LES PORTS CASTILLANS
l'époque avaient de la peine à franchir. La ville de San Lucar de Barrameda qui s'élève près de ses rives, avait été le grand port d'expédition de la vallée du Guadalquivir à l'époque des Arabes. De même que Bonanza, petit havre situé un peu en amont, elle avait vu son commerce décroître par suite des difficultés de la navigation fluviale. Cependant elle ne perdit pas son rang de port de mer, car c'est de là que sortirent, en 1 5 1 9, les trois navires de Magellan et, trois ans après, le premier bâtiment qui eût fait le tour du monde y rentra.
A l'ouest de l'embouchure du Guadalquivir, la côte, généralement plate et marécageuse, n'offre que des ports médiocres. Dans le delta formé par le Rio Tinto et l'Odiel, les petits ports de Palos et de Huelva sont constamment envahis par la vase et l'un d'eux a même disparu aujourd'hui : le village de Palos se dresse seul sur le versant de la montagne à une demi-lieue de la rivière. Le port de Huelva est large et profond et capable de contenir une immense flotte de grands navires, mais d'un accès difficile par suite de la barre qui obstrue l'embouchure des deux rivières ; il est aussi bien abrité par les dunes du littoral, et la passe qui le met en communication avec la mer, est facile à défendre.
De l'autre côté de l'embouchure du Guadalquivir, vers l'est, la côte se prête beaucoup mieux à l'établissement de ports. La baie de Cadix se développe sur une grande étendue, protégée contre les vents et les flots du large par la flèche qui commence à l'île de Léon. Au fond du petit estuaire du Guadalete qui vient déboucher au nord-est de la baie, s'est formé Puerto S. Maria, qui expédie les vins de la région dont Xérès est le centre. Tout à l'est de la baie, Puerto Real est accessible aux navires de mer; c'est sur les bords du canal reliant Puerto Real à l'embouchure du Guadalete que fut établi, au XVIIP siècle, le lieu d'échanges ou « Trocadero » pour les marchandises venant des Indes.
Dans l'île de Léon même, à l'extrémité de la pointe nord, s'est développé le port de Cadix, dont l'excellente position géographique était déjà prisée des Phéniciens. Situé à l'entrée de la vaste et riche plaine d'Andalousie, à proximité
246 l'espagne au début de son expansion
du continent africain et tout près du détroit reliant la Méditerranée à l'Atlantique, Cadix possède en outre une rade de premier ordre, accessible aux vaisseaux du plus fort tonnage : c'est le seul grand port de mer existant entre la côte portugaise et le détroit.
Parmi les ports fluviaux de l'intérieur des terres, il y en avait encore un qui, au XV^ siècle, possédait une valeur maritime. C'était Séville, « la reine du Guadalquivir ». Plus heureuse que Cordoue, l'ancienne capitale, dont le port, ensablé, n'était plus accessible qu'à des bateaux de rivière, Séville fut longtemps en relation directe avec la mer. Sou port s'est envasé moins vite : aujourd'hui encore il reçoit des navires de plus de mille tonnes. Grâce aux pluies en hiver et à la fonte des neiges de la Sierra Xevada en été, le Guadalquivir, roulant un volume d'eau assez constant, donnait encore accès jusqu'à Séville aux bâtiments de mer antérieurs aux navires à vapeur. C'est ainsi que Séville put, au moyen âge, entretenir un trafic avec les ports italiens, principalement avec Gènes, et avec certaines villes de la côte africaine. A la fin du XV^ siècle, elle allait fournir avec Cadix le point de départ d'une expansion rapide au delà de l'Océan.
Situation économique.
Comme la colonisation espagnole fut essentiellement l'œuvre de la Castille agrandie par ses conquêtes dans le sud de la péninsule, c'est à la situation de ce pays et de ses multiples annexes qu'il est nécessaire de consacrer un certain développement, tandis qu'il suffira de fournir quelques indications sommaires concernant les Etats dépendant de la couronne d'Aragon, puisqu'ils ne se rattachent qu'indirectement à la Castille.
La Castille propre, formée des plateaux de la Vieille et de la Nouvelle Castille, est médiocrement favorisée par la nature. Par suite du climat excessif, dû surtout à l'altitude élevée, et