LES VILLES
teurs à donner la préférence à ces navires sur les barques. Les petits armateurs ne purent se maintenir et, d'autre part, les transports maritimes souffrirent de ce que les grands navires avaient souvent beaucoup de peine à compléter leur chargement.
En somme, à la fin du XV^ siècle la marine castillane, sans être comparable aux grandes marines de l'époque, était relativement développée.
Organisation politique et sociale.
Les contrastes que présentent entre elles les régions de l'Espagne aux points de vue physique et économique, se retrouvent dans les phénomènes sociaux qui s'y sont produits. La plupart des pays situés sur le pourtour du plateau central ont vu se développer une civilisation en grande partie urbaine. Galice, provinces basques, Catalogne comptaient, grâce à leur heureuse situation commerciale, nombre de villes plus ou moins considérables. Ces villes obtinrent de leurs souverains des fueros qui donnèrent aux bourgeoisies la prépondérance sur les autres classes sociales ou au moins une place importante à côté de la noblesse et du clergé.
Par contre dans les Castilles, où le conmierce était localisé dans quelques centres et l'industrie manufacturière très clairsemée, les villes furent peu nombreuses et restèrent toujours dans une situation d'infériorité vis-à-vis des deux ordres de la noblesse et du clergé. Il est vrai que les rois de Castille favorisèrent le mouvement urbain, mais ce fut dans un but politique et militaire. En effet, pour se procurer des hommes et de l'argent, ils accordèrent souvent des privilèges importants à des villes ou à des bourgs ; parfois même ils créèrent dans les régions frontières des villes neuves, véritables forteresses {burgos) destinées à servir de points d'appui dans la guerre contre l'Infidèle. Mais la plupart de ces villes étaient con-
damnées à végéter faute de commerce et d'industrie. Toute l'activité des classes privilégiées de la nation castilane fut dirigée vers la croisade contre les Maures : les bourgeois (veciiios) des villes castilanes furent plutôt des chevaliers que des marchands; aussi bien que les nobles et les ecclésiastiques, ils s'appliquèrent avant tout à la lutte religieuse, qui présenta bientôt le caractère d'une guerre nationale. Il en résulta que la noblesse, caste qui resta exclusivement militaire en Espagne, acquit une considération et un prestige extraordinaires : l'idéal de tout Castillan était de se couvrir de gloire dans la guerre afin d'être admis dans les rangs de la noblesse. Le plus grand honneur pour une ville était de recevoir du souverain des titres de noblesse. C'est pourquoi beaucoup de villes s'imposaient de lourds sacrifices dans les multiples guerres entreprises contre les Maures. Il se constitua ainsi une sorte de féodalité urbaine à côté de la féodalité seigneuriale. Les villes qui occupaient le premier rang, s'appelaient cités et étaient qualifiées de très nobles ; elles commandaient pour la plupart à un vaste territoire où elles exerçaient leur juridiction. Quant aux simples villes {villas), leur action était circonscrite à leurs murailles et aux campagnes avoisinantes.
Ce fut surtout dans les territoires conquis sur les Musulmans que les rois de Castille créèrent des communes ou transformèrent en communes des villes déjà existantes. L'Andalousie était un pays à civilisation essentiellement urbaine : l'intensité et la variété de la vie économique y favorisaient le développement de grands centres de population. Ce sont ces centres que les rois castillans ont érigés en communes : ils leur ont accordé de nombreux privilèges afin d'y attirer des habitants de la Castille et d'autres royaumes chrétiens. Ils en firent des cités étendant leur autorité sur d'autres villes et sur les villages et hameaux environnants; leur abandonnèrent l'administration intérieure sous la surveillance d'un délégué royal ; leur permirent naturellement d'entretenir une milice, de s'entourer de remparts et de construire un alcazar dans le but de transformer la ville eu une véritable place forte (i).
(i) Mariéjol, L'Espagne sous Ferdinand et Isabelle, pp. 296 à 298.