques du morcellement politique de l'Espagne.
Maures. Elle s'étendit sur tout le plateau ibérique comprenant les trois cinquièmes de la péninsule, limité au nord par les monts Cantabriques et au sud par la Sierra Morena. En dehors de ce plateau, une seule région dépendait complètement de la Castille : c'était la partie de la côte cantabrique comprise entre les Asturies et la Biscaye, mettant la Castille en communication avec l'océan Atlantique, notamment par les ports de Laredo et de Saiitander. D'autres pays maritimes, comme la Galice et les provinces basques, furent soumis à la suzeraineté castillane, mais ils gardèrent en grande partie leur indépendance. La plaine d'Andalousie, annexée par les rois de Castille dès le XIIP siècle, fut au contraire traitée en pays conquis, ainsi que Murcie. Au nord-est, l'Aragon, inséré dans le bassin de l'Èbre entre les Pyrénées et le grand plateau central espagnol, forma un royaume important qui s'étendit sur la Catalogne et s'annexa, au XIIP siècle, une série de provinces musulmanes, notamment les Baléares et Valence. Le petit royaume de Navarre resta confiné dans le nord de la péninsule près du passage qui mène vers la France entre les Pyrénées et le golfe de Gascogne. Quant au royaume de Grenade, dernier vestige de la puissance musulmane en Occident, il ne comprenait que la haute Andalousie et la région côtière comprise entre la Cordillère Bétique et la Méditerranée. Ce royaume ne succomba que sous l'action combinée des deux puissances de la péninsule : l'Aragon et la Castille. La croisade contre l'Infidèle absorba pour ainsi dire toute la force d'expansion de ces deux pays pendant le moyen âge. Elle présente le caractère d'une guerre presque exclusivement terrienne : elle était entreprise d'ailleurs par deux puissances essentiellement continentales. Seul l'Aragon, par l'adjonction de la Catalogne, avait pu acquérir une certaine influence dans la Méditerranée et entreprendre une guerre maritime contre les Musulmans. Par l'annexion de nouvelles provinces côtières et des grandes iles qui dépendent de la péninsule ibérique, l'Aragon entra indirectement en communication avec la Méditerranée : les marchands et les marins de Catalogne y disputèrent la prédominance aux Italiens et contribuèrent pour une grande part à