‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 89 sur 173 · COMMERCE ET INDUSTRIE DE LA CASTILLE 25 I · texte numérisé non relu

COMMERCE ET INDUSTRIE DE LA CASTILLE 25 I

ductif; d'autre part, un relief orographique très compliqué constituant un obstacle à l'établissement de voies de communication.

Malgré cette situation défavorable, la Castille vit cependant sa richesse s'accroître sous le règne d'Isabelle. Elle fut à même de suffire aux nécessités croissantes du gouvernement central : les revenus de la couronne augmentèrent en effet sans cesse. L'impôt rapportait :

en 1474, 885.000 réaux (de billon),

en 1477, 2.390.078 » »

en 1482, 12. 711. 591 » »

en 1504, 26.283.334 » » (i).

Il ne faut pas en conclure que la richesse publique augmentait dans la même proportion, mais on peut en inférer qu'elle était probablement en progrès.

D'ailleurs, Isabelle et son mari s'intéressèrent beaucoup au développement commercial et industriel de leurs Etats. Ils se croyaient en mesure de tout réglementer : ils firent cependant d'heureuses réformes monétaires qui relevèrent le crédit de la Castille, et supprimèrent les péages pour favoriser le mouvement des échanges. Afin de développer les arts mécaniques, ils appelèrent des ouvriers italiens et flamands, plus habiles que ceux d'Espagne, et les exemptèrent de tout impôt pendant dix ans (1484). D'un autre côté cependant ils montrèrent trop de zèle dans la protection de l'industrie pastorale et ils arrêtèrent ainsi l'essor de l'agriculture. Isabelle confirma les privilèges exorbitants de l'association des éleveurs, la Hermandad de la Mesta, qui était devenue si puissante dès le XIV* siècle. Ses troupeaux de moutons pouvaient traverser le royaume en paissant l'herbe le long d'une large voie réservée, la cayiada, qu'il était défendu de défricher, de labourer ou de clôturer. En droit, les éleveurs devaient bien pa3"er les dégâts commis par leurs troupeaux au delà de 80 mètres, à droite et à gauche de la route, mais en fait ils échappaient à cette obligation,

(1) Clemenc!N, Elogio de la veina doua Isabel dans Memorias de la real Acadeviia de Historia, t. VI, p. 154. Ces chiffres ne sont qu'approximatifs.

252 l'espagne au début de son expansion

grâce à l'influence extraordinaire que possédait leur association sur le gouvernement. Enfin les pasteurs étaient affranchis de divers impôts.

Si les industries de la laine furent ainsi favorisées par l'abondance de la matière première, l'agriculture souffrit énormément des ravages occasionnés par les troupeaux transhumants, et elle ne fut guère protégée par les souverains. D'autre part cependant le commerce extérieur dut nécessairement se développer, l'exportation des laines ne faisant que s'accroître.

Les relations commerciales de la Castille se développèrent surtout par terre vers la France, par la Navarre : on constate la présence de marchands castillans sur les principaux marchés de la France, des Pays-Bas et de l'Allemagne ; ils y avaient des facteurs et des consuls. Ils avaient fondé dès le XIIP siècle des établissements ou des succursales à Bruges, où ils eurent des consuls ou juges spéciaux. On trouve aussi la mention de marchands castillans à Dordrecht, à Lille et dans les villes anglaises. Le commerce avec les Pays-Bas se faisait surtout par mer : dès le XIV^ siècle, des barques castillanes et catalanes visitaient en grand nombre les ports flamands. Il est vrai que beaucoup de ces barques appartenaient à des Galiciens ou à des Basques, mais qui étaient sous la suzeraineté des rois de Castille. La solidité et l'élégance de ces bâtiments avaient excité l'admiration de Froissart. La marine marchande de la Castille se développa surtout grâce aux ports d'Andalousie, car les communications entre la Castille et les ports de la côte cantabrique étaient difficiles. En tout cas, cette marine n'atteignit jamais le développement qu'avait pris la marine de Catalogne. Celle-ci avait pu participer au grand commerce méditerranéen et s'était même aventurée dans le Levant jusque Beyrouth et Alexandrie.

La politique des rois de Castille entrava d'ailleurs le commerce maritime. Ainsi Isabelle alloua des primes considérables aux armateurs qui feraient construire des bâtiments jaugeant plus de 600 tonnes (1495) ; elle le fit pour s'assurer en cas de guerre des vaisseaux de haut bord. Elle força les expédi-

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