‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 86 sur 173 · POSITION MARITIME DE LA CASTILLE · texte numérisé non relu

POSITION MARITIME DE LA CASTILLE

l'extension de l'influence de la dynastie aragonaise en Italie. Mais les annexes maritimes de l'Aragon étaient exclusivement situées dans le bassin de la Méditerranée : ce n'est pas de ce pays donc que pouvait partir le grand mouvement d'expansion ultramarine de l'Espagne au début des temps modernes. Ce fut la Castille qui prit l'initiative de ce mouvement. Ce pays était, on l'a vu, essentiellement continental. Il n'avait vue sur la mer que par une étroite partie de la côte cantabrique, mais parmi ses territoires annexes il y en avait un qui s'ouvrait largement sur l'océan Atlantique : la basse Andalousie, traversée par le seul fleuve navigable de l'Espagne, le Guadalquivir, et pourvue de ports fluviaux et maritimes. Le Guadiana n'est navigable qu'à une petite distance de la frontière portugaise et la région qu'il dessert, est trop accidentée et trop pauvre pour permettre l'établissement de bons ports. Au surplus son embouchure est gênée par des îles de sable (i).

A première vue, la Castille semble l'emporter de beaucoup, par ses annexes maritimes, sur le Portugal au point de vue de l'aptitude à l'expansion ultramarine. Murcie et surtout Carthagène lui donnaient accès sur la Méditerranée, le principal, sinon l'unique champ d'action des peuples commerciaux et colonisateurs de l'antiquité et du moyen âge. Grâce aux ports de la Galice, des Asturies et des provinces basques et à ceux de l'Andalousie, elle était appelée à jouer un rôle marquant dans l'Atlantique. Le Portugal n'a accès qu'à une seule mer, mais cette mer est précisément celle qui permit la grande expansion coloniale de l'Europe. La situation maritime du Portugal est, au début des temps modernes, au moins aussi favorable que celle de la Castille avec ses annexes. Les ports de Lisbonne et de Porto sont bien conditionnés et situés à l'embouchure de

(1) S'il faut en croire certains auteurs espagnols, le Tage aurait été navigable pour de petites barques au XVIe siècle jusqu'à Tolède et même jusqu'à Aranjuez. A cette époque le déboisement n'avait pas encore atteint les proportions qu'il prit dans les siècles suivants, et le régime des rivières était par conséquent plus régulier. (Voir J. J. de Cabanes, Memoria que tiene por objeto mani/estar la posibUidad y facilidad de hacer navegable el Tajo desde Aranjue^ hasta el Atlântico, las ventajas de esta empresa y las concesiones hachas à la misma para reali:{arla navegacion. Madrid, 1829.)

fleuves navigables assez loin à l'intérieur des terres ; en outre ils constituent les avant-postes de l'Europe dans l'Atlantique.

Les ports dépendant directement ou indirectement de la Castille étaient plus nombreux que ceux du Portugal, mais la plupart se trouvaient isolés et séparés de la Castille par des régions montagneuses, où les moyens de communication faisaient presque absolument défaut. Ceux de la Galice et de la côte cantabrique ne pouvaient servir qu'à un commerce de cabotage : leur arrière-pays était extrêmement restreint, limité par les monts Cantabriques et les terrasses de Galice qui se dressent au nord du plateau central espagnol. D'ailleurs ces ports présentent souvent des dangers à cause des récifs et peuvent être obstrués par des bancs de sable formés sous l'influence d'un courant marin qui longe la côte en se dirigeant vers l'est. Les ports les moins défavorables sont ceux situés sur les rias — sortes de fjords — de la Galice : Pontevedra et Vigo, la Corogne et le Ferrol.

Les ports des annexes castillanes situés sur la Méditerranée, telle l'excellente rade de Carthagène, manquaient aussi de communications fréquentes avec le centre de la péninsule à cause des obstacles inhérents à la configuration du sol. Ces ports méditerranéens étaient d'ailleurs condamnés à végéter du jour oii la Méditerranée aurait cessé d'être la grande voie de communication entre l'Orient et l'Occident : ils ne pouvaient participer que difficilement au commerce océanique, car le courant de Gibraltar qui afflue constamment vers la Méditerranée, constituait un obstacle difficile à franchir pour des navires à voiles. Ce fut là une des principales causes de la décadence et de l'infériorité de tous les ports de l'est et du sud-est de la péninsule pendant les temps modernes.

Le trafic océanique n'était ouvert à la Castille que par une seule de ses annexes : l'Andalousie. Ici la côte présente sur un espace restreint un nombre de ports assez considérable, mais les meilleurs ne sont pas situés à l'embouchure du grand fleuve qui traverse la région. Cette embouchure était déjà au XV" siècle entravée par les alluvions et les sables. L'entrée en est d'ailleurs rendue difficile par une barre que les navires de

Page 1